SOS de Gaulle : de la récupération du général par des élites en panique

François Hollande, en pleine campagne électorale. Source: AFP
François Hollande, en pleine campagne électorale.

Le 13 juin, retardant sur ses compères, François Hollande courait obtenir son brevet de gaullisme à la résidence de Charles de Gaulle à Colombey-les-Deux-Eglises. Le chroniqueur Matthieu Buge revient sur cette frénésie qui agite la classe politique.

Il y a peu, le sémillant Emmanuel Macron tentait de s’approprier Jeanne d’Arc. Geste qui n’a pas manqué d’irriter un Front national l’ayant accaparée depuis longtemps et de faire hurler les forces libérales qui y ont vu un populisme des plus rétrogrades. Certes, venant de l’admirateur béat du libéralisme anglo-saxon qu’est Macron, saluer la Pucelle d’Orléans était fort sur l’échelle de la récupération.

Mais la récupération n’a, comme l’inconsistance de nos politiciens, pas de limite. Et Jeanne peut s’estimer indemne quand on voit à quel point tous les politiciens du spectre politique usent et abusent du nom de Charles de Gaulle. Après les sorties de Fillon, de Copé, de Juppé, de Macron, Hollande a dû montrer patte blanche. S’il le cite souvent dans ses discours, il fallait, dans la course à l’élection de 2017, agir, faire en sorte que le peuple ait une image de «filiation» en tête. Même le terne Henri Guaino est venu rajouter une couche de gaullisme pour se présenter à la primaire de la droite. Observer un Hollande, avec son élocution d’enfant, ou un Sarkozy, avec sa nervosité d’adolescent impatient, faire mine de se mettre dans les pas du grand Charles a quelque chose de comique.

De Gaulle avait réussi à conserver une véritable unité du pays en dépit des antagonismes politiques

Cette récupération du général de la part de tous n’a rien de mystérieux et n’est que réaction cynique au regain d’intérêt de la population pour le général, initié par des intellectuels comme Eric Zemmour qui, au grand dam de l’élite, ont le vent en poupe. Evidemment, nos énarques et scientifiques de la politique ne peuvent y faire qu’une référence certes répétée mais vague – de temps à autre en disant des âneries comme François Fillon et son «le général de Gaulle était libéral» – mais surtout sans prendre d’exemples dans la politique de ce modèle. Il serait par trop évident qu’ils s’évertuent à faire l’inverse, à l’intérieur comme à l’extérieur.

Les tartuffes parlent aux tartuffes

De Gaulle avait su – et c’est pourquoi sa mémoire est invoquée de toute part à l’heure où le bateau coule – opérer une grande réconciliation nationale après la Seconde Guerre mondiale. Il avait réussi à conserver une véritable unité du pays en dépit des antagonismes politiques. Les résistants, de la première ou de la dernière heure, les collabos, véritables ou fantasmés, les démocrates, les monarchistes, les communistes – tous étaient appelés à reconstruire.

Face à toutes les menaces qui pèsent sur la France, nos politiciens ne font que réunir des gens qui sont déjà d’accord

A l’heure où l’ensemble de l’édificie menace de s’effondrer, les politiques se sentent obligés de revenir à la grande figure de la réconciliation. Mais, tout en appelant à l’unité politique et nationale face à toutes les menaces – réelles ou non – qui pèsent sur la France (crise terroriste, économique, migratoire, montée de l’extrême droite, «menace russe», inondations...), nos politiciens ne font que réunir des gens qui sont déjà d’accord. Les divergences se limitent à la forme ou à la manière de présenter les choses au public.

Ceux qui pointent du doigt les fissures ne sauraient être réconciliés qu’en acceptant le remède proposé. Ce lundi 13 juin, on pouvait d’ailleurs aisément imaginer François Hollande, être pointé du doigt par le général depuis sa tombe. Ce dernier avait été clair face à Alain Peyrfitte, refusant toute immigration de masse : «Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées !» François Hollande peut toujours faire mine d’aller se recueillir – en laissant la chancelière allemande décider de la politique migratoire de l’Europe, il ne dupe pas grand monde.

Les grandes idées de de Gaulle en termes de politique étrangère étaient son intransigeance quant à la souveraineté de son pays

Comme l’avait bien identifié Philippe Muray en parlant de «consensus mou», tout le monde est d’accord sur tout depuis le départ dans le club des réconciliés : sur l’Union européenne et l’euro, sur la crise migratoire, sur la libéralisation économique, sociale et morale à opérer... Et de Gaulle n’a rien à y faire. De Gaulle avait orchestré une grande réconciliation nationale, ils proposent une vaste et harmonieuse liquidation nationale.

L’Europe, de Bruxelles jusqu’à Wall Street

Les grandes idées de de Gaulle en termes de politique étrangère étaient son intransigeance quant à la souveraineté de son pays et sa ferme stratégie de non-alignement. Ni USA, ni URSS, mais un habile jeu diplomatique entre les deux. Le lien avec la Russie, élément clé de son «Europe de l’Atlantique jusqu’à l’Oural», était pour lui essentiel d’un point de vue civilisationnel. Ceux qui s’en réclament de nos jours, qu’ils soient «Les Républicains» ou «PS», participent eux – et ce depuis 1969 – à l’américanisation de la société française.

Les voir invoquer de Gaulle tout en bradant leur pays au plus offrant, laissant se négocier dans le dos de tout le monde des accords comme le traité transatlantique ou l’accord sur le commerce des services, trouvant normal qu’une instance supranationale comme l’Union européenne décide du sort de la Nation, se jetant dans une politique hostile à la Russie contre leurs propres intérêts... aurait quelque chose de risible si ça n’était pas tragique. Même quelqu’un de très peu gaulliste comme François Mitterand, à la fin de sa vie, avait pu confier à Georges-Marc Benamou : «La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. [...] C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort.» Il faut croire que nos brillants «gaullistes» des années 2010 sont en réalité des réservistes de Washington.

Si de Gaulle revient à la mode, c’est qu’à son époque, la population n’était pas humiliée en permanence

Les politiciens français ont beau clamer leur amour de de Gaulle, les mots d’un Peter Sutherland («L’UE doit saper l’homogénéité des nations») ou d’un Jean-Claude Juncker («Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens»), même si peu relayés par la presse, apparaissent en filigrane de tout ce que ces représentants français du mondialisme peuvent bien raconter. Si de Gaulle revient à la mode, c’est qu’à son époque, la population n’était pas humiliée en permanence. Cela est devenu tellement évident que nos lumineux représentants ont tous besoin de la large silhouette du général pour se dissimuler afin de ne pas recevoir un camouflet aux prochaines élections.  

Lorsque, en 1968, de Gaulle a quitté ses fonctions il n’a pas cherché à se dissimuler. Il est resté lui-même jusqu’au bout. Il avait un honneur. Il n’a même pas voulu percevoir de retraite. Jusqu’aux timbres pour son courrier, tout était payé de sa poche. «Les plus nobles principes du monde ne valent que par l'action», avait-il dit lors de son discours du Palais de Chaillot après la libération de Paris.

C’était tout de même quelqu’un d’une autre stature que ceux de la caste de l’acteur François Hollande avec ses futurs 36 000 euros de retraite mensuels – qui lui permettront de continuer à «se payer des costards» Agnès B. sans travailler. 36 000 euros de retraite, pour un administrateur de province de l’empire atlantique, c’est tout de même une belle somme. On comprend que le système anglo-saxon séduise. Pour une telle somme, réglée par les deniers publics, ils sont prêts à citer, le plus sérieusement du monde, l’appel du 22 juin 1940 : «Vive la France, libre, dans l'honneur et dans l'indépendance !»

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