Bourdes, provocations... la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye est-elle sur la sellette ?

Bourdes, provocations... la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye est-elle sur la sellette ?© Ludovic MARIN / POOL Source: AFP
Sibeth Ndiaye, lors d'un point presse le 18 mars 2020.

Après l'arrivée d'Emmanuel Macron à la présidence, Sibeth Ndiaye s'est rapidement fait connaître pour ses petites phrases polémiques. La dernière en date est une déclaration visant les enseignants. En pleine union nationale, cela fait tâche.

Imprévisible et souvent détonante, Sibeth Ndiaye s'est imposée depuis 2017 comme l'une des figures les plus provocatrices de la macronie. D'abord conseillère à l'Elysée, elle a ensuite réussi à récupérer le poste de porte-parole du gouvernement en 2019, en remplacement de Benjamin Griveaux. Chacune de ses sorties médiatiques sont souvent l'occasion d'une nouvelle polémique. Dernièrement, elle a pratiquement torpillé la communication du ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer, lui qui vante depuis le début de la crise Covid-19 la continuité pédagogique des enseignants, confinés, et contraints de donner des cours par internet à leurs élèves. Le 25 mars, en point presse, elle commet ainsi une bévue : «Nous n'entendons pas demander à un enseignant, qui aujourd'hui ne travaille pas compte tenu de la fermeture des écoles, de traverser la France entière pour aller récolter des fraises gariguettes.» En pleine demande d'union nationale face à la pandémie, Sibeth Ndiaye trouve le moyen de mettre les enseignants à dos, en les ciblant directement. Ces professeurs qui, depuis le début du mandat macronien, sont particulièrement échaudés par leurs leurs conditions de travail.

Le gouvernement n'avait pas forcément besoin d'une nouvelle crise au sein de la crise. Une fois n'est pas coutume, Sibeth Ndiaye décide alors de faire un mea culpa sur Twitter.

Ni une, ni deux, Jean-Michel Blanquer lui aussi tente de rattraper le coup en communiquant sur les réseaux sociaux : «Les professeurs de France font un travail extraordinaire, ne comptant ni leur temps ni leur énergie, pour suivre tous nos élèves en ces circonstances exceptionnelles. Tous les Français peuvent être fiers de notre service public. Remercions chaque jour nos professeurs.»

Sur LCI, le 26 mars, Sibeth Ndiaye poursuit son mea culpa en évoquant une formule «débile». Cependant, elle rajoute un propos controversé, estimant que «c’est très facile de critiquer et de faire en permanence des polémiques sur tout [...] je crains malheureusement que cela ne fasse pas beaucoup avancer dans la situation où on est». Sibeth Ndiaye réussit à inverser la responsabilité de la polémique. «Moi je suis au quotidien au front pour essayer d’expliquer aux Français ce que l’on vit en ce moment», ajoute-t-elle en assurant que «l'erreur est humaine». Sauf que Sibeth Ndiaye semble en cumuler quelques unes.

Sibeth Ndiaye multiplie les erreurs en pleine pandémie

Au début de la crise française du Covid-19, le 5 mars 2020, Sibeth Ndiaye affirme que le stade 3 n'impliquera pas la fermeture des écoles : «Une fois que l'épidémie est installée sur tout le territoire national, ça ne sert plus à rien d'empêcher les enfants d'aller à l'école ou autres [...] Mais dans un stade 3, on ne va pas arrêter la France, notre pays est solide, la vie ne s'arrêtera pas.» Le 16 mars, l'exécutif ferme les établissements scolaires et le confinement pour les Français est mis en place le 17 mars.

Le 20 mars sur BFM TV, Sibeth Ndiaye a également une argumentation très personnelle sur l'utilité des masques, alors que les pays asiatiques semblent consternés par notre pénurie et la politique menée : «Les masques ne sont pas nécessaires pour tout le monde, et vous savez quoi ? Moi je ne sais pas utiliser un masque, [...] parce que l'utilisation d'un masque, ce sont des gestes techniques précis, sinon on se gratte le nez sous le masque et on a du virus sur les mains [...] ça peut même être contre-productif.»

En fait, le mois de mars est particulièrement prolifique en maladresses pour Sibeth Ndiaye. La crise du Covid-19 dévoile une porte-parole en difficulté. Si l'exécutif subit d'autre part la défiance des Français en pleine crise sanitaire, l'éditorialiste Patrick Cohen l'analyse sur un plateau de télévision le 25 mars,  non sans inquiétude, constatant que «les vidéos de Sibeth Ndiaye [...] font la risée des réseaux sociaux et nourrissent le procès en incompétence et en amateurisme [du gouvernement]».

Sibeth Ndiaye n'incarne-t-elle pas parfaitement la macronie ?

Sans doute, Sibeth Ndiaye a contribué à l'impopularité du gouvernement d'Edouard Philippe et d'Emmanuel Macron depuis trois ans. Sibeth Ndiaye adopte un ton souvent infantilisant, pouvant apparaître comme méprisant. Elle n'hésite pas à défendre les technocrates, des gens vus comme «importants» dans la prise de décision politique. Son esprit cash l'amène aussi à mettre en cause la «compréhension» des Français pour expliquer leur opposition à la réforme des retraites. Elle justifie en outre le 19 janvier les différentes réformes impopulaires, quitte à ce que celles-ci «provoquent de la violence» : «Si provoquer de la violence, c'est faire les réformes pour lesquelles on a été élu, ça je l'assume.» Elle promeut de plus une vision racialiste, comme le 20 décembre 2019, lorsqu'elle se félicite que le gouvernement ne soit pas composé uniquement de techno-blancs de 40 ans.
Il est difficile de lister toutes les paroles controversées et bourdes de Sibeth Ndiaye. A se demander si celles-ci ne sont de fait pas calculées par goût de la provocation. Elle cultive cette facette. Adepte du franglais, ou des tenues vestimentaires et looks peu communs au sein de la politique, Sibeth Ndiaye apparaît comme une politique au comportement instable. Il n'est pas certain que le costume de porte-parole soit adapté à une personnalité si fantasque. A moins que la stratégie macronienne de communication vise à bouleverser l'ensemble des codes. Car, nul doute, Sibeth Ndiaye incarne parfaitement le style macronien, nouveau monde, où la politique est une forme de marketing, visant à cliver mais aussi à durcir le noyau dur des militants marcheurs. N'est-ce d'ailleurs pas elle qui a assumé «mentir pour protéger le président» ?

Bastien Gouly

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