Par Philippe Migault Tous les articles de cet auteur
Philippe Migault est directeur du Centre européen d'analyses stratégiques, analyste, enseignant, spécialiste des questions stratégiques.

France-Russie : un même ennemi, le djihad

France-Russie : un même ennemi, le djihad© Grigory Dukor Source: Reuters
Les gens continuent à apporter les fleurs sur le site d'attentat à Saint-Pétersbourg

L’attentat de Saint-Pétersbourg démontre, une fois de plus, que, du Bataclan à Moscou, Français et Russes sont confrontés au même ennemi islamiste. L'expert militaire Philippe Migault dresse un bilan de ces tragédies.

La tragédie survenue à Saint-Pétersbourg était, hélas, tristement prévisible. Le risque zéro n’existe pas en matière de terrorisme. Aucun gouvernement, aucun service de renseignement, n’est en mesure de détecter en amont l’ensemble des projets d’attentats et de s’y opposer. La Fédération de Russie, qui a conduit les frappes les plus efficaces en Syrie contre les différents groupes djihadistes, constituait pour ces derniers une cible prioritaire. Après de multiples tentatives mises en échec, ils sont parvenus à leurs fins.

L’opinion publique russe est mieux préparée que ses homologues «occidentales» à une telle ignominie

Mais parvenus dans une certaine mesure seulement. Car l’impact de cette opération sera sans doute bien moindre qu’il ne l’aurait été si les terroristes avaient frappé Paris ou Berlin.

En premier lieu parce que l’opinion publique russe est mieux préparée que ses homologues «occidentales» à une telle ignominie.

Pas par manque de sensibilité, comme certains russophobes patentés l’affirment régulièrement au nom d’une mystérieuse «âme slave», qui pousserait inéluctablement les Russes vers une sorte de fatalisme amorphe leur permettant de supporter toutes les souffrances.

Mais par un réalisme et une combativité bien supérieurs à celle de la majorité des Français, des Allemands, ou de toute autre nation ouest-européenne confite dans son modèle de société post-héroïque, cultivant pour valeurs fondatrices l’hédonisme et une tolérance dévoyée, ouvrant la voie à toutes les capitulations. La Russie est en guerre contre le terrorisme depuis plus d’un quart de siècle. De Boudionnovsk à Saint-Pétersbourg via la Doubrovka et Beslan, ce sont plus de 1 200 civils russes qui ont perdu la vie depuis la première guerre de Tchétchénie. Mais les Russes, eux, ne se contentent pas de coups de menton martiaux de leurs responsables politiques, réaffirmant à chaque tragédie que la Russie «est en guerre». Le Kremlin, lui, fait la guerre, une guerre totale. Une guerre d’anéantissement. Que ce soit en Tchétchénie ou en Syrie, les djihadistes sont traqués sans merci, détruits, dès que l’occasion se présente, avec l’assentiment de la population russe qui sait, elle, que pour gagner une guerre, ce n’est pas une législation appropriée qu’il faut, mais de la délicatesse qu’il ne faut pas.

La légitimité de l’intervention des forces armées russes aux côtés de Bachar el-Assad est renforcée par cet attentat

Ensuite parce que la nationalité kirghize du «kamikaze» ayant commis l’attentat pétersbourgeois ne manquera pas de conforter les Russes dans leur vision d’une Russie en guerre contre les tenants d’un Califat du Kosovo au Xinjiang. L’assassin appartient à cette nébuleuse de combattants ouïghours, kirghizes, kazakhs, ouzbeks, turkmènes, tchétchènes qui veulent déloger la Russie de Ciscaucasie et d’Asie centrale pour y imposer la Charia et la terreur et qui constituent une bonne partie des troupes d’al-Qaïda et de l’Etat Islamique en Syrie et en Irak. La légitimité de l’intervention des forces armées russes aux côtés de Bachar el-Assad est renforcée par cet attentat.

Enfin parce que si l’objectif est de dresser l’opinion publique russe contre Vladimir Poutine, on ne pouvait rêver d’acte plus contre-productif. Qui est plus qualifié aux yeux des Russes que leur Président pour conduire le pays à la guerre ? Personne. Il est de bon ton, au sein de l’intelligentsia médiatico-universitaire française de railler ceux qui préfèrent la rude fermeté de Vladimir Poutine et notamment sa déclaration de septembre 1999, à la «soft-ideology» prônant le dialogue inter-civilisations et la déradicalisation. En Russie l’écrasante majorité des citoyens sait que la meilleure des déradicalisations est l’éradication et qu’on ne peut discuter entre civilisés qu’avec des interlocuteurs qui le sont.

L’attentat survenu à Saint-Pétersbourg démontre, une fois de plus, que Français et Russes sont confrontés au même ennemi islamiste, du Bataclan à Moscou. Il devrait susciter une prise de conscience parmi nous, nous orienter vers une détente avec la Russie, une collaboration étroite des services de renseignement français et russes, des frappes conjointes au Moyen-Orient.

De toute évidence les victimes de Saint-Pétersbourg n’ont pas la même importance qu’une victime allemande ou homosexuelle pour Anne Hidalgo

Malheureusement il n’en est rien pour l’instant. Pas de drapeau russe sur la tour Eiffel. De toute évidence les victimes de Saint-Pétersbourg n’ont pas la même importance qu’une victime allemande ou homosexuelle pour Anne Hidalgo.

Et ce mépris, qui a été relevé par de nombreux Russes sur les réseaux sociaux, n’est pas le plus grave. Alors que les médias russes sont régulièrement accusés d’encourager les théories complotistes, celles-ci ont curieusement droit de cité dans les médias occidentaux pour expliquer le drame pétersbourgeois. Le FSB serait bien entendu, une fois encore, à la manœuvre. Sous la houlette de Vladimir Poutine il aurait, comme en 1999, cyniquement choisi de frapper ses propres compatriotes afin de servir les intérêts du Kremlin, soit disant mis en difficulté par les récentes manifestations anti-corruption.

Il n’a jamais été apporté aucune preuve d’une implication du FSB dans les attentats de 1999, pas plus que les tenants d’une version alternative des attentats du 11 septembre 2001 n’ont été capables d’en produire une pour justifier leur thèse. Mais qu’importe : ce qui relève de la paranoïa vis-à-vis des Etats-Unis, relève de la vigilance et de l’acuité d’analyse lorsqu’il s’agit de la Russie.

A l’aune de cette propagande absconse, on mesure à quel point la fracture existant entre la Russie et les «Occidentaux» ne cesse de s’élargir. Au grand bénéfice des djihadistes.

Lire aussi : Terrorisme : l'attaque de Saint-Pétersbourg montre que «la Russie est avec la France dans ce combat»

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