Toujours Charlie ? Trois ans plus tard, faible affluence au rassemblement d'hommage (IMAGES)

Toujours Charlie ? Trois ans plus tard, faible affluence au rassemblement d'hommage (IMAGES)© Dominique Faget / Kyrill Kotikov Source: AFP
A gauche : Manifestation pour Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 place de la République à Paris ; à droite : Manifestation pour Charlie Hebdo le 7 janvier 2018 place de la République à Paris

Quelques dizaines de personnes se sont rassemblées place de la République, en hommage aux victimes des attentats contre Charlie Hebdo. Si la plupart des Français continuent à «être Charlie», la ligne du journal ne fait pas l'unanimité.

Trois ans après l'attentat qui a décimé une partie de la rédaction du journal satirique, la France se sent-elle de moins en moins Charlie? C'est ce que pourrait laisser à penser la faible mobilisation qui a caractérisé le rassemblement organisé à la mémoire des disparus de Charlie Hebdo, le 7 janvier, place de République à Paris. Seules quelques dizaines de personnes se sont déplacées.

Organisé par le Mouvement pour la paix et contre le terrorisme (MPCT), cet évènement avait pour but d'«exprimer la résistance citoyenne au terrorisme» selon l'association, qui souhaitait qu'il soit «le plus unitaire et fédérateur possible». «On s'attendait à ce qu'il n'y ait pas foule mais ça ne signifie pas que c'est un échec», tempère cependant l'une des organisatrices, interrogée par le correspondant de RT France.

Auteur: RT France

Si dans la foulée des attentats, un grand élan populaire s'était exprimé pour soutenir le journal satirique, trois ans plus tard, la situation a beaucoup évolué. En 2015, au soir de l'attaque, quelques 35 000 personnes s'étaient réunies spontanément, pour rendre hommage aux victimes. Une mobilisation monstre avait suivi les jours suivants, avec comme point d'orgue, le million et demi de personnes descendues dans les rues de Paris le 11 janvier.

En 2016, l'émotion était encore forte, le chanteur Renaud s’était notamment rendu place de la République lors d'un rassemblement spontané de plusieurs centaines de personnes. L'année suivante, l'affluence avait été relativement similaire.

En 2018, force est de constater que la mobilisation fut moindre, même si l'hommage a pu prendre d'autres formes, tels que des centaines de messages publiés sur Twitter, l'événement Toujours Charlie organisé par la Licra, le Printemps républicain et le Comité Laïcité République, ou encore les hommages officiels en présence d'Emmanuel Macron.

Le 5 janvier, l'institut de sondage Ifop avait publié un sondage dans lequel 61% des personnes interrogées disent se sentir encore «Charlie». Un sentiment qui reste donc majoritaire au sein de la population, mais un chiffre en baisse de dix points par rapport à l'année précédente.

39% de ceux qui ne se considèrent plus comme «Charlie» avouent ne pas ou ne plus être marqués par le drame et 38% estiment qu'à travers ses caricatures, le journal satirique va trop loin.

La ligne éditoriale de Charlie en cause ?

Yan Lindingre, rédacteur en chef du magazine de BD humoristique Fluide glacial, confiait au micro de RT France le 6 janvier que cette tendance s'expliquait en partie par la confusion qu'a pu faire naître le slogan «Je suis Charlie», dans la foulée de l'attaque terroriste. Adopté comme un simple mot d'ordre pour défendre la liberté d'expression, il est, selon Yan Lindingre, désormais souvent perçu dans un sens plus restrictif, comme une marque de soutien à la ligne éditoriale très engagée du journal satirique.

Or Charlie Hebdo et ses choix éditoriaux ont enchaîné les polémiques ces derniers mois. Parmi celles-ci, l'hebdomadaire a par exemple créé un tollé en août, à l'occasion des attentats en Catalogne, avec un titre ironique : «Islam, religion de paix.» Plus récemment, c'est sa une sur le théologien Tariq Ramadan, accusé d'agression sexuelle par plusieurs femmes, qui a concentré les critiques. Le fondateur du site d'information Médiapart, Edwy Plenel, avait ainsi estimé que l'hebdomadaire faisait partie «d'une campagne générale de guerre aux musulmans», s'attirant les foudres de Riss.

Le journal satirique a aussi heurté les sensibilités de tous bords : des Russes, avec des caricatures sur un avion russe qui s'était écrasé en mer Noire avec 92 personnes à bord ; des Américains avec un dessin dans lequel il se moquait des inondations qui ont frappé le Texas, assurant que les «néo-nazis du Texas» avaient été punis par Dieu ; ou encore des partisans de l'indépendance de la Catalogne, dans un croquis où il jugeait «Les Catalans plus cons que les Corses.»

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