Affaire Fillon : les autorités judiciaires ont choisi de «modifier le cours normal de la démocratie»

Affaire Fillon : les autorités judiciaires ont choisi de «modifier le cours normal de la démocratie»© Christophe ARCHAMBAULT Source: AFP
Le candidat à l'élection présidentielle française François Fillon

Pour l'essayiste Eric Verhaeghe, en prenant des mesures extrêmement négatives vis-à-vis des favoris de l'élection présidentielle, les autorités judiciaires remettent en cause le fonctionnement de la démocratie. Explications.

RT France : François Fillon maintient sa candidature à la présidentielle malgré sa convocation devant les juges et suite à cela vous avez affirmez qu’il avait 1% de chances de se faire élire. Vous ne croyez plus du tout à son élection après cette annonce ?

Eric Verhaeghe (E. V.) : Si, je crois à son élection. Simplement, il faut qu’il prenne une posture et une stratégie qui lui permettent de gagner. Ce sera une stratégie difficile, personne ne peut jurer qu’il gagnera avec elle, mais ce dont on peut être convaincu aujourd’hui, c’est que s’il ne choisit pas cette stratégie-là, il est sûr de perdre. Cette stratégie, c’est d’avoir un discours offensif sur les idées, de revenir à de vraies propositions de réformes et qu’il parle à son électorat de ce que les Français attendent : des réformes claires, des réformes en profondeur et que ces réformes soient «patriotiques». Des réformes qui protègent l’économie française et qui assurent son développement durable dans les années à venir. Mais s’il ne propose pas ces mesures, il aura beaucoup de difficultés à sauver sa situation.

RT France : François Fillon avait promis de ne pas se présenter, s’il était mis en examen. Mais il est mis en examen. Ça veut-dire qu’il n'a pas tenu sa promesse. Peut-on dire que cela va ébranler la confiance de ses fidèles ?

E. V. : Il y a une seule façon de s’en sortir. Beaucoup de ses fidèles et de ses électeurs se disent qu’on a besoin de quelqu’un qui va réformer le pays dans un sens libéral et pas dans un sens étatiste. Si cette élection doit se faire en niant une promesse qui a été faite de façon absurde – on peut dire que François Fillon a accumulé les maladresses de communication durant ces deux derniers mois – les électeurs sont prêts à entendre qu’on fait fi de ces maladresses de communication et qu'on se concentre sur l’essentiel, à savoir les réformes. Les Français sont prêt à l’entendre, mais à condition que François Fillon fasse amende honorable, c’est-à-dire qu’il soit capable d’expliquer qu’il a eu tort,que le système dont il a profité est un système légal mais malsainet qu’il s’engage clairement à le reformer en profondeur, parce que là-dessus il se montre plus que transparent.

Il faut être de mauvaise fois pour dire que ce choix de calendrier est totalement anodin

Il doit être capable de dire clairement: «Je me suis trompé et je n'ai pas entendu ce que voulait le peuple français. Maintenant que j’entends que vous voulez des reformes, je veux les porter et je vous donne des garanties extrêmement sérieuse sur la correction des erreurs que j’ai pu commettre». C’est la seule façon qu'à François Fillon de s’en sortir.

RT France : Il parle aussi d’un assassinat politique et de politisation de cette affaire. Est-ce crédible ?

E. V. : En tout cas le point de vue qu’on peut avoir en France c’est que c’était une élection imperdable pour la droite. C’est-à-dire qu’entre François Fillon et Marine Le Pen, il était impossible que l’un des deux perde. Aujourd’hui, les deux candidats qui étaient en tête des sondages il y a deux mois sont deux candidats qui font l'objet de procédures judiciaires un mois et demi avant l'élection présidentielle. Le pouvoir judiciaire sait parfaitement qu’il va y avoir des élections et il sait parfaitement qu’en prenant des mesures extrêmement négatives et contraignantes vis-à-vis des deux favoris, il remet en cause le fonctionnement de la démocratie. C’est donc un vrai sujet de séparation des pouvoirs. Cela ne veut pas dire que les personnes en question soient coupables ou non, il faut être de mauvaise fois pour dire que ce choix de calendrier est totalement anodin. Cette procédure sort un mois et demi avant l'élection présidentielle et il est évident que d’une façon ou d'une autre, il y a un choix délibéré des autorités judiciaires de modifier le cours normal de la démocratie.

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