Quand le sport occidental de dénigrement de la Russie verse dans la mesquinerie

© Sergei Karpukhin Source: Reuters

On peut ne pas être fan de Poutine et en même temps avoir la décence et l'intégrité de se concentrer sur des faits, même quand ils peignent la Russie d’une lumière assez positive, rappelle la journaliste irlandaise Danielle Ryan.

Il est peu probable que le sport médiatique de dénigrement de la Russie soit un jour démodé. Comme on dit, aucun journaliste ou analyste n’a jamais nuit à sa carrière en dirigeant sa colère sur Moscou.

Les opinions hystériques sur l'Empire du Mal et son chef malveillant courent les rues ces jours-ci – et la plupart d'entre elles, bien que souvent limitées au niveau des faits et très amples au niveau de la conspiration, peuvent être survolées et oubliées. Pour la plupart, c’est la même chose. Aucune raison de trop s’exciter là-dessus.

Mais, il arrive aussi souvent de tomber sur un article tellement mauvais, à tant d’égards, qu'il mérite une réponse. Un récent article, dans le Boston Globe, est de ceux-là. «La Russie de Poutine est un pauvre et ivre hooligan», titrait la publication. S'il y avait un prix pour l'excellence en Russia-bashing (dénigrement de la Russie), cet article l’aurait certainement emporté.

Vendu comme un «zoom» sur la Russie, cet article fournit tout sauf cela

Je sais que c’est difficile de l'imaginer, mais le titre n’est pas encore ce qu’il y a de pire dans cet article. «La Russie, écrit l'auteur quelques paragraphes plus loin, ressemble à un culturiste huilé, vieilli, mais toujours musclé» qui cache sa «marche boiteuse» hors-scène – et «Bourré Eltsine» était un «représentant approprié» pour le pays . Amusant, n’est-ce pas ?

Vérification rapide. Qui a besoin de cela ?

Soyons parfaitement clairs : ce serait une erreur de croire que cet article tentait d'informer le lecteur des réalités de la Russie moderne. Car le but de ce papier était de ne pas informer. Son seul but, qui saute aux yeux, est de présenter un pays de la pire des façons – par la pure et simple méchanceté, semble-t-il.

Pour ce faire, les faits ont été cueillis par ci et par là, les statistiques ont été sorties de leur contexte et ne tenaient pas compte des tendances générales à long terme - et oui, certaines parties étaient tout simplement tout à fait fausses. Comme la revendication douteuse que l'espérance de vie en Russie «était en baisse», alors qu'en fait, elle était en hausse. Mais à quoi bon laisser des faits embêtants modifier une bonne histoire ? Comme un utilisateur de Twitter m'a écrit, «aujourd’hui l’analyse des experts est le segment médiatique le plus libre de vérification des faits et également l’un des moyens les plus populaires de la diffusion d'information».

En d'autres termes, si les lecteurs ont pris ce papier au pied de la lettre, ils ont été induits en erreur. Vendu comme un «zoom» sur la Russie, cet article fournit tout sauf cela. En fait, il est simpliste et carrément trompeur.

N'oublions pas que nous parlons d'un pays qui se remet encore d'un coup dévastateur et catastrophique qu’a subi son système il y a moins de 25 ans

Concernant la remarque sur l'espérance de vie, il est assez simple de vérifier les faits. L'espérance de vie en Russie a atteint son sommet historique en 2013 (71,2 ans) et a encore augmenté en 2014-2015 (71,4 ans). En 2016, l'espérance de vie continuerait à augmenter à un rythme plus rapide, bien que les données détaillées ne soient pas encore disponibles. Où ai-je appris tout cela ? Auprès d’un véritable expert en démographie russe qui lit les données, préfère les faits au truquage et il n’est pas fan de Vladimir Poutine non plus. Je sais que certains pourraient être choqués par cette combinaison : ne pas être fan de Poutine et en même temps avoir la décence et l'intégrité de se concentrer sur des faits (même quand ils peignent la Russie d’une lumière assez positive), mais ces gens existent vraiment.

A l’aide du contexte

N’oublions pas : lorsque nous parlons et écrivons à propos de la Russie, nous parlons et écrivons sur un pays qui, à bien des égards, se remet encore d'un coup dévastateur et catastrophique qu’a subi son système il y a moins de 25 ans. Un pays qui a dû s’en sortir en étant au bord d’une ruine très réelle - pas du genre de la ruine imaginaire constamment imminente devant laquelle bavent les chroniqueurs aujourd'hui.

Même si certains ont du mal à l'admettre, il y a eu quelques succès

Par conséquent, le fait de présenter une liste des statistiques qui paraissent négatives comme l’a fait l'auteur du papier du Globe, ne fournit pas de contexte historique avec lequel le lecteur peut évaluer les réussites ou les échecs d’un pays comme la Russie d’aujourd'hui. Et même si certains ont du mal à l'admettre, il y a eu quelques succès. Le fait de limiter sa vision au négatif ne fait du bien à personne, si l'objectif primordial est de comprendre.

Dire au lecteur que la mortalité infantile est «deux à trois fois plus élevée que dans le reste du monde» est un autre exemple. Cela ignore complètement, par exemple, que la mortalité infantile en Russie a diminué de 12% en 2015 et que, même depuis le début de la récente crise économique en Russie, les indicateurs de mortalité se sont considérablement améliorés. Un effort brut pour masquer des améliorations pour nourrir le discours «la-Russie-est-en-train-de-s’effondrer» est de plus en plus transparent et les auteurs qui emploient cette tactique ne semblent pas du tout se préoccuper de fournir à ses lecteurs une image objective.

Les «trolls russes sur Twitter» sont des utilisateurs de Twitter qui osent risquer de faire un commentaire positif ou même neutre sur la Russie.

Il n’y a pas de problème pour affirmer, directement ou indirectement, que tous les Russes sont pauvres et ivres

L’orgueil dans les préjugés

Malheureusement, si le compte Twitter de l'auteur est une chose à prendre en compte, il semble qu’il soit en plus fier d’une certaine façon de susciter la colère des «trolls russes sur Twitter» et des «masses pro-Poutine». Les trolls russes sur Twitter, en passant, sont des utilisateurs de Twitter qui osent risquer de faire un commentaire positif ou même neutre sur la Russie. Les juvéniles croisés contre ces terribles trolls savent que si quelqu'un n’est pas de leur avis, cette personne est un troll. Fin de la discussion.

Car c’est le niveau du discours auquel nous avons affaire à aujourd'hui : si vous n’êtes pas d’accord avec moi, vous êtes un troll et je vais vous bloquer parce que dans le désordre du monde d'aujourd'hui, la dissonance cognitive est un énième facteur de stress mental dont je n’ai pas besoin.

J’ai souvent critiqué la politique étrangère américaine dans mes articles. Mais vous pouvez être sûr que je ne titrerai pas mon prochain papier comme suit : «L'Amérique d'Obama est un criminel obèse et stupide». Parce que, eh bien, ce serait un peu trop et insultant, non ? Avec le souffle coupé, les gens me diraient comment c’est injuste. Les Américains ne sont pas tous stupides et obèses, affirmeraient-ils. Et ils auraient raison. Mais d’une manière ou d’une autre, il n’y a pas de problème pour affirmer, directement ou indirectement, que tous les Russes sont pauvres et ivres. Nan, ça c’est tout à fait acceptable.

Le dénigrement de la Russie est incroyablement irrationnel et paranoïaque

Russie-la-souris et Russie-la-menace

Une chose à propos du dénigrement de la Russie c’est qu’il est incroyablement irrationnel et paranoïaque. Le chroniqueur Bryan MacDonald a inventé l’an dernier le terme «Russophrénie» - un état où la victime croit en même temps que la Russie est à la fois sur le point de s'effondrer et de prendre le dessus sur le monde entier. Beaucoup de victimes [de ce symptôme] travaillent dans le monde des médias et considèrent la Russie comme un point lointain dans l'histoire du monde et, en même temps, voient Poutine et le KGB flotter, tels des malfaiteurs, dans leurs cornflakes tous les matins.

Un jour, la Russie fait partie du passé, est un rien pathétique et sans importance. Le lendemain, un autre chroniqueur va écrire que la Russie est un ours dangereux menaçant de dominer le monde, avec un fou à sa tête et il n'y a rien qu'il ne soit pas capable d'orchestrer depuis sa tanière de Kremlin. Et le cycle reprendra.

Les pièces rassemblées seront utilisées pour convaincre les lecteurs qu’il ne faut pas se soucier : l'Amérique est toujours numéro un et tous les autres ne sont que des grands perdants – et les pièces dessinant la menace russe seront utilisées pour s’assurer que jamais personne ne décide de former une opinion neutre – Dieu nous en garde – positive sur ce pays. N’oubliez pas : les chroniqueurs nous rappelleront, la Russie sera peut-être un loser, mais ça reste un méchant avec des armes nucléaires.

La Russie est mauvaise, sur tous les plans, à toutes les époques, et elle le sera toujours

Le fait que les médias oscillent aussi souvent entre ces deux récits indique qu'ils se retrouvent dans une frénésie tellement confuse qu'ils ne savent pas quelle ligne ils doivent promouvoir le plus vigoureusement – et que, comme vous le savez, le récit est basé non pas sur la recherche objective des faits, mais sur l'idéologie : la Russie est mauvaise, sur tous les plans, à toutes les époques, et elle le sera toujours.

Et si vous n'êtes pas d'accord, vous êtes un troll.

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