Vous avez cru que les débats présidentiels américains étaient ouverts et équitables ? Détrompez-vous

La cadidate à la présidence Jill Stein (le Parti vert des Etats-Unis) Source: Reuters
La cadidate à la présidence Jill Stein (le Parti vert des Etats-Unis)

D'après les sondages beaucoup d'Américains serairent «à la recherche d'une option autre que Trump et Clinton», alors que, selon la journaliste Danielle Ryan, «les grands partis ne veulent vraiment reconnaître qu'il existe des alternatives viables».

A trois mois du jour «J», la campagne présidentielle américaine bat son plein. Mais il y a une réalité peu réjouissante aux yeux d’un grand nombre d’électeurs américains : aucun des deux candidats des partis principaux ne leur plait vraiment.

Dans un récent sondage, plus d’électeurs américains consultés se sont prononcés en défaveur (55%) qu’en faveur (44%) de Hillary Clinton. Dans le même sondage, le score de Donald Trump est encore plus bas. Seulement 36% des électeurs ont un avis positif à son sujet, tandis que 63% ont exprimé une opinion négative.

Dans ce climat, la stratégie des deux candidats semble reposer non pas  sur l’idée de  prouver qu'ils sont dignes de la plus haute fonction, mais plutôt sur celle de démontrer à quel point leur adversaire en est indigne. En conséquence, le 8 novembre de nombreux électeurs vont cocher la case à côté du nom d’un candidat uniquement pour tenter d'empêcher l'autre de gagner. Le vote pour le «moindre mal» semble être l’attitude générale.

Mais les sondages ont aussi montré autre chose : les électeurs américains sont de plus en plus ouverts à l'idée des candidats tiers – et certains cherchent activement une alternative. Environ 44% sont à la recherche d'une option autre que Trump et Clinton.

Dans le cas du groupe représentatif de cette enquête, tous les électeurs indécis qui étaient dans la salle ont levé la main en répondant à la question s’ils se sentaient «embarrassé pour le pays» à cause de Trump et Clinton. Evidemment, il ne s’agit que d’un exemple, mais ce n’est pas un très bon signe. L’élection se transforme en un vrai casse-tête pour les électeurs qui n’apprécient aucun des deux candidats.

Les candidats des partis tiers pourraient jouer un rôle crucial en remettant au premier plan les questions qui sont, autrement, ignorées

Cela étant entendu, ne serait-il pas logique que les gens sachent qu'ils ne sont pas simplement limités à voter républicain ou démocrate ? Bien entendu, beaucoup d'Américains le savent, mais il y en a un grand nombre qui ne le savent pas. Et comment pourraient-ils savoir ? Ni les médias, ni les grands partis ne veulent vraiment reconnaître qu'il existe des alternatives viables, et au fil du temps, ils ont tout fait en leur pouvoir pour maintenir ce système à deux partis. La Commission sur les débats présidentiels est l’une des voies par laquelle ils y arrivent.

Voler les débats

La League of Women Voters (La Ligue des électrices, organisation civique américaine) a commencé à organiser et à superviser les débats présidentiels en 1976. Cette organisation n’est au service d’aucun parti, elle est gérée de manière équitable, non partisane et a mérité la confiance du public. En 1980, par exemple, lorsque le candidat indépendant John B. Anderson avait 12% dans les sondages, la Ligue a veillé à ce qu'il soit autorisé à participer aux débats. Si les électeurs voulaient l'entendre, il était juste de dire qu'il devrait être entendu. Lorsque Jimmy Carter a refusé de débattre avec lui, la Ligue a tenu le débat présidentiel avec une chaise vide sur la scène pour signifier l'absence de Carter.

Mais, en 1988, les deux partis principaux ont annoncé la création de la Commission sur les débats présidentiels (CPD). Cela mettait le contrôle des débats essentiellement entre les mains des partis et a effectivement exclu les interférences de quiconque.

Le président de la Ligue des électrices a alors accusé les partis de «tenter de voler les débats aux électeurs américains», ajoutant que les candidats tiers devaient être admis aux débats. Elle a déclaré que le nouveau système laisserait les débats présidentiels dépourvus de substance et de spontanéité. Enfin, la Ligue a dit qu'elle n'avait pas l'intention de «devenir un outil de tromperie du public américain». Le dirigeant national du Parti démocrate avait une opinion différente, annonçant que les deux partis avaient pris leur «responsabilité légitime» dans la prise de contrôle de l'ensemble du processus.

Lorsque vous excluez les voix tierces du débat, vous vous retrouvez «dans une sorte de confinement idéologique»

Il existe même un contrat de 21 pages établi par les deux partis pour dicter les conditions, dans les moindres détails, de tous les débats. L'existence de ce document a été niée par les partis jusqu'à ce qu'il ait été divulgué dans la presse. Il démontre le mécanisme mis en place par les deux partis, qui comprend de multiples façons d’empêcher un débat naturel, spontané et vigoureux : aucune question supplémentaire ne peut être posée par un membre du public ou un modérateur. Aucun des deux candidats ne peut lancer un défi de débats supplémentaires. Aucun des deux candidats ne peut participer à un autre débat, sauf ceux convenus par les partis.

Depuis la prise du contrôle par la CPD, un seul candidat indépendant a été admis aux débats nationaux. Il s’agit de Ross Perot avec quelques 7% dans les sondages en 1992. Après cela, la CPD a modifié ses règles, exigeant que les candidats indépendants ou tiers aient 15%  ou plus avant de pouvoir être autorisés à participer aux débats. Les candidats doivent avoir le soutien des 15% de l'électorat national, «comme  déterminé par les cinq organismes sélectionnés de sondage nationaux» sur la base des moyennes de leurs résultats les plus récents.

Mais comment ces candidats, qui sont moins connus, vont-ils obtenir le soutien des 15% du public en étant exclus des débats, qui sont peut-être la plus grande opportunité pour eux de «vendre» leurs idées aux électeurs ?

«Le Confinement idéologique»

Les candidats des partis tiers pourraient jouer un rôle crucial en remettant au premier plan les questions qui sont, autrement, ignorées. Lors de l’élection de cette année, par exemple, la candidate du Parti vert Jill Stein a à maintes reprises soulevé la question des politiques interventionnistes ratées et des sommes astronomiques dépensées sur l'armée américaine. Elle veut réduire les dépenses militaires de 50% et fermer les bases américaines à l'étranger.

Alors que Stein n'a pas reçu beaucoup d'attention de la part des médias au début, l'intérêt pour elle s’est accru au cours des dernières semaines, quand Bernie Sanders a terminé sa campagne et quand ses partisans se sont mis à chercher quelqu'un qu’ils sentaient partager leurs croyances plus que Clinton. Bernie peut désormais voir comment les résultats de Stein dans les sondages (environ 6%) commencent à augmenter. Si elle avait été admise aux débats, ils auraient pu augmenter encore plus.

Des candidats tiers ont essayé d'atteindre le seuil de soutien de 15% avec presqu’aucune couverture médiatique par rapport aux candidats des partis principaux

Les partisans du système de débat de la CPD ont tendance à le défendre en affirmant que des centaines de personnes se portent candidat à la présidence et qu’il est impossible d’imaginer près de 400 personnes sur scène en même temps. Mais George Farah, écrivain et commentateur politique américain qui a écrit un livre sur le système de débats, a déclaré que cela faisait simplement partie de la «propagande» de la CPD et qu'il existait des moyens de réduire le nombre de candidats de façon équitable. Il affirme que les candidats qui sont sur les bulletins de vote dans suffisamment d'Etats pour avoir théoriquement une chance de gagner devraient avoir l'opportunité de participer aux débats.

Lorsque vous excluez les voix tierces du débat, vous vous retrouvez «dans une sorte de confinement idéologique», a expliqué Farah. De la même manière, le candidat libertarien Gary Johnson a pu qualifier le système d'un «jeu truqué».

Une action en justice

Au fil des années, des efforts ont été déployés pour ouvrir un procès – sans succès. Des candidats tiers ont essayé d'atteindre le seuil de soutien incroyablement élevé de 15% avec presqu’aucune couverture médiatique par rapport aux candidats des partis principaux.

Cette année, le parti vert et le parti libertarien ont poursuivi la CPD en justice, affirmant que la règle des 15% portait atteinte au premier amendement de la constitution américaine et que la CPD était le «gardien de millions de dollars en publicité gratuite». L'affaire a été rejeté par un juge fédéral, qui a déclaré que les dommages présumés - l'incapacité d’obtenir une couverture médiatique, de rassembler des voix, etc. – étaient uniquement dûs à un «manque de soutien populaire» pour les candidats, ce qui vous laisse déjà penser qu’elle n’a rien compris à l’affaire. Le directeur de campagne de Johnson a déclaré que le parti examinerait les options [possibles], la question étant «trop importante pour simplement accepter un tel rejet arbitraire».

Mais il s’agit d’une bataille difficile pour les candidats tiers, et ils sont bel et bien désavantagés.

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