Niger : malgré les renforts armés, les attaques djihadistes s'intensifient

Niger : malgré les renforts armés, les attaques djihadistes s'intensifient© Zohra Bensemra
Des soldats de l'armée nigérienne à bord d'un pick-up quittent Agadez, le 29 octobre 2019 (image d'illustration).

Au moins 60 civils ont péri dans une attaque menée par des hommes à moto le 21 mars dans la région de Tahoua. Plus près encore de la «zone des trois frontières», 99 civils et soldats avaient été tués le 15 mars dans la région de Tillabéri.

Près de 160 morts en six jours. Les attaques djihadistes ciblant les civils s'intensifient dans l'ouest du Niger, à proximité de la frontière malienne. La dernière en date a frappé le 21 mars des villages de la région de Tahoua, tuant au moins 60 civils. 

Des hommes armés à moto «ont tiré sur tout ce qui bouge» dans les villages de «Intazayene, Bakorat et Wistane», ainsi que «dans des campements environnants» de la région de Tahoua, a expliqué à l'AFP un élu local. Cette zone se trouve à l'est de celle de Tillabéri, toutes deux proches de la frontière avec le Mali. Cette région de Tillabéri est située dans la zone dite «des trois frontières» entre Niger, Mali et Burkina Faso, régulièrement frappée par les groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda ou à l'Etat islamique (EI).

Le 15 mars, des djihadistes présumés y avaient mené plusieurs attaques contre des véhicules qui rentraient du grand marché hebdomadaire de Banibangou. Ils avaient également pris pour cible un village, massacrant des habitants et incendiant des véhicules et des greniers à céréales, faisant 66 morts. Le même jour, une attaque revendiquée par l'EI perpétrée contre l'armée malienne dans cette «zone des trois frontières» avait tué 33 soldats.

La région de Tillabéri a été à ce jour la cible des attaques djihadistes les plus sanglantes de ce pays sahélien. Le 2 janvier, entre les deux tours de l'élection présidentielle, 100 personnes avaient été tuées dans les attaques de deux villages de la commune de Mangaïzé, un des pires massacres de civils au Niger. Un an auparavant, le 9 janvier 2020, 89 soldats nigériens étaient morts dans l'attaque du camp militaire de Chinégodar. Et un mois plus tôt, le 10 décembre 2019, ce sont 71 soldats nigériens qui avaient péri dans une attaque à Inates, une autre localité de la région de Tillabéri. Ces deux attaques contre l'armée avaient été revendiquées par les djihadistes de l'EI.

Si la région de Tahoua est proche de la zone des «trois frontières», elle n'en fait pas partie, mais elle est également régulièrement prise à partie par les djihadistes. La dernière attaque connue, avant le 21 mars, remontait à juin 2020. Au moins trois civils avaient été tués dans un raid contre un site abritant des réfugiés maliens à Intikane.

Des renforts de l'armée dans la région de Tillabéri

L'intensification de ces attaques constitue le plus grand défi auquel va être confronté le nouveau chef de l'Etat Mohamed Bazoum, successeur de Mahamadou Issoufou, dont la victoire à la présidentielle a été confirmée le 21 mars par la Cour constitutionnelle du Niger. Bazoum s'est engagé à lutter contre l'insécurité, un des plus grands défis du Niger, pays parmi les plus pauvres du monde également confronté aux djihadistes du groupe nigérian Boko Haram dans sa partie sud-est. 

Après les massacres du 15 mars, l'armée nigérienne a déployé des renforts dans la région de Tillabéri. Un contingent de 1 200 soldats de l'armée tchadienne, réputée la plus aguerrie de la région, a également été déployé dans la zone des trois frontières, dans le cadre du G5 Sahel regroupant cinq pays – Mauritanie, Mali, Burkina, Niger et Tchad – qui s'efforcent depuis 2017 de coopérer dans la lutte antidjihadiste. Comme le Mali et le Burkina Faso voisins, également très touchés par les exactions des groupes djihadistes, le Niger bénéficie aussi du soutien de l'opération française Barkhane, qui compte 5 100 hommes déployés au Sahel. 

La diminution des attaques n’est pas consubstantielle à la présence des forces sur place. La réponse militaire ne suffit pas

Un déploiement de forces cependant insuffisant pour réduire la fréquence des attaques djihadistes, en tout cas pour l'instant. Selon Emmanuel Dupuy, président de l'Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE), la répétition de ces attaques meurtrières au cours des derniers jours est paradoxalement logique : «La diminution des attaques n’est pas consubstantielle à la présence des forces sur place. La réponse militaire ne suffit pas. Au contraire, puisque de plus en plus de pays sont présents à travers leurs forces armées, de facto de plus en plus de groupes djihadistes veulent montrer leur capacité à perturber cette internationalisation de la sécurité de la région», explique-t-il auprès de RT France.

«Emmanuel Macron, qui a appelé à une décapitation des groupes terroristes, est ainsi pris à son propre piège. Les phénomènes Ben Laden [Al-Qaïda] ou al-Baghdadi [EI] montrent que ce n'est pas en éliminant les leaders de ces groupes que les attaques cessent. La preuve : plusieurs chefs emblématiques du djihadisme au Sahel – Abdelmalek Droukdal ou Ba Ag Moussa – ont été éliminés, mais ça n'empêche pas les attaques de continuer», constate Emmanuel Dupuy.

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