Tout est Poutine - L’Occident en manque de patron

Le président russe Vladimir Poutine© Sergei Guneev Source: Sputnik
Le président russe Vladimir Poutine

Les «Panama Papers» ont été l’occasion d’une nouvelle salve médiatique anti-Poutine. Mais l’obsession des journalistes occidentaux pour le président russe devient telle qu’on se demande ce qu’ils feraient sans lui.

Dans De la démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville prédisait que, si l’époque aristocratique voyait les grands hommes à l’origine de tout, les temps démocratiques considèreraient que tout ne résulte que de grandes vagues, les sociétés marchant libres. Il avait tout compris de l’évolution occidentale. Les historiens s’évertuent à étudier les mouvements expliquant la révolution russe, la montée du nazisme, les deux guerres mondiales, mai 68 ; les journalistes expliquent les révolutions colorées qui frappent la périphérie de la Russie par des protestations populaires.

Mais il semble qu’il y ait une faille dans la prédiction de Tocqueville.

L’affaire des «Panama Papers» et son traitement médiatique ne sont qu’un exemple – d’envergure – de l’obsession qui prend les journalistes occidentaux lorsque l’on évoque le nom du président russe. Poutine, à nouveau, partout. Dans cette affaire, ce dernier n’est impliqué que par ricochet, via des proches. C’était suffisant pour mettre habilement de côté ou minimiser le fait que certains occidentaux importants étaient directement mouillés ou que la fuite était très probablement financée par le vieux milliardaire qui n’en finira pas de mourir tant qu’il n’aura pas eu la peau de la Russie, George Soros.

Les journalistes occidentaux sont sans doute en mal de meneurs

Si la machination politique est évidente, on ne saurait incriminer les journalistes qui diffusent l’information : ils croient pour la plupart à ce qu’ils racontent et ne sont complices qu’inconsciemment. Jérôme Fenoglio, du journal Le Monde, avouait sans s’en rendre compte sur France Inter n’avoir cherché dans les millions de «Panama Papers» que des noms où il y avait présomption de corruption. D’où la brillante idée de chercher dans l’entourage de Poutine et non celui d’Obama ou de Hollande. Il ne faut pas y voir malice, Jérôme Fenoglio a simplement fait son travail à travers la matrice de ses préjugés.

Une des meilleures preuves de cette sincérité est sans doute à voir dans les articles des journalistes occidentaux au sujet de l’absence médiatique (d’une semaine) de Poutine durant l’été 2015. On parla de psychose en Russie, d’hystérie face à la disparition du chef. Une telle réaction et une telle opacité du gouvernement ne pouvaient qu’être synonyme de dictature ! Le problème étant que les Russes se fichaient pas mal de l’absence de Poutine de leur écran de télévision. La psychose était réelle, mais uniquement dans les cerveaux des rédactions occidentales.

Nos vaillants libéraux, si fiers d’avoir mis en place la gouvernance des entreprises, sont les plus avides de nouvelles de ce qu’il reste de «chefs» sur la planète

Gustave Le Bon écrivait, dans sa Psychologie des foules : «Dès qu’un certain nombre d’êtres vivants sont réunis, qu’il s’agisse d’un troupeau d’animaux ou d’une foule d’hommes, ils se placent d’instinct sous l’autorité d’un chef, c’est-à-dire d’un meneur.» Les journalistes occidentaux sont sans doute en mal de meneurs. Mais le modèle de la démocratie libérale, trop sophistiqué, ne permet pas de revenir aux fondamentaux. Et il serait difficile de trouver quelqu’un sortant du lot des technocrates de Bruxelles et des politiciens de carrière qui ne dirigent plus les nations mais leur appliquent des décisions venues d’ailleurs. On a pu voir les Français reprendre goût au «chef» après les attentats, mais la popularité de Hollande ne pouvait se maintenir longtemps, tout simplement parce qu’il n’est chef d’Etat que sur le papier.

De la même manière que les Français, si fiers d’avoir décapité leur roi, sont aux premières loges des mariages royaux britanniques, nos vaillants libéraux, si fiers d’avoir mis en place la gouvernance des entreprises, sont les plus avides de nouvelles de ce qu’il reste de «chefs» sur la planète. Des hommes comme Poutine ou, dans une moindre mesure, Loukachenko, ne pouvaient que titiller ce paradoxe. Mais ce dédoublement de la personnalité n’est pas un mystère. Il n’est que le fruit d’une contradiction entre une utopie politique et la nature humaine.

Dans les sociétés démocratiques néolibérales, il ne faut pas qu’une tête ne dépasse. Ou alors si, mais à la Obama, si le représentant de la nation se distingue uniquement par sa capacité à chanter avec un vieux rocker ou faire trois pas de tango. Que, dans un autre espace géopolitique, un homme d’Etat continue à avoir une véritable importance est à la fois intolérable vis-à-vis de la philosophie politique de l’époque et irrésistible pour l’instinct de l’homme animal, tout politique qu’il soit.

Ce dilemme psychologique explique aussi certainement pourquoi la caste médiatique occidentale est à la fois fascinée et hostile à Donald Trump. Et pour ce qui est de la manipulation psychologique, il est même curieux que George Soros n’ait pas réussi, d’une manière ou d’une autre, à impliquer Trump à côté de Poutine dans les Panama Papers – même par ricochet.

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