Pour trouver la source de la paranoïa de la «menace russe», suivez l’argent

Avions de combat F/A-18 Hornet  et E-2D Hawkeye© Nobuhiro Kubo Source: Reuters
Avions de combat F/A-18 Hornet et E-2D Hawkeye

Les alertes concernant la «menace russe» viennent de ceux qui profitent des renforcements dans le domaine de la défense, estime le journaliste Neil Clark.

Si vous vivez à l'Occident et que vous n'avez jamais entendu des expressions omniprésentes comme «la menace russe», « l’agression russe en Europe» ou «la Russie projette d'envahir la Pologne/l'Estonie/l'Ukraine/la Finlande», vous devez vivre dans un placard.

Certaines personnes essaient de nous coller une peur bleue de la Russie et de la «menace» que pose ce pays. Cette hystérie me rappelle celle qui se propageait la veille de la guerre en Irak, quand on nous avertissait tous les jours de l’existence de la «menace» que représentaient les armes de destruction massive de Saddam qui, oh surprise !, se sont avérées inexistantes.

Demandez-vous à qui cet alarmisme est financièrement profitable et vous comprendrez

On peut discuter pendant des heures des grandes et prétentieuses théories dans le domaine de la géopolitique et des relations internationales, pour tenter d'expliquer ce qui se passe.

Mais ce qu'il nous faut vraiment faire, c'est «suivre l'argent». Demandez-vous à qui cet alarmisme est financièrement profitable et vous comprendrez.

Cette semaine, The Intercept a révélé comment les entrepreneurs américains de l'industrie de la défense assuraient les investisseurs que la soi-disant «menace russe» était une bonne pour les affaires.

Richard Cody, général de l'armée en retraite, vice-président de la septième plus grand société de défense, L-3 communications, a déploré le fait que «quand la Guerre froide s'est terminée, les budgets de la défense soient allés vers le sud». Désormais, une «Russie renaissante» voulait dire qu’un «pic s'approchait».

Un message d’un optimisme similaire est venu de Stuart Bradie,  directeur général de la société CBR, qui a évoqué les «opportunités» de la présente situation.

Un certain nombre de think-tank ont des arguments afin d’augmenter les dépenses pour combattre la «menace russe». Et devinez quoi ? Le plus bellicistes de ces lobbyistes – pardon, de ces groupes de réflexion – reçoivent des financements importants des entrepreneurs américains du domaine de la défense.

Ce qui passe aujourd'hui en Europe est la même chose que ce qui s’est passé au Moyen-Orient pendant des années

The Intercept cite l'exemple de l’Institut Lexington et du Conseil de l’Atlantique.

Mais il n’y en a encore bien d’autres. J'ai écrit en février au sujet d'un institut américain «impartial» appelé le Centre pour l'analyse de la politique européenne (CEPA). Le CEPA a publié un article attaquant le média russe Sputnik pour avoir donné voix aux «hommes politiques protestant contre l'establishment» et qui ont critiqué l'Otan.

Et qui finance l’«impartiale» CEPA ? Parmi ces donateurs récents figurent le département américain de la défense, Boeing, Raytheon, Textron Systems, Sikorsky Aircraft, Bell Helicopter et Lockheed Martin Corporation.

Ce qui passe aujourd'hui en Europe est la même chose que ce qui s’est passé au Moyen-Orient pendant des années.
Les Etats-Unis créent le chaos et vendent ensuite aux pays de la région le matériel militaire le plus récent pour les «protéger» de ce chaos. C'est un racket et il est clairement calqué sur les systèmes d’extorsion de la mafia. Les pays qui ne veulent pas payer, comme la Yougoslavie dans les années 1990, sont  bombardés.

Les Etats-Unis auraient dû savoir que l'opération de changement du régime en Ukraine pouvait provoquer le chaos et exacerber les tensions avec la Russie. Et c'est exactement ce pourquoi ils l'ont fait !

Souvenez-vous comment la crise en Ukraine a commencé. Les Etats-Unis ont dépensé des milliards de dollars pour une opération de «changement de régime» dans le but de renverser le gouvernement démocratiquement élu de Viktor Yanukovych et le remplacer par une administration marionnette pro-États-Unis.
Victoria Nuland, du département d'Etat, a même été entendue - après avoir offert des biscuits aux manifestants antigouvernementaux sur la place Maïdan - discuter avec l'ambassadeur américain Geoffrey Pyatt qui devait et qui ne devait pas faire partie du nouveau gouvernement ukrainien.

Alors que le peuple de Crimée a, de manière prévisible, répondu «Niet» à l'opération du département d'Etat en votant à une écrasante majorité pour rejoindre la Russie lors d'un référendum, la Russie a été qualifié d'«agresseur» qui avait «envahi» l’Ukraine. Les Etats-Unis auraient dû savoir que l'opération de changement du régime en Ukraine pouvait provoquer le chaos et exacerber les tensions avec la Russie. Et c'est exactement ce pourquoi ils l'ont fait !

On nous dit que, pour contrer la nouvelle «menace russe», non seulement pour l’Ukraine «démocratique», mais aussi pour d’autres pays d'Europe de l'est, une forte augmentations des dépenses de l'OTAN s'impose. A qui profitera-t-elle ? C'est évident, aux entrepreneurs américains de l'industrie de la défense!

L'année dernière, la Pologne a acheté des missiles Patriot fabriqués aux Etats-Unis produits par Raytheon et des hélicoptères militaires d’Airbus pour la somme de 5,53 milliards de dollars.

Si on est objectif, c'est l'OTAN, avec toute cette accumulation d’armes et de soldats aux frontières de la Russie, qui menace la paix de l’Europe

En novembre 2014 l'Estonie «menacée» a acheté 80 missiles  américains Javelin pour un coût de 40 millions d’euros. En février de cette année nous avons entendu que le pays dépenserait 818 millions d’euros pour les armes et les équipements d'ici à 2020.

Comme Charlie Chaplin l'a remarqué dans son classique de la comédie noire de 1947, Monsieur Verdoux : «Guerres, conflits, tout cela c'est le business !»

Si on est objectif, c'est l'OTAN, avec toute cette accumulation d’armes et de soldats aux frontières de la Russie, qui menace la paix de l’Europe. Mais toute personne qui met cela en lumière et fait référence à la «marche vers l'est» acharnée de l'alliance militaire menace les bénéfices des sociétés américaines de la défense et est ensuite qualifié de «pacificateur» et de «pion du Kremlin» par ceux qui ont tout intérêt à entretenir les tensions.

Souvenez-vous des attaques hystériques contre le chef du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, suite à ses commentaires récents et très sensibles sur l’OTAN et la Russie.
Il a été demandé à Jeremy Corbyn, lors d'un débat télévisé : «Comment vous, en tant que Premier ministre, réagiriez, si Vladimir Poutine violait la souveraineté d'un pays de l'OTAN ?»

Le lobby belliciste décrit toujours Jeremy Corbyn comme un «dangereux extrémiste», parce que si d'autres hommes politiques occidentaux le suivaient, les profits de l'industrie de la défense seraient largement diminués.

Il a répondu : «D'abord on essaierait évidemment de l'éviter. On construirait avec la Russie un dialogue sain et la soutiendrait dans le respect de ses frontières. On essaierait d'assurer une démilitarisation [de la situation] entre la Russie et l’Ukraine et de tous les autres pays qui sont entre la Russie et l’Europe de l'est. Ce qu'on ne peut pas permettre, c'est une série d'accumulations des troupes des deux côtés, parce que cela ne conduit qu'à de plus grands dangers dans le futur. Aujourd’hui cela commence à ressembler étrangement aux lignes politiques de la Guerre froide. Nous devons avoir des contacts avec la Russie, engager une démilitarisation de cette zone afin de tenter d’éviter ce danger... Je n'ai pas envie de faire la guerre, j'aimerais plutôt voir un monde dans lequel on n'aura pas besoin de faire la guerre, où on n'aura pas besoin de guerre tout simplement. Cela peut se faire.»

Comme l'a mentionné Carlyn Harvey, qui écrit pour The Canary : «Pour des millions des citoyens partout dans le monde, cette position anti-guerre de Corbyn est une excellente nouvelle. Mais pour ceux qui sont désireux de maintenir la politique du pouvoir et les lucratives industries qui la soutiennent, cette vision est un désastre.»

Le lobby belliciste décrit toujours Jeremy Corbyn comme un «dangereux extrémiste», parce que si d'autres hommes politiques occidentaux le suivaient et se mettaient à promouvoir le désarmement et le dialogue plutôt que la confrontation et la guerre, les profits de l'industrie de la défense seraient largement diminués.

Le président américain Dwight D. Eisenhower a été le premier à nous avertir en 1961 des dangers du complexe militaro-industriel américain : «Prenons garde de l'influence injustifié que le complexe militaro-industriel peut acquérir», avait-t-il dit.

Personne ne pouvait pas accuser le commandant suprême des Forces alliées en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale d'être un «gauchiste» ou un «pion du Kremlin». Mais, aujourd'hui, la situation est bien pire qu’à l'époque d'Eisenhower.

Pour certaines personnes, la vieille Guerre froide n'a jamais pris fin

Les néoconservateurs se sont introduits dans les couloirs du pouvoir. Ils prétendent vouloir propager la démocratie, mais, en réalité, ce mouvement ne pense qu'à l'argent et aux profits. Henry Scoop Jackson, homme politique américain qui était contre la politique de détente avec l'Union soviétique dans les années 70 a été à juste titre surnommé «le sénateur de Boeing».

Trente ans plus tard, la première réunion de la Henry Jackson Society a été consacré à la question de comment diffamer l'universitaire anti-guerre Noam Chomsky pour être un «négationniste» du massacre de Srebrenica.

De toute évidence, pour certaines personnes, la vieille Guerre froide n'a jamais pris fin.

Combien de temps, encore, les citoyens du monde vont-ils tolérer l'actuel état des choses, où les partisans de la guerre qui ont des liens avec le complexe militaro-industriel sont autorisés à attiser les tensions internationales ? La prochaine fois quand vous lirez ou entendrez que quelqu'un émet des avertissements concernant la «menace russe» et prétend qu'il faut augmenter le budget otanien pour lutter contre, suivez l'argent.

Elle sera, probalement, révélatrice.

Lire aussi : Le top 10 des théories du complot «acceptables» de l'establishment occidental

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