Hillary Clinton, la candidate néoconservatrice qui entraînera les Etats-Unis à la guerre en Syrie

© Gary Cameron Source: Reuters

Les Etats-Unis renversent les gouvernements du Moyen-Orient qui ne leur conviennent pas ou poussent à leur renversement – peu importe la dangerosité de leurs alliés, a déclaré à RT Karen Kwiatkowski, ex-officier des Forces aériennes américaines.

Les Forces démocratiques syriennes, soutenues par les Etats-Unis et menées par des groupes kurdes, sont entrées dans la ville de Manjib après y avoir encerclé les militants de l’Etat islamique. Mais au même moment, des douzaines de fonctionnaires du Département d’Etat ont fait parvenir un mémorandum à Barack Obama dans lequel ils le pressent de lancer des frappes aériennes sur les forces de Bashar al-Assad, ce qui contredirait la politique étrangère actuelle de la Maison blanche.

Barack Obama a été une sorte de barrière à certaines des politiques les plus agressives du Département d’Etat et du Pentagone

RT : Ce mémorandum contredit les tentatives de Kerry pour rétablir la paix en Syrie. Comment expliquez-vous cette rupture du Département d’Etat ?

Karen Kwiatkowsky (K. K.) : Je pense que l’administration n’a plus le temps. Il est vrai que Barack Obama a été une sorte de barrière à certaines des politiques les plus agressives du Département d’Etat et du Pentagone. Mais en même temps, cette administration et la durée de vie de ces politiciens qui ont été nommés, de ces ambassadeurs – beaucoup ont signé cette lettre très agressive et belliciste – leur durée de vie touche à sa fin, ils n’ont plus que six mois. Il est fort probable qu’ils ne garderont pas leur poste sous la nouvelle administration. Dans le cas où Hillary Clinton est élue, beaucoup d’entre eux sont ses amis ou elle les a nommés, ce sont des gens qui soutiennent son approche. Je pense que l’objectif est d’engager un débat politique sur les événements qui se déroulent aux Etats-Unis. Les élections approchent. Clinton est tiraillée entre plusieurs choses. Mais c’est la candidate néoconservatrice. C’est la candidate qui fera cette guerre, si guerre contre Assad il y aura. C’est elle qui le fera et c’est elle qui a nommé ces gens. Et il ne reste plus beaucoup de temps.

Même ceux du Pentagone qui prônent la violence savent que les frappes aériennes ne fonctionneront pas

RT : Les différences que nous avons pu observer au sein du Département d’Etat sont-elles le signe que des différences existent dans toute l’administration ?

K. K. : Cette nouvelle transmise au New York Times est un événement politique. Son objectif est de mettre en place une politique alors qu’il reste très peu de temps pour la mettre en place. Si vous lisez la lettre, elle n’offre pas vraiment de nouvelle stratégie. Obama a été accusé de ne pas avoir de véritable stratégie. Ceci n’est ni une nouvelle stratégie, ni une stratégie de remplacement. C’est «bombarder et «montrer notre drapeau»». Et cela ne vient ni des Forces aériennes ni du Pentagone – alors que vous pourriez penser qu’ils s’y connaissent en matière de combat. On ne peut pas prendre position depuis le ciel et c’est précisément pour cela qu’ils prônent des frappes aériennes, qui sont depuis longtemps inefficaces. C’est pourquoi je pense que c’est un acte politique et pas une vraie stratégie. Il n’y a pas grande stratégie dans cela. Ce qu’ils prônent ne fonctionnera pas, même ceux du Pentagone qui prônent la violence savent que cela ne fonctionnera pas. Ce n’est donc pas une très bonne solution. Par conséquent, je dois en conclure que l’objectif est de faire passer un message politique. Je trouve cela remarquable et hilarant que cette lettre ait été rendue publique et publiée par la voie de la dissidence. Ces 51 diplomates bellicistes sont des dissidents. C’est spectaculaire.

Depuis que nous avons interféré et bombardé la région, tout le monde sait que les menaces de Kerry ne valent rien

RT : Il y a quelques jours, John Kerry a déclaré que les Etats-Unis étaient en train de perdre patience avec Assad. Ce type de propos sape-t-il la paix qu’il est sensé essayer de rétablir ?  

K. K. : C’est typique de l’approche qu’a eu John Kerry depuis le début de son mandat de Secrétaire d’Etat. Il mène deux tactiques différentes en même temps et ça ne peut pas marcher : menacer et négocier. Mais depuis que nous sommes intervenus, que nous avons interféré et bombardé la région, tout le monde sait que ces menaces ne valent rien. Les peuples du Moyen-Orient sont à la fois des alliés entre eux et nos ennemis, si vous voulez considérer Assad et l’Iran comme nos ennemis. Tous nous connaissent très bien maintenant. Ils connaissent notre façon d’opérer ; ils savent reconnaître nos coups de bluff. Ce ne sont plus des coups de bluff maintenant, ce ne sont que des conversations vides. John Kerry n’a pas changé ; sa politique et son approche sont les mêmes. Il est simplement inefficace parce notre politique fondamentale n’est pas ce qu’il dit qu’elle est. Et elle n’est pas ce que le président dit qu’elle est. Ce que nous faisons en réalité a été documenté pendant des années : nous renversons les gouvernements du Moyen-Orient qui ne nous conviennent pas et nous encourageons les actions qui nous aideront à parvenir à leur renversement – peu importe la dangerosité ou la compatibilité de ces alliés avec la liberté et nos propres valeurs. C’est pourquoi nous nous retrouvons à soutenir l’Etat islamique et à combattre aux côtés de gens qui commettent des actes terriblement destructeurs et que nous ne pouvons dire aucun mal d’eux parce qu’ils sont nos alliés. Nous nous sommes mis dans cette situation ; je ne pense pas que ce soit juste de faire porter la responsabilité à Kerry en tant qu’individu. Il représente un système qui n’a aucune crédibilité et vous ne pouvez certainement pas croire un mot de ce que dit un politicien américain lorsqu’il s’agit de ce que nous allons faire ou pas au Moyen-Orient.

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