Syrie : «Il est possible que la bataille de Raqqa ne commence pas avant la fin de l'année»

Syrie : «Il est possible que la bataille de Raqqa ne commence pas avant la fin de l'année»© Rodi Said Source: Reuters
Des combattants des Forces démocratiques syriennes lors d'échanges de tirs dans le nord de la province de Raqqa.

Par manque d'organisation et d'effectifs, la bataille contre le bastion de Daesh en Syrie pourrait être retardée, selon Gérard Chaliand, spécialiste en conflits urbains. Il revient sur les stratégies américaines et pro-iraniennes au Moyen-Orient.

RT France : Les forces spéciales irakiennes ont repris l'aéroport de Mossoul. Cette victoire peut-elle changer la physionomie de la bataille ?

Gérard Chaliand (G. C.) : C'est effectivement un événement important. Tenir l'aéroport est toujours un signe de présence et de puissance d'un adversaire. Néanmoins cela ne change rien à la bataille à proprement dite de la bataille dans la partie ouest de Mossoul. L'offensive va être extrêmement difficile dans la mesure où il s'agit de petites rues médiévales. Il va falloir que l'armée irakienne paye le prix du sang. Ils ont déjà perdu près de 15% de leurs effectifs de la division d'or qui a été entraînée à la fois par les Américains et les Iraniens. Je pense que cette bataille va durer un bon moment. Probablement jusqu'à Pacques, même si cela reste très difficile à dire à l'avance. La seule certitude est que cette bataille sera très difficile et sanglante.

La nouvelle administration américaine a l'intention d'être plus présente, plus énergique et à marquer sa présence de manière plus forte

RT France : Le commandant des forces américaines en Irak et en Syrie a déclaré que les forces spéciales américaines intervenaient de manière plus intense et au plus prês du terrain avec les forces irakiennes. Est-il possible que les Etats-Unis changent prochainement de stratégie au sol ?

G. C. : Il y a bien sûr une présence des forces américaines au sol qui s'intensifie mais non pas avec des combattants mais avec des conseillers qui sont en véritable soutien direct. Je pense que la nouvelle administration a l'intention d'être à cet égard plus présente, plus énergique et à marquer sa présence de manière plus forte. C'est indiscutable. Les Américains vont s'investir davantage sans pour autant passer par un changement radical de stratégie.

Il y a encore un manque d'organisation et un manque d'effectifs suffisamment formés pour reprendre Raqqa à Daesh

RT France : En Syrie, le général Joseph Votel s'est inquiété des possibilités des forces arabo-kurdes de reprendre Raqqa à Daesh. Auront-elles besoin d'un soutien plus important des forces étrangères ?

G. C. : Pour l'instant, les forces en présences qui vont combattre Daesh n'ont pas les moyens de reprendre Raqqa. Les Américains sont en train de former des troupes qui sont à la fois arabes et kurdes. Je ne parle pas ici des Kurdes venant de la région limitrophe à la Turquie. Il s'agit d'autres forces kurdes qui n'appartiennent pas en quelque sorte au cousinage du PKK. Les Américains veulent les envoyer combattre en même temps que les bataillons arabes. Cette formation va prendre encore au moins trois mois de préparation. Il est possible que la bataille de Raqqa à proprement parler ne commence pas avant la fin de l'année. Je ne pense pas qu'elle soit imminente. On sent tout de même qu'il y a encore un manque d'organisation et un manque d'effectifs suffisamment formés pour reprendre un bastion de Daesh.

S'il y avait un vainqueur provisoire en Syrie, je dirais que pour l'instant ce sont les forces pro-iraniennes

RT France : Quelles forces locales semblent les mieux placées pour battre Daesh en Syrie ?

G. C. : La situation en Syrie est très complexe. On assiste à un imbroglio où il y a énormément de présences étrangères. Pour l'instant, je dirais que ce sont plutôt les forces pro-iraniennes qui s'affirment et s'avèrent les plus efficaces. Pourquoi ? Simplement car de façon générale, le clergé iranien est organisé et hiérarchisé. Ils ont une stratégie plus cohérente que les groupes en face qui n'ont pas de clergé organisé et qui se retrouvent dans une multiplicité de mouvements islamistes plus ou moins engagés et qui finalement se disputent la proéminence. S'il y avait un vainqueur provisoire en Syrie, je dirais que pour l'instant ce sont les forces pro-iraniennes.

RT France : Comme en Irak.

G. C. : En Irak, c'est effectivement déjà joué.

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