Insécurité : Macron justifie son bilan et pointe la responsabilité de ses prédécesseurs

Insécurité : Macron justifie son bilan et pointe la responsabilité de ses prédécesseurs© Guillaume HORCAJUELO Source: AFP
Emmanuel Macron en visite auprès des policiers de Montpellier le 19 avril.
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Chahuté par la droite et les syndicats de police sur le thème de la sécurité intérieure qui capte l'attention des Français un an avant l'échéance de l'élection présidentielle, Emmanuel Macron cherche à défendre son bilan mais peine à convaincre.

Dans une interview fleuve accordée au journal Le Figaro et publiée le 18 avril, Emmanuel Macron défend son bilan en matière de sécurité intérieure et dessine les lignes de ce qu'il reste à accomplir.

Ce faisant, il revient sur les différentes actions initiées par les trois ministres de l'Intérieur et le secrétaire d'Etat à l'Intérieur qui ont présidé à ces fonctions au cours du mandat écoulé depuis 2017. Fallait-il effacer l'empreinte laissée par l'interview accordée au média en ligne Brut en réaction notamment à l'affaire Zecler ? Au cours de cet entretien vidéo du 4 décembre 2020, le chef d'Etat avait provoqué l'ire des syndicats de police en commentant le terme de «violence policière» et en reconnaissant l'existence de contrôles au faciès.

Mais lorsqu'il s'adresse aux lecteurs du Figaro, un an avant une élection présidentielle dans laquelle il ne s'est pas officiellement lancé, Emmanuel Macron nie toute «violence systémique de la police» et tout «racisme systémique de la police», au sein de la gendarmerie ou dans l'Etat. Il renvoie toutefois les fonctionnaires à leur «exemplarité», comme il l'avait déjà fait par le passé notamment lorsqu'il avait rencontré des syndicats de police à l'Elysée le 13 octobre 2020.

Ces mêmes syndicats, Emmanuel Macron se rappelle d'ailleurs à leur bon souvenir dans cet entretien : il estime que ce sont eux qui «ont voulu instrumentaliser ce débat» sur les violences policières et le supposé «racisme systémique» des forces de sécurité, renvoyant ainsi dos à dos les militants du Comité Adama et les corps intermédiaires qui défendent les intérêts des fonctionnaires de la police nationale.

Ensuite, Emmanuel Macron juge que ce sont ses prédécesseurs qui ont «appauvri certains commissariats» et «supprimé des compagnies de CRS», se faisant fort d'avoir pour sa part fait progresser la gendarmerie et la police nationale de 10 000 nouvelles recrues d'ici la fin de son mandat.

Concernant le fameux Beauvau de la Sécurité, dont les tables rondes sont suspendues jusqu'à nouvel ordre pour raisons sanitaires, Emmanuel Macron assure que le travail de la visibilité des forces de sécurité sur le terrain pour rassurer les Français est au cœur de la réflexion de ce Grenelle de la sécurité qui doit, toujours selon le chef d'Etat, permettre de «renforcer [la] stratégie et de programmer les moyens à venir». Le Beauvau doit effectivement déboucher en théorie sur une loi de programmation de la sécurité intérieure dans le courant de l'année.

Pour ce qui est de l'argument du sentiment de réassurance de la population vis-à-vis de la présence policière, en revanche, le calendrier de la mise en place de cette concertation peut aussi laisser penser que le Beauvau a surtout été programmé en réaction à l'affaire Zecler...

D'autant plus que ces tables rondes arrivent très tard par rapport au quinquennat d'Emmanuel Macron, sans avoir été annoncées et dans un contexte déjà chargé d'un livre blanc, une proposition de loi sur la sécurité globale, un nouveau schéma du maintien de l'ordre ainsi que plusieurs chantiers de réforme de la police et de la gendarmerie, sans oublier les travaux antérieurs de la police de sécurité du quotidien et des quartiers de reconquête républicaine.

Macron (enfin) sur le terrain à Montpellier

Par ailleurs, ce 19 avril, Emmanuel Macron s'est rendu ce 19 avril en personne dans des quartiers sensibles de Montpellier pour accompagner une patrouille de brigade anticriminalité, montrant enfin quelque appétence pour ce terrain auquel les syndicats et associations représentant les fonctionnaires de police le priaient instamment de s'intéresser depuis plusieurs années.

Pour le porte-parole de l'association UPNI, Jean-Pierre Colombiès, le président ne fait que se lancer en campagne présidentielle, mais l'ancien commandant de police interroge : «Que n'a-t-il fait quelque chose avant 2021 pour la sécurité intérieure des Français ?» Et de de déplorer le «fil rouge» de cette interview du président de la République accordée au Figaro : «Il nous vante la montée en puissance des polices municipales, mais je n'y vois qu'une obsession pour faire baisser les dépenses publiques. Même les chiffres sur le renforcement de la présence policière restent contestables. Malheureusement Macron nous fait de la politique du discours comme Sarkozy en son temps, c'est-à-dire que c'est fort en gueule, mais ce n'est pas rassurant. Rien que ce décalage du régalien vers le municipal contenu dans la PPL Sécurité globale, c'est préoccupant.»

Quand on cherche à améliorer la sécurité intérieure, on choisit des ministres irréprochables et efficaces

Sans démordre de la colère policière qui caractérise son association de policiers, Jean-Pierre Colombiès propose également : «S'ils ne savent pas où trouver du budget des hommes, plutôt que de se livrer à leurs jeux d'écriture, je leur conseillerais de rationnaliser les chaînes de commandement où trop de personnes font la même chose, comme à la préfecture de police de Paris par exemple. On superpose des états-majors et on disperse de l'argent public. Le problème, c'est qu'Emmanuel Macron ne maîtrise pas ces sujets de sécurité intérieure et que les propositions de son gouvernement ne contribuent qu'à fragmenter toujours un peu plus l'opinion publique.»

Et de prendre pour preuve du désintérêt global du président de la République pour ces sujets, les ministres qui se sont succédés à Beauvau : «Gérard Collomb était hors d'âge, Christophe Castaner incompétent et Gérald Darmanin contesté dès son arrivée, et par ailleurs associé à Nicolas Sarkozy... Quand on cherche à améliorer la sécurité intérieure, on choisit des ministres irréprochables et efficaces. Sans quoi, on doit se contenter d'une politique d'apparence : du verbe, mais pas d'action. Et ce sont les Français qui paient les conséquences.»

La sécurité, «talon d'Achille du président» ? 

Sur RTL ce 19 avril, Rachida Dati, maire  LR du VIIe arrondissement de Paris, a dénoncé : «Quand vous êtes président de la République, vous n'annoncez pas, vous faites. Il est président depuis 2017 : les effectifs de police et de gendarmerie, ils sont où ?» 

Le candidat ex-LR à la présidentielle Xavier Bertrand a fustigé un «échec total» en la matière et Marine Le Pen, présidente du RN, a quant à elle brocardé sur Twitter un «président du chaos, de la violence partout [qui] nous vend aujourd'hui "la vie paisible"», en référence à l'article du Figaro.

Les différents analystes, notamment cités par l'AFP le 11 mars, s'accordent à dire que la sécurité intérieure demeure le talon d'Achille du président qui peine à investir ce terrain face à une droite qui muscle son discours en amont de la présidentielle, surtout quand la violence en bandes flambe et inquiète les Français.

Interrogé par l'agence de presse, Emmanuel Rivière, directeur général de l'institut de sondage Kantar expliquait ainsi : «Quand on n'a pas construit dès le départ une ligne très claire sur le sujet, on se retrouve plus en réactif, en défensif, et en symboles [pour répondre à la demande sécuritaire]».

Plusieurs montées en gamme ont été tentées sur ce sujet depuis 2017, mais l'actuel gouvernement ne semble pas réussir à s'installer durablement sur le créneau sécuritaire malgré différents chantiers lancés au gré des changements de ministres... Comme nous l'expliquait au téléphone le 16 mars Alexandre Touzet, vice-président LR du conseil départemental d'Essonne qui représente les maires au Beauvau de la Sécurité : «Il y a un retard qui date du début du mandat.»

Antoine Boitel

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