Moyen-Orient : le fait que tant d’endroits soient en conflit «convient à la politique américaine»

© Omar Sobhani Source: Reuters

Le meurtre du chef des Talibans par les Etats-Unis correspond à la stratégie américaine visant à garder la zone destabilisée, affirme Asad Durrani, l'ancien directeur général du service de renseignement pakistanais (ISI).

RT : Les États-Unis ont tué le chef des talibans, le mollah Akhtar Mansour, qui a été traqué à la frontière pakistano-iranienne et ciblé par un drone au Pakistan. Ainsi, les Américains pensent qu'ils peuvent cibler ceux qu’ils veulent en toute impunité au Pakistan, parce que nous ne les voyons pas en train d’essayer de faire voler des drones dans le ciel iranien, par exemple.

Asad Durrani (A. D.) : C’est arrivé tant de fois, puis à chaque fois que l'on est plus ou moins près de rassembler les gens. Et nous constatons que quand certains des chefs talibans - que ce soit des talibans afghans ou pakistanais - se préparent à rentrer en dialogue avec l'Etat, un drone ou une autre action des Américains subvertit ce processus. Cela ne me surprend pas pour la simple raison que je ne pense pas que les négociations, le règlement à l’intérieur d'une région, sont dans l'intérêt des Etats-Unis. Ils préféraient plutôt que la zone soit déstabilisée, en conflit, de sorte à pouvoir garder leur levier, rester présents. Et bien sûr, d’une manière générale, le fait que tant d’endroits soient en conflit convient à la politique américaine. En plus d’un effet de levier, cela leur donne l'occasion de vendre des armes à une partie [au conflit] ou à une autre, et parfois aux deux. Et depuis les trois dernières années, l'unité des nations dans ce domaine n’est pas quelque chose qui va réconforter les Américains.

Le mollah Mansour faisait en sorte que les Talibans  tendent vers un règlement via des négociations ou soient prêts à y parvenir

RT : Ash Carter, le secrétaire à la Défense des Etats-Unis, a déclaré que l’assassinat du dirigeant des Talibans, le mollah Mansour, éliminait un obstacle à la paix en Afghanistan. Partagez-vous cette analyse ?

A. D. : Le mollah Mansour faisait en sorte que les Talibans  tendent vers un règlement via des négociations ou soient prêts à y parvenir. Ca c’est le mollah Mansour. C’est lui qui envoyait des délégations pour mener le dialogue. La conférence Pugwash à Doha a également eu lieu sous sa direction. Ainsi, il n'était pas contre les négociations, contre un règlement négocié.

RT : Que savez-vous du nouveau leader des Talibans, Mollah Haibatullah ? Peut-on négocier la paix avec lui ?

A. D. : Je pense qu’il va falloir beaucoup de temps à cet homme pour s’emparer entièrement des rênes. Et puis, il peut diriger les talibans dans l'une ou l'autre direction... Il y a des gens à Kaboul, qui ne sont pas non plus intéressés par des négociations où ils vont perdre leurs avantages et leur statut particulier si un règlement négocié a lieu. Il leur convient, mais les Talibans ont maintenant une tendnace à attendre, pour peser sur tant de choses, établir l’unité entre eux et voir ensuite, quand ils seront prêts, et surtout quand Kaboul sera prêt à relancer un dialogue constructif.

La préparation pour le règlement significatif doit être faite dans les coulisses

RT : Le Pakistan participe aux pourparlers de paix en Afghanistan. A quel point le renseignement pakistanais influence-t-il maintenant les talibans afghans ? Comment l'ISI peut les influencer pour les asseoir à une table des négociations  ?

A. D. : Quelle influence avons-nous ? Je me souviens aussi de ma propre période [là-bas] - toute l'influence que le Pakistan pouvait exercer à cette époque ou qu’il peut exercer en ce moment - nous ne pouvons que les amener à la table des négociations. Comme on dit, on peut amener à la source. Ce qui se passera par la suite - si le cheval va boire de l'eau ou si les Afghans vont se mettre d'accord entre eux - ni nous-même, ni quelqu'un d'autre ne peut le déterminer.

C’est la raison pour laquelle on continue à dire qu’amener les gens à la table des négociations n’est qu’une partie de l’affaire. La préparation pour le règlement significatif doit être faite dans les coulisses, c’est un travail très méticuleux et difficile à faire par des personnes qui peuvent agir comme «honnêtes courtiers», en tant qu’interlocuteurs, qui comprennent les deux parties et ont une influence sur elles. Ce type de travail peut certainement être fait ou favorisé par les services de renseignement d'Afghanistan et du Pakistan ; et il y a d'autres gens qui sont également intéressés. C'est à eux de le préparer. Mais l'influence du Pakistan – et c’est la question – se limite suivant les cas à persuader, demander, cajoler pousse à se mettre autour de la table des négociations.

RT : Pensez-vous que les Talibans pakistanais puissent faire partie du gouvernement du Pakistan à un moment donné ?

A. D. : Je ne pense pas que cela va se produire, pour de nombreuses raisons. Mais il est tout à fait possible que certains de ces groupes puissent obtenir plus, ramenés dans le courant dominant, ils peuvent prendre part à la politique locale, et si certains d'entre eux se joignent aux partis traditionnels, il est possible qu'ils puissent entrer dans le gouvernement - ce n'est pas sans précédent. Mais croire qu’un jour, ceux qui luttent aujourd’hui contre l'Etat pakistanais avec ce peu de soutien – qui pourrait un jour se révéler très efficace – puissent prendre, même dans une province, le pouvoir en reléguant l'Etat de côté– ça je ne l’envisage pas.

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