Karine Bechet, docteur en droit public (France), présidente de l'association Comitas Gentium France-Russie, animatrice du site Russie Politics.

Iran : l’Europe n’est pas prête à assumer une guerre directe

Iran : l’Europe n’est pas prête à assumer une guerre directe Source: Gettyimages.ru
Président américain Donald Trump [photo d’illustration]
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L’implication des « alliés » atlantistes des États-Unis dans le déblocage du détroit d’Ormuz est exigée par Trump, sous peine de conséquences fâcheuses pour l’OTAN. Pour Karine Bechet, le conflit interne aux élites mondialistes pourrait rapprocher l'avènement du monde multipolaire.

En mesure de représailles de l’agression dont il est victime, l’Iran a pris le contrôle du détroit d’Ormuz, ce qui complique sérieusement le marché des hydrocarbures et touche l’économie mondiale dans son ensemble.

Le détroit est miné, ne peuvent passer que les navires des pays qui ne sont pas impliqués dans le conflit. Quant aux autres, pour passer, l’exigence est simple : il doivent se séparer des ambassadeurs des États-Unis et d'Israël sur leur territoire.

C’est une demande politique hautement symbolique qui obligerait les pays concernés à faire prévaloir leur intérêt national sur les intérêts atlantistes. Or, la plupart des pays n’y sont pas prêts. Les effets sont directs : si vous êtes soumis, vous en payez le prix. Dans le sens direct du terme.

Face à ce crime de lèse-mondialisme, le président américain a haussé le ton et exige non seulement l’arrivée des Alliés atlantistes avec leurs navires militaires pour reprendre le contrôle du détroit et donc combattre l’Iran, mais également leur enthousiasme. Je cite : « Nous encourageons vivement les autres pays à s'impliquer avec nous, et à s'impliquer vite et avec beaucoup d'enthousiasme. Le degré d'enthousiasme est important pour moi. ». Ajoutant : « Nous n'avons besoin de personne ». Et Trump d’insister : « Ils devraient bondir pour nous aider parce que nous les aidons depuis des années. » Même la Chine, assez surprise de la démarche, devrait prétendument remercier le président américain d'avoir engagé ce conflit.

Les élites mondialistes n’ayant aucun sens de l’humour, cette déclaration est à prendre au premier degré. Les États-Unis attendent non seulement que les pays de l’Alliance oublient tout, notamment leur intérêt national (puisque c’est par ailleurs ce qu’ils font sur les autres questions, alors pourquoi pas ici ?), qu’ils arrivent en courant avant même d’avoir été sifflés, la fleur au fusil et le sourire aux lèvres.

Or, ces élites piétinent, regardent avec insistance leurs chaussures, ont le regard fuyant et tentent de louvoyer, quand elles ne refusent tout simplement pas, dans une poussée d’angoisse existentielle : elles ne sont pas prêtes à assumer une guerre directe. Elles ne sont pas formées à ça. La guerre, c’est mal. Il faut armer les autres, « défendre » les autres, « faire faire la guerre », mais pas formellement « faire la guerre ».

Car la guerre, c’est la responsabilité de ses actes. Et ces élites ont encore plus peur des responsabilités, que de la désobéissance. Or, intervenir militairement dans le détroit d’Ormuz, c’est entrer officiellement en guerre contre l’Iran. Et l’Iran répond. Le vent de panique qui s’empare d’elles les pousse par erreur à défendre leur intérêt national, sans faire exprès, sans même le vouloir ou s’en rendre compte.

Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, de déclarer : « Nous n’avons pas déclenché cette guerre ! ». Et de refuser de participer à cette aventure. L’Australie a préventivement refusé. La Chine et la France ont notamment insisté sur la nécessité d'un règlement diplomatique du différend régional. Le Royaume-Uni et le Japon ont catégoriquement rejeté cette proposition, tandis que la Corée du Sud a promis de l'examiner et de mener des consultations.

Bref, on ne peut pas dire que l’enthousiasme soit au rendez-vous. Il est assez rare de voir un refus aussi frontal sur une question internationale. Habituellement, les confrontations étaient plus intérieures : la nouvelle Administration américaine remet en cause les fondements idéologiques de la Mondialisation, ses cultes (surtout climat, minorité et immigration, gardant le numérique par exemple), ce qui met en difficulté ces élites européennes, arrivées au pouvoir justement pour protéger et implanter ces impératifs. Et ne sachant pas faire autre chose.

Or, avec l’affaire du détroit d’Ormuz, nous voyons apparaître une fracture bien plus profonde, puisque même les alliés traditionnels des États-Unis, à savoir l’Australie, la Corée du Sud ou le Japon, font obstruction.

La menace de mesures de rétorsion contre l’OTAN en cas de persistance de cette fronde laisse songeur. Les États-Unis, au-delà des grandes déclarations enflammées, ont autant besoin de l’OTAN, que l’OTAN a besoin d’eux. Aussi puissants sont-ils, ils ne sont pas en mesure d’assurer tous les conflits en solo, surtout des guerres qui deviennent de plus en plus traditionnelles. Les États-Unis, dans leur dimension impérialiste persistante, sont devenus un Empire aux pieds d’argile qui se fissure à force de supporter un poids qui dépasse désormais ses capacités réelles. D’où ce besoin de transférer la charge des conflits qu’ils initient sur les pays européens ou de l’OTAN dès qu’ils commencent à s’enliser. Or, n’ayant pas la puissance nécessaire pour vaincre rapidement, ils s’enlisent et ils « délèguent ».

Sur un autre plan, même la menace d’un abandon de l’Europe à son sort sonne faux. Hélas ! L’Europe est certes, actuellement, dépendante des États-Unis pour sa défense et tout a été fait en sens des deux côtés de l’Atlantique depuis un demi-siècle au moins. Mais les États-Unis ont besoin de se maintenir en Europe, notamment militairement, sous peine de perdre leur soft power, ce qu’ils ne peuvent se permettre.

Le Monde multipolaire va-t-il poser un second pied dans le détroit d’Ormuz, après l’Ukraine ? C’est en tout cas une possibilité à ne pas négliger.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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