Politique et gros sous : pourquoi la Russie est à nouveau l’ennemi numéro 1

Deborah Lee James, secrétaire à la Force aérienne des États-Unis.© Senior Master Sgt. Adrian Cadiz Source: AFP
Deborah Lee James, secrétaire à la Force aérienne des États-Unis.

La Russie ne fait rien pour être qualifiée de plus grande menace pour les Etats-Unis à part répondre à leurs provocations en Europe de l’Est, estime l’ancien diplomate américain Jim Jatras dans une interview avec Ed Schultz.

RT : La secrétaire à la Force aérienne des États-Unis Deborah Lee James a dit à Fox News que la Russie était la menace numéro 1 pour l’Amérique, qu’elle pouvait représenter une «menace existentielle».   Pourquoi les autorités américaines continuent -elles de pointer du doigt la Russie, sans pour autant présenter des informations concrètes ?

 Le complexe militaro-industriel est sous stéroïdes

Jim Jatras (J. J.) : Je pense qu’ils le font pour un grand nombre de raisons… Rappelons-nous de l’expérience de Deborah Lee James : elle a travaillé pour la SAIC (Science Applications International Corporation) après avoir été au Pentagone de Clinton et avant de devenir secrétaire à la Force aérienne des États-Unis. Avouons-le, le complexe militaro-industriel est sous stéroïdes. Il n’y a pas d’argent pour lutter contre le terrorisme. Regardez ce qui se passe en Europe – en France, en Allemagne. Qu’est-ce que l’Otan fait pour changer la situation ? Pas grand chose. Si vous accumulez de grands budgets, vous voulez de nouveaux avions, vous aspirez à déployer des missiles en Europe de l’Est, c’est là où sont les gros sous. Je crois que c’est en partie à cause de cela et en partie à cause de la politique. Nous avons récemment entendu parler des 50 responsables qui s’étaient prononcés contre Donald Trump en le traitant de dangereux. Bill Kristol [éditorialiste néoconservateur] a trouvé son candidat idéal : Evan McMullin, ancien de Goldman Sachs, ex-agent de la CIA... Un grand dispositif d’hégémonie internationale lié à énormément d’argent.

RT : Pensez-vous qu’on utilise la Russie pour fournir plus de moyens au Département de la Défense ?

J. J. : Je crois que, principalement, oui, mais ce n’est malheureusement pas seulement cela. Tout est lié à l’oligarchie d’Etat qui contrôle l’establishmentdes deux partis, dont Hillary Clinton est une face et Jeb Bush l’autre. Eux, ils veulent le retour aux années 1980.

La Russie ne fait rien, elle répond à un comportement provocateur

RT : Quelles actions de la Russie poussent la secrétaire à la Force aérienne des États-Unis à affirmer ce genre de choses ?

J. J. : La Russie ne fait rien, elle répond à un comportement que moi, en tant qu’Américain et conservateur, je considère provocateur – ils mettent des missiles en Europe de l’Est, arguant que c’est contre les armes iraniennes qui n’existent pas et dont personne n’est obligé de se défendre. Les Russes répondent : «Nous ne savons pas ce que vous mettez sur ces sites. Cela peut être n’importe quoi. Et vous voulez qu’on se fie à vos paroles ?» S’ils nous faisaient cela, dans un pays voisin, comment y répondrions-nous ? Parlerait-on du déploiement de nos forces dans la mer Baltique et dans la mer Noire, à quelques dizaines de miles des bases navales de la marine russe ? Quelle réponse attend-on alors de la Russie ?

Ce serait stratégiquement raisonnable d’entretenir avec Moscou et Pékin des relations qui seraient meilleures que celles qu’ils ont entre eux

RT :  La Russie a récemment conclu une alliance avec l’Iran qui concerne nombre de choses. Il y a également eu une sorte de coopération mise en avant avec la Chine. Est-ce gênant pour les Etats-Unis ?

J. J. :  Je pense que cela révèle le manque total de vision stratégique de l’establishmentdes deux partis. Ce serait peut-être stratégiquement raisonnable d’entretenir avec Moscou et Pékin des relations qui seraient meilleures que celles qu’ils ont entre eux. Si on s’était assis autour d’une table pour mettre au point un plan afin pousser les relations avec les deux pays, on n’aurait pas fait mieux.

La modernisation de nos militaires ne présenterait pas une menace pour eux si on était dans une logique défensive

RT : Quelle solution pourrait-on trouver ? Dans le monde d’aujourd’hui, il y a beaucoup de foyers de tensions. Une analyse critique de la politique étrangère de Barack Obama ne s’impose-t-elle pas ?

J. J. : Absolument. Pour moi, c’est comme Georges Bush mentant, ou Georges Bush avec des drones à la place des extraditions illégales. C’est la même politique. Il faut qu’on cherche à coopérer avec les pays avec lesquels nos intérêts nationaux coïncident au lieu de provoquer des conflits inutiles.

RT : Les Etats-Unis devraient-ils s’inquiéter de la modernisation de l’armée russe ?

J. J. : Je pense qu’on devrait l’être, en ce sens qu’il ne faudrait pas que nous faisions quoi que ce soit qui les incite [à aller dans ce sens]. Le fait en soit ne doit pas faire plus peur que la modernisation de nos militaires, qui ne présenterait pas une menace pour eux si on était dans une logique défensive, ce qui est de moins en moins le cas.

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