Franceinfo : la chaîne d’info de trop ?

Source: AFP

Une chaîne publique d’information en continu est lancée le 1er septembre. Sites web, radios, chaînes TV et en plus cette petite dernière : Radio France et France Télévisions ont l'ambition de devenir «l’offre numérique d’information de référence».

Lancée dans un paysage médiatique déjà saturé, la nouvelle chaîne n’est pas sûre de pouvoir relever le défi. Profitant du contenu de quatre grands groupes publics - France Télévisions, Radio France, France 24 et l’INA - , Franceinfo «ira vers la justesse et la prudence dans l'information», selon les déclarations de la présidente du groupe France télévisions Delphine Ernotte.  

Avec un budget de plus de 50 millions d’euros - dont 15 provenant de France Télévisions et 3,5 millions de Radio France - et quelque 170 collaborateurs, la nouvelle chaîne aspire à défier la concurrence de BFM TV, leader du marché, avec 2,8% de part d'audience en juillet, iTélé (1,2%) et LCI (0,3%).

La nouvelle chaîne sera disponible sur le canal 27 de la TNT. La programmation consistera en des émissions de la radio France Info diffusées simultanément à la télévision et à la radio, des plateaux de France télévisions ainsi que de France 24, qui prendra le relais de minuit à 6h du matin.

Dans une ambiance de tensions et de soupçons politiques, le contexte du lancement est déjà terni par les nombreuses protestations des sociétés de journalistes côté France télévisions et Radio France, liées aux licenciements au sein des groupes au profit de la nouvelle chaîne.

Timing politique «pas anodin»

Ce qui rend le lancement particulièrement étonnant est qu’il intervient très peu de temps après la victoire de LCI dans son combat pour obtenir le droit d’être sur la TNT et donc d’être accessible à une plus large partie de la population.

Une chaîne publique d’information apparaîtra difficilement comme autre chose qu’une tentative de concurrencer le pouvoir de BFM et d'iTélé en termes d’audience et d’influence, estime le directeur de recherche à l’IRIS, spécialiste des médias François-Bernard Huyghe : «Cette tâche me paraît très difficile quand on arrive le dernier», ajoute-t-il.

Le lancement d’une chaîne publique à moins d’un an de l'élection présidentielle n’est certainement pas anodin, juge le chercheur : «L’Elysée n’est pas très content des chaînes d’information en continue», explique-t-il. «L’Elysée est mécontent de BFM qui fait trop de place au Front national ou à d’autres qui critiquent trop sa politique économique.» Il faudrait alors être extrêmement transparent sur les nominations au sein de la nouvelle chaîne pour éviter de susciter les soupçons.

«Projet douteux»

Quant à la viabilité économique du projet, François-Bernard Huyghe se dit sceptique : «On a l’impression qu’on va déshabiller Pierre pour habiller Paul», explique-t-il. Pour lui, cela signifie retirer des ressources à des chaînes qui fonctionnent, pour un projet «un peu douteux».

Quant au succès de l’entreprise auprès du public, François-Bernard Huyghe évoque le phénomène du «détachement» des plus jeunes générations françaises des chaînes publiques. Les jeunes auraient en effet tendance à se «bricoler» leurs informations, se tournant vers internet et en faisant des recommandations via les réseaux sociaux. Dans un contexte d’une offre extrêmement diverse – faire une chaîne de référence par sa qualité paraît à l’expert «une bien grande ambition». Compte tenu de la période électorale qui approche et où l’audiovisuel sera davantage sous surveillance, le chercheur «a  du mal à comprendre» qu’on essaye de lancer une nouvelle chaîne mainstream. 

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