Le massacre d’un village syrien commis par un groupe exclu de la liste noire de l’ONU (EXCLUSIF)

Combattant du mouvement Ahrar al-Sham Source: Reuters
Combattant du mouvement Ahrar al-Sham

Les témoins de Zara, un village syrien alaouite, ont révélé à RT les meurtres brutaux commis par les combattants d’Ahrar al-Sham et du Front al-Nosra, tandis que les pouvoirs occidentaux ont bloqué l’admission du groupe dans la liste noire de l’ONU.

Ahrar al-Sham est un groupe rebelle salafiste de l’islam sunnite qui s’est battu récemment aux côtés du Front al-Nosra, reconnu comme organisation terroriste et non protégé par le cessez-le-feu en Syrie négocié par Washington et Moscou.

Le groupe a admis être responsable du raid mais a précisé ne pas avoir maltraité ceux qui n’ont pas résisté. «Les civils n’ont pas été visés. Au contraire, les factions armées se sont efforcées d’épargner les civils et s’occuper des prisonniers de façon humaine», a confié le porte-parole d’Ahrar al-Sham dans un communiqué, cité par Reuters.

Emplacement de Zara

Selon les témoignages des villageois…

Cependant, les habitants du village ont dressé à RT Arabic une image bien différente des événements, qualifiant le raid sur le village de crime de guerre. «Ils ont tué des personnes âgées, pris les femmes et les enfants en otage. Nous voulons comprendre ce qui leur est arrivé. Nous ne savons rien d’eux», a expliqué à la chaîne Abdou Khalifa, un habitant qui a lui-même été blessé.

«Des inconnus sont arrivés au village. La plupart d’eux étaient étrangers, nous avons compris en les voyant qu’ils n’étaient pas de Syrie. Ils ont attaqué notre village, beaucoup ont été tués. Mon frère figure parmi les morts, son enfant a été blessé. Ils ont tué des familles entières», a fait savoir Ahmad Muhammad al Qasem, un autre villageois. 

«Un véritable massacre», a-t-il encore ajouté. «J’ai entendu dire que deux ou trois familles ont été tuées. La famille d’Abu Naval a été tuée. C’était un vieil homme et il a été tué avec ses filles. Ils ont été massacrés dans leur propre maison». 

D’après les villageois, un grand nombre de personnes a été tué ou pris en otage par les islamistes. Les récits concordent étroitement avec ceux qui ont été diffusés par la télévision syrienne et publiés sur les réseaux sociaux.  

Une des images horribles postées sur les réseaux sociaux montre des combattants d’Ahrar al-Sham se tenant debout sur plusieurs cadavres ensanglantés de femmes. Le groupe n’a pas nié la véracité de la photographie mais a au contraire insisté sur le fait que les femmes portaient des armes et ont été tuées au combat.

Le cas de Ahrar al-Sham

Les Etats-Unis refusent d’accuserAhrar al-Sham 

L’incident est quelque peu embarrassant pour Washington, après avoir combattu la proposition russe visant à inclure le groupe dans la liste des organisations terroristes aux côtés du mouvement militant Jaysh al-Islam, pour leur idéologie radicale et leur coopération avec des mouvements terroristes proches de l’idéologie d’Al-Qaïda.

Si l’initiative de la Russie avait été approuvée par le Conseil de sécurité de l’ONU, les deux groupes seraient devenus des cibles légitimes pour les frappes aériennes syriennes, russes et occidentales et ils auraient perdu leur place au Haut Comité des négociations (HCN), organisme soutenu par l’Arabie saoudite qui représente une partie de l’opposition syrienne fragmentée lors des pourparlers internationales de paix.

Mais Londres, Paris, Washington et Kiev ont rejeté la proposition russe. Le porte-parole de la mission américaine a indiqué que désigner «les groupes qui participent à la cessation des hostilités pourrait avoir des conséquences sur le cessez-le-feu, juste au moment où on essaie de désamorcer la situation sur le terrain».

Le département d’Etat américain a reconnu que les incidents s’étant produits lors de la conquête de Zara étaient «inacceptables et incompréhensibles», mais il a refusé d’incriminer Ahrar al-Sham ou condamner clairement la coopération de ce groupe avec le Front al-Nosra. 

«Ahrar al-Sham n'est pas désigné comme une organisation terroriste étrangère et c’est pour cela qu’il fait partie du cessez-le-feu. Et nous attendons d’eux la même chose que ce que nous attendons de toutes les autres parties au cessez-le-feu, qu'ils l’observent et le respectent», a signalé un porte-parole du département d'Etat américain au cours d’un briefing de presse vendredi à Washington. «Et nous avons toujours dit avoir vu certains groupes se mêler entre eux et nous avons même constaté un certain degré de coopération inquiétante entre des groupes d'opposition et al-Nosra. Encore une fois, je ne parle pas spécifiquement de cette attaque.»

Lire aussi : Le groupe islamiste Jaysh al-Islam revendique l’usage d’armes chimiques contre les Kurdes en Syrie

Le porte-parole a aussi admis que le département d'Etat n'avait pas menacé le groupe de le mettre sur la liste noire si ils venaient à coopérer avec une organisation terroriste désignée, mais a réitéré que les Etats-Unis avaient formulé ses attentes de façon «très claire». 

«A ceux qui font partie du HCN et de l'opposition armée, nous leur avons fait comprendre très clairement nos attentes sur leur comportement et leur conduite en ce qui concerne la cessation des hostilités», a précisé John Kirby.

Quel intérêt pour Washington ?

Le président de l'Association des études stratégiques internationales Gregory Copley a estimé dans une interview à RT que la raison du refus de Washington de condamner ou mettre Ahrar Al-Sham sur la liste noire consiste à ce que les Etats-Unis manquent de ce qu’on appelle «des alliés d'opposition modérés» en Syrie.

«La seule raison pour les Etats-Unis de ne pas les cataloguer comme groupe terroriste c’est de les garder en tant qu’alliés au combat contre le président Assad, puisque les Etats-Unis n’ont pas beaucoup de partenaires de poids sur le terrain. Ainsi, ils comptent sur ces groupes qui entretiennent de fortes relations avec l’Arabie saoudite et la Turquie», a noté Gregory Copley.

Le soutien tacite américain en faveur d’Ahrar Al-Sham au moment où apparaissent des rapports sur les atrocités présument commises par ce groupe entache la réputation de Washington, a-t-il estimé. L'inconvénient d'une telle rhétorique consiste à ce que «aux final, les Etats-Unis endossent le mauvais rôle», a ajouté l’expert en Etudes stratégiques. «Ca ne peux pas marcher dans les deux sens.»

 

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