Manifestations au Maroc : «Un ras-le-bol à l’égard du comportement indigne des policiers»

Manifestations au Maroc : «Un ras-le-bol à l’égard du comportement indigne des policiers»© REUTERS/Stringer Source: Reuters
Manifestations au Maroc

La société marocaine est consciente qu'il est l'heure pour la police de changer son comportement, car on ne peut pas se comporter avec le citoyen comme dans une vulgaire dictature, indique le journaliste et politologue franco-marocain Mustapha Tossa.

RT : Pourquoi les manifestations qui se tiennent depuis plusieurs jours au Maroc ne cessent-elles pas ? Pourquoi  la mort de ce vendeur de poissons, a provoqué une telle réaction ?

Mustapha Tossa (M.T.) : Les raisons de cette réaction, de l’indignation générale et permanente au Maroc, sont à trouver dans les ingrédients que contient ce drame social. C’est l’histoire d’un jeune chômeur marocain qui tente de survivre en vendant du poisson de manière presque illégale, et qui a été au contact de la police et des forces de l’ordre au niveau local. Il a été victime d'un accident et a fini broyé par une benne à ordures. Cette image a provoqué une sympathie, ou plutôt une empathie de l’opinion marocaine envers ce jeune vendeur de poissons. Et beaucoup d’associations, beaucoup de groupes l’utilisent comme un symbole, comme un déclic pour transmettre d’autres messages qui sont liés au besoin de réformes, au besoin de changer la manière avec laquelle la police marocaine au niveau le plus bas, le plus local, se comporte avec les citoyens marocains.

Toutes les composantes de la société marocaine comprennent qu’à un moment ou à un autre, la police doit, au plus bas de l'échelle, changer son comportement

RT : S’agit-il d’une protestation contre la violence policière ou plutôt à l’égard des autorités en général ?

M.T. : Je crois qu’il s’agit d’un ras-le-bol exprimé par un certain nombre de personnes à l’égard du comportement parfois indigne de certains policiers, de certains agents des forces de l’ordre. Moi, je n’irai pas jusqu’à dire que cette manifestation est contre le régime ou contre le système. C’est davantage contre la manière de faire, la manière d’agir d’un certain nombre d’agents des forces de l’ordre. Coïncidence ou ironie du sort, dans son dernier discours le roi du Maroc Mohammed VI a vivement appelé l’administration marocaine à changer complètement, de fond en comble, sa perception, son rapport et sa manière de se comporter avec les citoyens marocains. C’est comme s’il avait pressenti ce jour de drame ou ce jour de contact dramatique entre les policiers et le peuple marocain. C'est donc ce qui explique un peu cette effervescence sociale marocaine, parce qu'elle intervient dans un contexte où même le roi avait donné l'alerte en se basant sur le constat suivant : le comportement de l'administration marocaine, d’une partie de l'administration, d’une partie de la police est indigne des citoyens marocains. Il faut absolument provoquer ou réaliser une forme de révolution culturelle dans la manière dont la police se comporte avec les citoyens marocains. Ce qui explique cette ambiance générale. Il y a une prise de conscience généralisée de tous les partis politiques, du roi Mohammed lui-même, de toutes les composantes de la société marocaine qu’à un moment ou un autre la police doit, au plus bas de l'échelle, changer son comportement. Nous sommes rentrés dans une logique de droit, d’Etat de droit, la logique de la démocratie institutionnelle et le citoyen y est protégé dans sa vie quotidienne. On ne doit pas se comporter avec lui comme si nous étions dans n’importe quelle vulgaire dictature.

Il y aura un avant et un après cet événement, parce que qu’il y a une prise de conscience généralisée au sein de l’opinion marocaine qu’il faut réellement changer les codes, changer les choses

RT France : Pensez-vous que ces manifestations vont provoquer des réformes, ou une autre réaction de la part des autorités ?

M. T. : Cette effervescence sociale marocaine a été perçue par le roi du Maroc d’une manière forte. Ce que le roi a fait dès le début est à souligner : dès le départ, il a envoyé le ministre de l’Intérieur présenter en son nom personnel ses condoléances à la famille, il a ordonné une enquête approfondie pour voir toutes les chaînes de commandement qui ont abouti à ce drame et il a insisté pour que les coupables soient traduits devant la justice et sévèrement punis afin de, justement lancer un signal fort, selon lequel la police marocaine ne peut pas agir de cette manière-là ou provoquer des accidents et des drames impunément. Il faut qu’il y ait des coupables, il faut que quelqu’un paie le prix de ce drame. Cet événement a été un nom de charte pour tout le monde, pour toute la classe politique marocaine, pour le Maroc en entier et il va falloir, à un moment ou à un autre, tirer les conclusions de cet état de fait afin de prendre des mesures radicales qui permettront de changer la perception de la police et la manière dont elle se comporte avec les Marocains. Il y aura un «avant» et un «après» cet événement, parce que qu’il y a une prise de conscience généralisée au sein de l’opinion marocaine qu’il faut réellement changer les codes, changer les choses, les perceptions traditionnelles négatives qui ont eu cours et qui caractérisaient la relation entre la police et la population. Il va falloir l’encadrer, la faire changer et la mettre à niveau... La rendre compatible avec l’ambition démocratique marocaine.

Il faut s’attendre à un effet boule de neige, même sur le plan politique

RT France : Ces manifestations, quand vont-elles cesser, à votre avis ?

M. T. : C’est une question à laquelle il est difficile de répondre clairement. Les manifestations peuvent continuer : on a vu dans d’autres pays qu’un simple événement, un simple drame pouvait enclencher une série de manifestations. Maintenant, le traitement politique que le Maroc va faire de ce drame dépendra de la longueur et de la puissance de ces manifestations. En tout cas, il y a une prise de conscience qui a été clairement constatée après ces événements. Il faut s’attendre à un effet boule de neige, même sur le plan politique.         

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