Loi travail : «Le parti socialiste est en train de dépérir»

© Régis Duvigneau Source: Reuters

Manuel Valls a encore coupé court au débat sur la loi Travail devant l'Assemblée nationale en recourant au 49.3. Le Premier ministre affiche un gouvernement autoritaire, selon Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternatives Economiques .

RT France : Pourquoi Manuel Valls a-t-il décidé de recourir au 49.3 alors que cela a déjà provoqué la division de son propre parti ?

Manuel Valls affiche un gouvernement assez autoritaire et qui refuse les compromis

Guillaume Duval (G. D.) : D’une part, parce qu’il a une attitude personnelle qui est de considérer que l’autorité de l’Etat est en jeu et que donc s’il cédait là-dessus, ce serait l’autorité de l’Etat qui serait remise en cause. Il affiche un gouvernement assez autoritaire et qui refuse les compromis. Sur cette affaire particulière, il a vraiment fait de l’article 2 de cette loi un sujet central et il a déjà affirmé plusieurs fois qu’il n’était pas question de le changer.

Il était possible, qu’au bout du compte la loi ne soit pas votée

Aujourd’hui c’est une vraie reculade de sa part, et dans le contexte de sa personnalité et de son style de gouvernement, c’était difficile à assumer. Enfin, il n’était pas sûr que malgré cela, il ait quand même une majorité pour sa loi, c’est-à-dire qu’il était possible que, compte tenu des modifications apportées, la droite allait voter contre. Il n’était pas sûr que, même s’il acceptait l’amendement en question, l’ensemble de la gauche vote pour. Il était possible que les frondeurs s’abstiennent. Il était donc possible, qu’au bout du compte, même s’il cède, la loi ne soit pas votée. C’était donc la dimension la plus rationnelle du raisonnement qu’il a pu faire. Voilà les raisons pour lesquelles il a fait cela. C’était également compliqué vis-à-vis du patronat, s’il avait reculé sur l’amendement qui était proposé et qui consistait quand même à vider l’essentiel de l’article 2 de son sens, qui était de faciliter l’allongement de la durée du temps de travail des gens qui ont déjà un emploi sans surcoût sensible. Cela retirait donc tout l’intérêt de cet article-là et donc sur ce plan-là, cela le mettait aussi en porte-à-faux vis-à-vis du patronat en particulier.

Cette loi va être adoptée malgré la contestation

RT France : Le bras de fer avec les syndicats continue. Plusieurs manifestations contre la loi Travail sont prévues aujourd’hui, notamment contre le 49.3. Ces manifestations vont-elles aboutir à quelque chose ou la loi va-t-elle être adoptée de toute façon ?

G. D. : Cela se décide maintenant, avec le 49.3 elle devrait en théorie être adoptée, sauf si beaucoup de gens de gauche votaient pour la motion de censure déposée par la droite, ce qui semble assez improbable tel que c’est parti aujourd’hui. Avec le 49.3, cette loi va être adoptée malgré la contestation. Mais ceci dit, cette contestation va laisser des traces durables, et on l’a d’ailleurs déjà vu cette semaine. Les socialistes ne peuvent même plus faire des réunions publiques en France sans être tout de suite interrompus, sans avoir de gros problèmes. Ils viennent donc de renoncer à leur université d’été. Cela risque de continuer comme ça pendant plusieurs mois, jusqu’aux élections de 2017. Ça laisse des traces profondes de division à la fois dans le monde syndical et dans le monde politique à gauche.

Le parti socialiste est en train de se diviser définitivement

RT France : Cela témoigne-t-il d’une certaine crise politique au sein du parti socialiste ?

G. D. : On est même au-delà de la crise. Cela témoigne du fait que le parti socialiste est en train de dépérir, de se diviser définitivement, de se déconsidérer au sein d’une grande partie de l’opinion de gauche. C’est donc l’expression d’une crise très grave au sein du parti

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