«A quoi ça sert ?» Un drone américain «tue» un chef taliban, soit-disant pour favoriser la paix

Le mollah Akhtar Mansour Source: Reuters
Le mollah Akhtar Mansour

Le chef des talibans afghans, le mollah Akhtar Mansour, aurait été tué par une frappe de drone américaine au Pakistan, a annoncé un responsable américain à Reuters. Entretemps, des critiques s’interrogent sur l’efficacité des frappes américaines.

La frappe a eu lieu à 15 heures (heure locale) samedi, ciblant une zone éloignée le long de la frontière du Pakistan et de l'Afghanistan, au sud-ouest de la ville d'Ahmad Wal.

La mission a été autorisée par le président américain Barack Obama et réalisée par les forces américaines d’opérations spéciales.

Le mollah Mansour voyageait dans un véhicule avec un autre homme au moment de la frappe qui a, lui aussi, été «probablement» tué, selon ce responsable américain qui s'exprimait sous couvert d'anonymat.

Le Pakistan et l’Afghanistan n’ont pas été informés de l’opération par avance, a indiqué AFP faisant référence à un responsable de la Maison Blanche. «Les Pakistanais ainsi que les Afghans ont reçu la notification peu de temps après la frappe», a-t-il précise à l’agence de presse.

Lire aussi : le Pakistan a besoin de paix en Afghanistan, pas d’attaques de drones américaines – Imran Khan

Le porte-parole du Pentagone Peter Cook a souligné que la frappe américaine visant le mollah Mansour avait eu lieu, qualifiant le chef taliban d’«obstacle» qui empêche d’établir la paix entre les leaders talibans et le gouvernement afghan.

«Il était un obstacle à la paix et à la réconciliation entre le gouvernement d'Afghanistan et les talibans, interdisant aux chefs talibans de participer aux négociations de paix avec le gouvernement afghan», a-t-il assuré. Dans le même temps, Peter Cook n’a pas pu donner d'informations sur le sort du chef taliban.

Les Talibans ont nié l'information concernant la mort de leur leader, a rapporté la chaîne d'information Al Jazeera.

Le mollah Akhtar Mansour avait pris officiellement la tête des Talibans afghans en juillet 2015, prenant la succession du fondateur et chef spirituel des Talibans, le mollah Mohammad Omar qui est décédé en 2013. A noter que les Talibans ont confirmé la mort de ce dernier seulement en 2015.

Akhtar Mansour a rejoint les rangs des Talibans en 1995. Il y a eu plusieurs annonces de sa mort au combat depuis, mais elles ont été démenties par le gouvernement afghan. Le Pentagone prétend que le mollah Mansour était «activement impliqué dans la préparation d'attaques», «présentant une menace pour les civils et les forces de sécurité afghans, pour nos personnels et pour les partenaires» de l'Otan déployés dans le pays.

L’inefficacité des activités américaines en Afghanistan

Cependant, les critiques des frappes de drones américaines se sont demandés si l’Afghanistan pourrait vraiment profiter de la mort d’un autre chef taliban qui sera bientôt remplacé par un successeur, tandis que la perspective de la paix entre les militants et le gouvernement devient de plus en plus lointaine.

«Je leur accorderais le bénéfice du doute et dirais qu’ils estiment vraiment avoir tué le leader taliban. La question qui se pose c’est "à quoi ça sert ?" A quoi ça sert du point de vue militaire ? Il y a 15 ans, depuis le début de l’invasion américaine en octobre 2001, les Talibans contrôlaient une partie de l’Afghanistan moindre qu'aujourd'hui», a fait savoir Brian Becker, l’activiste de la coalition contre la guerre ANSWER dans une interview à RT.

Pour Brian Becker des meurtres ciblés ne «vont pas mettre fin à la guerre», mais le contraire. «Il me semble que les Etats-Unis s’arrogeant la décision de qui vit et qui meurt en Afghanistan parmi les leaders talibans, étouffant toute perspective de règlement pacifique.»

L’activiste a aussi rappelé le fait que le mollah Mansour se montrait ouvert à la reprise des pourparlers de paix avec Kaboul, ce qui fait que sa mort n’avait aucun sens. «Cela veut dire qu’ils [les Etats-Unis] optent pour une guerre sans fin en Afghanistan, une chose que les Américains ne soutiennent pas», a-t-il estimé.

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