La révolution 2.0 n’aura pas lieu au Maroc

La révolution 2.0 n’aura pas lieu au Maroc Source: Reuters
Une protestation au Maroc

A l’ère d’internet, des révolutions 2.0 et des déstabilisations derrière son petit clavier, les causes socio-économiques endogènes ne suffisent plus pour galvaniser les hordes et balayer les régimes, rassure le philosophe Mezri Haddad.

N’en déplaise aux faux gladiateurs des vrais droits de l’homme, aux prophètes du messianisme démocratique, aux printologues autoproclamés, aux journalistes atlantistes, aux Cassandres et autres intellectuels organiques comme dirait Gramsci, il n’y aura pas de printemps marocain au pays qui s’apprête à accueillir la Cop 22. Le Maroc ne tombera pas sous l’effet du sempiternel «printemps» pour la simple raison qu’il y fait beau les quatre saisons de l’année et que ce pays connaît une révolution tranquille depuis la dernière décennie du règne de feu Hassan II et plus résolument encore depuis l’accession au trône du Roi Mohamed VI.

A l’instar des «révolutions» dites colorées qui ont dévasté l’ex URSS et qui étaient toutes pilotées par le Pentagone via Freedom House, l’organisation OTPOR et l’usine subversive du misanthrope George Soros, l’Open Society Fondations, et comme la Tunisie, la Libye, l’Egypte, le Yémen et la Syrie en 2011, l’écriture romanesque de la fiction révolutionnaire devait tremper sa plume immaculée dans le sang d’un «martyr», hier le vendeur de légumes Mohamed Bouazizi, aujourd’hui le vendeur de poissons Mouhcine Fikri. Les morts ont toujours raison et leurs assassins supputés ont toujours tort d’autant plus que les premiers symbolisent naturellement le bien et les seconds incarnent évidemment le mal. Et dans cette transfiguration manichéenne des faits, le représentant de la loi devient le bourreau, et le trafiquant ou contrebandier devient la victime, en attendant son élévation, par les grands prêtres du droit-de-l’hommisme au rang de «martyr», puis sa canonisation en «Saint».

Grâce à la promptitude et à la lucidité d’un jeune roi au réformisme graduel mais constant le Maroc a pu échapper en 2011 au tsunami du printemps arabe

Pourtant, le suicide de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid, comme celui de Mouhcine Fikri à Al-Hoceima, si tragiques soient-ils, relevaient du fait divers le plus banal, comme on en voit quotidiennement hélas dans toutes les sociétés, des plus prospères aux plus paupérisées et des plus «civilisées» aux plus «primitives», comme disaient les anthropologues de l’épopée coloniale. Rien qu’en France, près de 10 000 personnes mettent fin à leurs jours chaque année, pour dépression affective, perte d’emploi ou faillite, soit environ 25 par jour, selon le dernier rapport de l’Observatoire national du suicide (ONS). De quoi «fabriquer» en studio ou en laboratoire un printemps français tous les mois !

Même si la colère monte d’en bas et que toutes les conditions objectives, sociologiques, politiques, économiques autant que sécuritaires semblent réunies pour provoquer une révolution au pays de Robespierre, celle-ci se fera encore attendre tel Godot, au grand dam de la gauche dite prolétarienne et des permanents de la révolution permanente. C’est qu’à l’ère virtuelle d’internet, des révolutions 2.0, des subversions américaines anonymes et des déstabilisations derrière son petit clavier, les causes socio-économiques endogènes comme les déviances macroéconomiques de la mondialisation ne suffisent plus pour galvaniser les hordes et balayer les régimes. Encore faut-il y ajouter un sous produit de la tragédie grecque (la mort d’un innocent qui voulait gagner sa vie à la sueur de son front), une mobilisation massive de jeunes globalisés et déculturés (les cyber-activistes de Freedom House, de l’Open Society et d’OTPOR), et surtout une bonne dose de tintamarre médiatique et sensationnel de télévisions en conquête d’audience plus qu’en quête de vérité.

En octobre 2005, lors des violences urbaines qui ont traumatisé la France et sonné le glas au mythe de la diversité culturelle heureuse, une circulaire du ministère de l’Intérieur appelait les directions des télévisions publiques et privées à ne plus diffuser les vidéos Youtube des incendiaires et des casseurs pour ne pas les encourager. Tous ont dû se plier aux oukases du ministre par raison d’Etat. Dans le cas de la Tunisie en 2011 et du Maroc aujourd’hui, la «racaille» ici devient «jeunesse en mal de liberté» là-bas, de l’autre côté de la Méditerranée, ce qui donne aux manifestants, aux casseurs et aux pilleurs la «légitimité» de semer l’anarchie et même le «devoir» de détruire l’Etat-Nation.

Faut-il être philosophe pour réaliser que toute déstabilisation d’un pays de la rive sud de la Méditerranée aura un impact immédiat sur la France ?

Grâce à la promptitude et à la lucidité d’un jeune roi au réformisme graduel mais constant, et malgré la lame de fond qui a traversé son pays comme elle a transpercé d’autres, ne laissant derrière elle que ruine et désolation, le Maroc a pu échapper en 2011 au tsunami du printemps dit arabe, ou tout le moins à en limiter les dégâts. Et depuis, l’élite dirigeante s’est renouvelée et rajeunie, la démocratie s’est consolidée et les réformes sociales et économiques se sont succédées. Nonobstant la croissance de l’analphabétisme, l’endémie du chômage et la persistance de la pauvreté, ce pays de 34 millions d’habitants, qu’Allah n’a pas particulièrement doté de fortune gazière ou pétrolière, est aujourd’hui cité dans les rapports onusiens comme un exemple de bonne gouvernance, de performances économiques et d’acquis sociaux. Pourquoi cherche t-on donc à le déstabiliser ? Serait-ce en raison de la visite de Mohamed VI en Russie, le 15 mars 2016, un demi-siècle après le déplacement de son père Hassan II en URSS ?  

Comme l’enthousiasme existentialiste de Sartre pour le totalitarisme stalinien, ou le romantisme révolutionnaire de Foucault pour la bien salutaire révolution khomeyniste, deux néo-hégélianisme marxistes qui présupposent que l’histoire a un sens et une fin, on a eu droit en 2011 au délire nihiliste de Philippe Sollers, qui est pourtant bien plus sage que le «philosophe» guerrier, Bernard Henry-Lévy. Dans l’émission Ce soir ou jamais du 25 janvier 2011, Sollers s’était alors enflammé : «La révolution arabe est magnifique. Que Marrakech soit assiégée. Je souhaite que le Maghreb arabe plonge dans le désordre…».

Si Allah a partiellement répondu aux prières de l’ex philosophe maoïste qui eut raison de ne pas faire la guerre d’Algérie, il a épargné le Royaume chérifien de la malédiction du «printemps arabe», une vaste opération islamo-atlantiste dont on mesure aujourd’hui les méfaits et les forfaits en Tunisie, la barbarie en Syrie, le chaos en Libye…, les conséquences terroristes à Nice et migratoire à Calais et désormais aux Champs-Elysées.

Faut-il être philosophe pour réaliser que Tunis, Tripoli, Rabat et Alger sont à deux heures de vol de Paris, et que toute déstabilisation d’un pays de la rive sud de la Méditerranée aura, en termes sécuritaires, migratoires, économiques et géopolitiques, un impact immédiat sur l’Europe et tout particulièrement sur la France ?

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