Crèches de Noël : comment Ménard et Wauquiez rusent pour contourner l'interdiction

Crèches de Noël : comment Ménard et Wauquiez rusent pour contourner l'interdiction© Saul Loeb Source: AFP
Une crèche de Noël

Si le Conseil d'Etat interdit les crèches dans les bâtiments publics, Laurent Wauquiez et Robert Ménard ont décidé d'exploiter les subtilités du droit. Le premier se défend de contourner la loi ; le second assume de vouloir défendre une tradition.

Depuis quelques années, la présence de crèches de Noël dans les mairies ou les bâtiments publics suscite des débats récurrents à l'approche des fêtes de fin d'année. Après plusieurs décisions de justice contradictoires, le Conseil d'Etat a clarifié la situation en rappelant le principe général d'interdiction. Mais plusieurs élus ont trouvé le moyen de jouer avec la mince marge de manœuvre que leur concède la loi...

Ainsi, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez, qui tente de s'imposer comme le défenseur des valeurs et de l'identité dans le cadre de sa candidature à la présidence des Républicains (LR), a décidé d'afficher son attachement aux traditions en faisant installer cinq scènes de la Nativité dans le hall d'entrée de l'hôtel de région. Le tribunal de Lyon avait jugé que l'installation d'une crèche en décembre 2016 dans les mêmes lieux contrevenait à la loi.

Comment, alors, le candidat à la présidence de LR s'y est-il pris cette année ? Tout simplement en présentant le tout sous la forme d'une «grande exposition sur les métiers d’art des santonniers». «Notre région est très attachée à la défense de ses traditions et de la tradition des métiers d'art. Les santonniers font partie de ces artisans d'art qui doivent être reconnus pour la qualité de leur savoir-faire», a expliqué Laurent Wauquiez lors d'une conférence de presse pour le lancement de l'événement.

En effet, le Conseil d'Etat, s'il interdit la présence de crèches de Noël dans les bâtiments publics, admet quelques exceptions «si des circonstances particulières montrent que cette installation présente un caractère culturel, artistique ou festif». Valorisation du savoir-faire artisanal, tradition artistique locale... L'exposition dans l'hôtel de la région Auvergne-Rhône-Alpes semble remplir les conditions justifiant une exception.

Cité par L'Express, Laurent Wauquiez assure qu'il ne s'agit pas d'un stratagème pour contourner la loi. «Je respecte ce qu'est la justice et le droit», explique-t-il. «La justice et le droit nous ont dit que nous n'avions pas la possibilité de mettre une crèche à l'intérieur de l'hôtel de région et c'est pour cela que cette année, le souhait qu'on a fait, c'est de faire une exposition sur l'art des santonniers», ajoute-t-il.

A Béziers, Robert Ménard assume sa démarche

A Béziers, le cas est légèrement plus complexe. Le 3 avril dernier, le tribunal administratif de Marseille a rendu une décision concernant une crèche installée en 2014 dans la mairie par Robert Ménard, habitué des frasques médiatiques. Le juge avait alors constaté le caractère religieux de l'installation et en avait déduit une incompatibilité avec le principe de neutralité.

Entre temps, en 2015 et 2016, Robert Ménard avait anticipé la décision de justice. Une crèche a donc été installée ces deux années-là, ainsi que cette année encore, avec toutefois «une dimension plus culturelle et festive», selon les mots de la municipalité. Concrètement, un sapin orné de guirlandes et une boîtes aux lettres pour le père Noël ont été disposées autour de la Sainte Famille. De quoi atténuer le caractère exclusivement religieux pointé du doigt par le tribunal.

Contrairement à Laurent Wauquiez, qui se défend d'avoir rusé avec la loi, Robert Ménard assume sa démarche. «23 000 personnes sont venus admirer notre crèche l'an dernier. La crèche ne prive personne de rien. Pourquoi vouloir l'interdire?», s'agace l'édile biterrois interrogé par Midi Libre. «On ne touchera pas à notre crèche, nous la défendrons !», ajoute-t-il.

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