«Beaucoup de gens ne se reconnaissent plus dans le socialisme version François Hollande»

Protestation contre la réforme du Code de Travail à Paris le 31 mars Source: Reuters
Protestation contre la réforme du Code de Travail à Paris le 31 mars

Les manifestations contre la loi travail révèlent surtout la frustration de la population face à la politique du gouvernement actuel, estime l’analyste politique Pierre Schweitzer.

RT France : Pourquoi les protestations contre loi travail deviennent-elles de plus en plus violentes ?

Pierre Schweitzer : Je pense que la violence n’est pas seulement dirigée précisément contre ce projet de loi travail. J’ai peur que ce projet ne soit qu’un catalyseur, une étincelle qui déclenche un mouvement de frustration dans certaines catégories de la population qui expriment une sorte de colère. Je pense que la violence réelle (avec coups, projectiles lancés sur les policiers, poubelles brûlées etc.) est plutôt le fait d’une minorité de casseurs qui se joignent aux manifestations et qui sont assez souvent des marginaux, des gens d’extrême gauche ou parfois d’extrême droite, qui se joignent au mouvement mais qui ne font même pas partie des lycéens ou des étudiants qui manifestent. Donc, je pense que ce sont vraiment des problèmes séparés, mais il y a réellement un mécontentement parmi les manifestants, ça c’est certain.

A l’approche de l’élection présidentielle de 2017 aucun gouvernement ne veut prendre le risque d’avoir un mouvement social majeur et durable

RT France : Pensez-vous que le gouvernement va céder ?

Pierre Schweitzer : Le gouvernement a déjà cédé en partie à cette vague de protestations puisqu’il a revu son projet de loi assez profondément sur certains aspects, sur certains points qui posaient problème. Je pense que le gouvernement cédera parce que historiquement en France quand les manifestations durent suffisamment longtemps, le gouvernement cède quasiment toujours, en particulier lorsque les manifestations concernent des jeunes – des étudiants, des lycéens, parce que le gouvernement sait très bien que ces mouvements de jeunesse sont assez imprévisibles. Ils savent qu’au moindre dérapage, à la moindre bavure, ça peut être une très mauvaise publicité pour le gouvernement. On l’a déjà vu avec les images d'un policier qui frappait un lycéen au visage. C’est quelque chose qui peut se retourner contre le gouvernement en termes de communication, qui peut être très mauvais. Il est évident qu’à l’approche de l’élection présidentielle de 2017 aucun gouvernement ne veut prendre le risque d’avoir un mouvement social majeur et durable et autant imprévisible dans sa population. Donc, je pense qu’ils céderont.

Le gouvernement a des difficultés à réunir une majorité dans son propre camps

RT France : Que François Hollande ait abandonné le projet de révision constitutionnelle, n’est pas là l’espoir pour certain du retrait de la loi El Khomri ?

Pierre Schweitzer : En ce qui concerne cet abandon de la révision de la Constitution, et notamment le point spécifique de la déchéance de la nationalité, le problème est un peu plus compliqué car il ne suffisait pas de faire voter une loi comme les lois habituelles, il s’agissait de modifier la Constitution. Ce qui implique d’avoir une majorité non seulement de la gauche, mais aussi de la droite, de l’opposition. Or, le gouvernement a des difficultés à réunir une majorité dans son propre camp puisqu’une partie de la gauche, ceux qu’on appelle les députés frondeurs, font défaut à la majorité. Quand il s’agit de réunir la majorité à gauche et à droite, c’est encore plus difficile. Surtout sur ce projet de déchéance de nationalité pour les terroristes qui était très vivement critiqué. Une partie de la gauche a refusé de voter ce projet et il n’y a qu’une petite partie de la droite qui a accepté de voter ce projet-là. Je pense que ce n’était pas tellement un mécontentement populaire, puisque paradoxalement, sur la question de la déchéance de la nationalité, les Français étaient très majoritairement favorables à la déchéance de nationalité. Mais du point de vue de la classe politique, ce projet n’est pas passé à cause d’une division, je dirais, plutôt politicienne.

La politique menée par le Président est assez dangereuse pour son propre camp

RT France : Comment la politique de François Hollande va-t-elle jouer pour les socialistes à la présidentielle ?

Pierre Schweitzer : Il est certain que la politique menée par le Président est assez dangereuse pour son propre camp. Je ne veux pas dire qu’elle est dangereuse en général, mais simplement la gauche et le parti socialiste sont vraiment à la croisée des chemins. Il s’appelle encore parti socialiste, mais le gouvernement ne mène pas une politique socialiste, il mène une politique sociale-démocrate, parfois keynésienne, parfois un peu libérale, mais qui crée une grande confusion dans l’électorat socialiste, puisque le président Hollande a été élu sur un programme de gauche, qu’il a mené pendant deux ans une politique relativement de gauche et que, depuis environ 2013 – 2014, il a complètement changé de direction. Il mène une politique plutôt d’inspiration libérale, en tout cas semi-libérale, ce qui crée une vrai division dans l’électorat socialiste. Beaucoup de gens ne se reconnaissent plus dans le socialisme version François Hollande. Evidemment, c’est une politique qui peut être nécessaire pour réformer le pays, mais qui risque de diviser la gauche sans pour autant rallier les électeurs de droite, même si Hollande prend des mesures qui auraient pu être prises par un président de droite, il reste marqué comme étant de gauche. Et il n’aura pas les voix des électeurs de droite en menant une politique qui aurait pu être de droite.

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