Offensive irakienne à Kirkouk : l'invitation à négocier qu'on ne peut pas refuser ?

Offensive irakienne à Kirkouk : l'invitation à négocier qu'on ne peut pas refuser ?© Stringer Source: Reuters
Un soldat irakien à Kirkouk, 16 Octobre 2017.

Les Kurdes pensaient que le moment était venu de réclamer l'indépendance, mais ils se sont trompés. Avec le soutien des pays voisins, Bagdad reprend l'initiative, tout en «restant prêt» à négocier, selon Karim Pakzad, spécialiste de la région.

RT France : Quel est selon vous l'objectif poursuivi par l'Irak à Kirkouk? Cette offensive signifie-t-elle que Bagdad a choisi la voie militaire afin de résoudre le problème kurde ?

Karim Pakzad (K.M.) : Non, on ne peut pas le dire de cette façon. Pour l’instant, l’Irak a choisi de récupérer les territoires autour de ville de Kirkouk – ce qu’on appelle en Irak les «zones partagées», zones contestées entre les Kurdes et le gouvernement irakien. L’Irak pense que cette région n’appartient pas géographiquement au Kurdistan. Eminemment stratégiques ces zones comportent une base militaire, des champs pétroliers et des champs industriels autour de la ville de Kirkouk. Pour l’instant, les forces irakiennes n’avancent pas vers le Kurdistan, c'est-a-dire vers les villes de Sulaymaniya ou d'Erbil. 

RT France : Vous ne pensez donc pas que l'Irak cherche à récupérer tout le Kurdistan ?

Les Kurdes sont eux-mêmes divisés : l'Union patriotique du Kurdistan est favorable à des négociations avec Bagdad alors que Massoud Barzani, du Parti démocratique, est plus exigeant

K.M. : Pour l'instant, c'est une opération visant à reprendre Kirkouk, qui était attendue. Il a été annoncé il y a plusieurs jours que l’Irak ne pouvait accepter que l’autorité du Kurdistan continue à occuper des zones litiges entre les deux autorités. Pour l’instant, les opérations militaires irakiennes sont limitées à ces zones. Maintenant, tout dépend de l’évolution de la situation. Un dialogue va-t-il vraiment s’engager entre l’autorité kurde et Bagdad ?

Un élément le laisse supposer : les Kurdes sont eux-mêmes divisés. Une partie importante des Kurdes, notamment l'Union patriotique du Kurdistan, est favorable à des négociations avec Bagdad, alors que Massoud Barzani (le Parti démocratique du Kurdistan), qui était initialement à l’origine du référendum, est plus exigeant.

La question de Kirkouk a toujours été ouverte

Ensuite, maintenant que l’Irak a lancé des opérations militaires à Kirkouk, comment réagiront la communauté internationale engagée en Irak dans la lutte contre Daesh et les voisins de l’Irak ? Il faudra attendre deux ou trois jours pour voir comment la situation va évoluer. Y a-t-il des pays, par exemple ceux de la coalition internationale, qui feraient la médiation entre l’autorité de Kurdistan et Bagdad ? Pourraient-ils y réussir ou non ? On est dans une période d’attente.

RT France : Croyez-vous que Bagdad serait ouvert à des négociations quant au statut de Kirkouk ou penserait plutôt à reprendre ce territoire et placer la communauté internationale devant le fait accompli ? 

K.M. : Je pense que la question de Kirkouk a toujours été ouverte. Au début, quand la Constitution de l’Irak avait été adoptée, Bagdad avait accepté que le sort de Kirkouk soit déterminé par référendum, pour que la population de Kirkouk en décide d'elle-même. Ce référendum n’a jamais eu lieu, ce qui signifie que Bagdad a conscience qu’une partie importante des habitants de Kirkouk est composée des Kurdes. Somme toute, je pense que le gouvernement irakien est prêt à négocier. En ces temps de conflit, l’Irak avait vraiment pour objectif de récupérer une importante base militaire dans le nord du pays, ainsi que des champs pétroliers vitaux pour l’économie irakienne.

Massoud Barzani pensait que le rapport des forces était en faveur des Kurdes, mais, apparemment, il s’est trompé

RT France : Les Kurdes pourraient-ils se passer de Kirkouk, cette région pétrolière et source des revenus, pour créer leur Etat indépendant ?

K.M. : Tout cela dépend du rapport des forces. Massoud Barzani pensait que le rapport des forces était actuellement en sa faveur – après le soutien que les Kurdes ont eu de la communauté internationale dans leur lutte contre Daesh, mais également grâce au progrès économiques du Kurdistan. Il a pensé que la situation était en faveur des Kurdes, mais, apparemment, il s’est trompé. Il s’est trompé parce que le référendum de Kurdistan n’a été soutenu que par Israël. L’ensemble des pays européens et les Etats-Unis ont essayé d’empêcher Massoud Barzani d’organiser ce référendum. Mais lui s’est entêté.

Dans la situation actuelle, les Kurdes se trouvent dans une position défensive. Maintenant que Bagdad a le soutien des pays voisins (de la Turquie, de l'lran  et d’autres voisins comme la Syrie) le gouvernement irakien se sent assez fort et les Kurdes sont au contraire isolés. Il faut attendre maintenant la réaction des autorités kurdes pour voir s’ils sont prêts à négocier et sur quelle base.

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