Pas de politique s’il vous plaît ! (Sauf si c’est de la politique anti-russe)

© Iliya Pitalev Source: Reuters

A Rio des médailles n’ont pas été remises aux vainqueurs de la compétition d’hypocrisie. Le journaliste Neil Clark fait la justice.

Si l'on attribuait des prix pour l'hypocrisie, le Comité international paralympique (CIP) serait sûrement parmi les prétendants sérieux à la médaille d'or.

Le CIP a éreinté la Biélorussie après que son équipe a commis un crime – accrochez-vous – en portant un drapeau russe lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux paralympiques à Rio.

Le fonctionnaire qui a porté le drapeau, un certain Andreï Fomochkine, s'est vu retirer son accréditation pour l'événement.

«Les manifestations politiques sont interdites aux Jeux paralympiques», a rappelé le CIP à la délégation biélorusse. Mais quelle bêtise ! Car en premier lieu, la décision du CIP d'interdire à la délégation paralympique russe de participer à ces Jeux est politique.

Le Comité, ne l'oublions pas, a imposé une interdiction totale, sévère et injustifiée, excluant les 267 paralympiens russes de la compétition à Rio (même si aucun d’entre eux n'a été publiquement accusé d’avoir triché et de se doper). Il a également interdit aux paralympiens russes de participer aux compétitions sous drapeau neutre.

Le fait de brandir certains drapeaux va vous causer des ennuis mais pas celui d’en brandir d'autres 

La politique, semble-t-il, n’est pas autorisée aux Jeux paralympiques, sauf si c’est de la politique anti-russe. Dans ce cas, ce n’est pas seulement très bien, mais obligatoire.

Ce n'est pas la seule fois en 2016, que nous avons pu voir comment des normes différentes étaient appliquées aux «manifestations politiques».

En mai, nous avons vu la belle farce du concours Eurovision de la chanson.

La prestation ukrainienne 1944, une chanson sur les expulsions forcées de Staline, a clairement violé les règles de la compétition-même qui stipulent : «Aucune parole, discours, geste de nature politique ou similaire ne sont autorisés pendant le concours Eurovision de la chanson».

Pourtant, malgré cela, Jamala a été autorisée par l'Union européenne de radiodiffusion à présenter son numéro.

En février, je l'avais prédit : «Si Jamala est autorisée à chanter la chanson qu'elle "était simplement obligée d'écrire", en violation des règles de l'Eurovision, alors elle sera défendue par tous les dénigreurs de la Russie sur le continent. Nous serons tous sous pression pour donner à la chanson les "douze points" afin de montrer notre "solidarité" avec l'Ukraine.»

Et c’est exactement ce qui est arrivé. Bien que la prestation de la Russie ait remporté le vote populaire, le jury de «professionnels de l'industrie de la musique» de «NATOland» a aidé à propulser Jamala au sommet.

Avec enthousiasme, Jamala a été promue par le réseau américain de propagande RFE/RL, fondé par la CIA, et quand elle a gagné, l'OTAN a tweeté son profil YouTube.

Mais bien sûr, l'Eurovision 2016 n’était pas du tout politique, les gars !

Comparez ce qui est arrivé à Jamala (célébrée par RFE/RL et l'OTAN), à ce qui est arrivé à une autre chanteuse, l'artiste hongroise Boggie, qui a présenté une chanson à l'Eurovision appelée Wars for nothing [Des guerres inutiles] en 2015. Cette chanson est devenue le hit national hongrois, mais a eu des ennuis non à cause des paroles, mais parce que l'un des sous-titres du clip de la chanson contenait les mots suivants :

Je suis sûr que si les mots «offensants» impliquaient la Russie ou Staline, il n'y aurait pas eu un tel problème

«En 2014 à Gaza deux tiers des victimes étaient des civils, dont plus de 500 des enfants».

J'ai fait remarquer précédemment cette année : «Israël n'a pas été mentionné par son nom et la chanson était clairement destinée à commémorer toutes les victimes innocentes des guerres. Mais cela n'a pas empêché l'ambassadeur d'Israël en Hongrie de déposer une plainte auprès de l'autorité de radiodiffusion hongroise. En fin de compte les mots "offensants" ont été retirés de la vidéo».

Je suis sûr que si les mots «offensants» avient impliqué la Russie ou Staline, il n'y aurait pas eu un tel problème. Je suis également certain que si la Serbie soumettait une chanson pour l'année prochaine appelé 1999 sur le bombardement illégal de la Yougoslavie mené par les Etats-Unis – décrivant, peut-être, comment 14 personnes ont été tuées par une frappe aérienne de l'OTAN contre un train de voyageurs à Grdelica – la règle «apolitique» de l’Union européenne de radiodiffusion serait appliquée de manière un peu plus stricte qu'elle ne l’a été dans le cas de Jamala. Inutile de dire que Boggie, la co-compositrice et interprète des Wars for nothing, n'a été ni présentée sur YouTube par l'OTAN, ni promue par RFE/RL...

Quand la politique se mêle du sport et des concours internationaux de musique, c’est ok tant qu’il s’agit de politique «juste». Le genre de politique que le département d'Etat américain approuve.

Si ce n'est pas le cas et si vous affichez la «mauvaise» politique, le règlement vous retombera sur la tête, et avec force.

Des procédures disciplinaires ont été lancées contre le club de football Celtic après que certains de ses supporters ont agité des drapeaux palestiniens lors d'un match récent contre une équipe israélienne en éliminatoires de la Ligue des Champions.

Les fans, semble-t-il, brandissaient une «banderole illicite», même si la Palestine est membre de l'UEFA. Les doubles standards de l'UEFA quant aux drapeaux brandis par les supporters ont été chroniqués par Robin Bairner de goal.com.

Le fait de brandir certains drapeaux va vous causer des ennuis, tandis que le fait d’en brandir certains autres – non. Le plus cher c’est de brandir les drapeaux palestinien et russe, comme nous le voyons à l’image de Rio.

Le mythe ridicule de l’«impartialité» occidentale peut aussi être vu dans la façon dont les sources manifestement biaisées sont citées comme des «autorités fiables»

Ce qui rend la situation encore plus grave, c’est que si vous vous permettez d’oser souligner les doubles standards dans tout ce n’importe quoi de «faire des déclarations politiques est contre les règles», vous serez accusé d'être un «théoricien du complot» et d'être «paranoïaque.» En plus de devoir tolérer cette partialité flagrante, nous sommes victimes d'intimidation si nous parlons de ces choses quand nous les voyons.

Jouer à la politique ? Voilà la seule chose que font ces pays «russkies» et «totalitaires» qui sympathisent avec la Russie, comme la Biélorussie. Nous, en Occident, laissons la politique hors le sport et les événements internationaux. Nous sommes objectifs et totalement justes ! Si nous voulons que l'Ukraine gagne l'Eurovision, c’est parce que l'Ukraine a la meilleure chanson ! Comment osez-vous supposer le contraire !

Le mythe ridicule de l’«impartialité» occidentale peut aussi être vu dans la façon dont les sources manifestement biaisées comme RFE/RL mentionné plus haut et autres organisations financées par le gouvernement américain et bienveillants à l'égard de Washington sont citées comme des «autorités fiables» par les mêmes forces de vérité impériales qui rejettent hautement RT comme de «la propagande du Kremlin».

Encore une fois, c’est un cas du «nous ne faisons pas politique et eux ils en font». Le déluge de vitriol anti-russe privé de faits, payé par l'Oncle Sam et les entreprises de défense américaines, est salué comme «un grand journalisme objectif et sans peur» tandis que ceux qui osent mettre en avant des vues anti-OTAN et soutenir ces points de vues avec des preuves tangibles, sont accusés de «partialité», voire pire.

«Qu’est-ce que c’est que le pillage d'une banque par rapport à la fondation d'une banque», a écrit le grand Bertolt Brecht. Quand on mêle la politique au sport, nous devons nous demander : «Qu'est-ce que l’agitation d’un drapeau par rapport à la disqualification de tout une nation ?»

Du même auteur : Exceptionnalisme: comment l’UE ose-t-elle demander aux sociétés américaines de payer plus d’impôts !

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