Panama Papers : «Il est plus intéressant de parler de Poutine que du Premier ministre islandais»

Le président russe Vladimir Poutine Source: Sputnik
Le président russe Vladimir Poutine

Dans les premiers jours des révélations des «Panama Papers» les médias se sont concentrés sur la figure du président russe pour ensuite passer aux sujet d’ordre national, estime l’analyste géopolitique Florent Parmentier.

RT France : Vous avez affirmé dans une de vos interviews que le scandale de Panama Papers était devenu le «scandale Poutine». Pourquoi ?

Florent Parmentier : Je pense qu’il y a une raison essentielle à cela : l’effet de déformation journalistique. Le travail du journaliste conduit à chercher les éléments les plus sensationnels, et ce sans doute dans le lot de personnes qui ont été concernées à titre direct ou indirect [par les Panama Papers].

Il faut dire que Vladimir Poutine n’a été concerné qu’à titre indirect : certains de ses proches auraient eu, d’après les papiers de Mossack Fonseca un rapport avec le Panama. Mais parmi les personnes visées, il est plus intéressant pour un journal de parler de Vladimir Poutine que d’un Premier ministre islandais ou du roi d’Arabie saoudite.

Il faut dire que Vladimir Poutine n’a été concerné qu’à titre indirect

Je pense qu’il y a là un effet de déformation, un effet médiatique assez classique.

C’est sans doute pour ça que, dans les premiers jours de ces révélations, on a pu parler de «l’affaire Poutine» dans le sens où c’est son nom qui est sorti le plus spontanément. Et il n’en demeure pas moins que, ces derniers jours, on a pu observer que la tension médiatique s’était déplacée sur des sujets qui étaient très souvent d’ordre national. C’est-à-dire que, ce qui intéresse aujourd’hui les Islandais, ce n’est pas «l’affaire Poutine», c’est l’affaire de leur Premier ministre ; ce qui intéresse aujourd’hui les Français ce n’est pas la question de Vladimir Poutine ni celle de Petro Porochenko, mais c’est bien la liste des Français concernés par le scandale des Panama Papers.

RT France : Parmi les personnes évoquées dans ce scandale on trouve le père de David Cameron, le Premier ministre du Royaume-Uni. Pourquoi les médias ne se précipitent-ils pas sur ce sujet ?

Florent Parmentier : Sans doute parce qu’il y a un autre sujet plus préoccupant pour la Grande-Bretagne : le Brexit. Il est vraisemblable que c’est cela qui permet à David Cameron d’échapper à la critique.

RT France : D’après vous, l’enquête des Panama Papers est-elle crédible et impartiale ?

Florent Parmentier : Ce qui est certain, c’est qu’on n’assiste qu’au démarrage de cette enquête, sachant que les faits concernés vont de 1977 à 2015. Nous avons une période extrêmement longue qui nous va nous offrir un regard assez large. Sur 11,5 millions de dossiers on n’a trouvé pour l’instant que ce qu’on a voulu chercher en premier : des noms de chefs d’Etat, des noms d’entrepreneurs, de quelques personnalités connues.

Il est vraisemblable qu’on n’a pas exploité toute la base et on aura donc d’autres révélations. Ce qui veut dire que, nécessairement, dans un premier temps, nous sommes soumis aux effets médiatiques et aux effets d’annonce sachant qu’il y a énormément d’autres choses intéressantes à l’intérieur.

Dans un premier temps, nous sommes soumis aux effets médiatiques et aux effets d’annonce

On peut douter du fait que les personnes évoquées soient véritablement les seuls coupables.

Ce dernier temps l’idée qu’il y a peu d’Américains dans ces listes a été souvent évoquée. A cela il y a plusieurs réponses. Tout d’abord ce n’est pas le seul cabinet. On a peut-être une base de données qui est extrêmement large mais qui n’épuise pas le sujet. Et peut-être que d’autres cabinets ont plus d’Américains dans leurs dossiers. On n’est pas sûr de l’échantillon, ce n’est pas forcément représentatif.

Il y a des choses très intéressantes dans ces «Panama Papers» et, vraisemblablement, nous ne sommes qu’au début de l’affaire. Pleins d’autres choses seront révélées par la suite.

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