Syrie : des zones d’exclusion aérienne contrôlées par Washington constitueraient un acte de guerre

Syrie : des zones d’exclusion aérienne contrôlées par Washington constitueraient un acte de guerre© Muhammad Hamed Source: Reuters

Donald Trump parle de zones sécurisées en Syrie et dans la région, mais sait-il qu'il existe de telles zones contrôlés par les Nations unies en Turquie, en Jordanie et au Liban, s'étonne le spécialiste des relations internationales Jonathan Steele.

L’élue démocrate de Hawaï au Congrès, Tulsi Gabbard, qui avait critiqué la politique de Barack Obama, est rentrée d'un voyage en Syrie. Au cours de son périple, elle a notamment rencontré le président syrien Bachar el-Assad.

Dans une interview accordée à CNN, elle a expliqué pourquoi elle avait passé quatre jours en Syrie lors desquels elle avait beaucoup échangé avec les habitants de différentes villes du pays. Depuis lors, elle continue à poster des photos des personnes qu’elle a rencontrées et à appeler à mettre fin à l'armement par les Américains de ceux qu’elle appelle les «rebelles terroristes» dans la région. Elle a également renouvelé ses appels à arrêter la «guerre pour le changement de régime» dans le pays.

Reste que les informations recueillies par Tulsi Gabbard auprès des Syriens qu'elle a rencontrés n'ont pas reçu beaucoup d'attention des médias, contrairement à sa rencontre avec le président syrien, qui a déclenché une vague de critiques.

Tulsi Gabbard appelle à la fin de la guerre en Syrie et à un changement de la politique américaine dans la région. En décembre, elle avait lancé un nouveau projet de loi intitulé Loi sur l'arrêt de l'armement des terroristes.

RT :  Tulsi Gabbard, élue au Congrès américain, a parlé à beaucoup de gens de la région qui lui ont fait part de leurs souffrances et leurs pensées sur l'avenir de la Syrie. Cependant, cela semble être ignoré par les médias, qui ne s'intéressent qu'à sa rencontre avec le président Bachar el-Assad. Pourquoi ?

Jonathan Steele (J. S.) : Je crois qu'il est absurde d'en faire davantage sur sa rencontre avec le président syrien. Beaucoup de journalistes occidentaux, y compris américains, ont été à Damas et ont parlé à Bachar el-Assad. Si vous voulez savoir depuis la source quelles sont les politiques, quelle est la stratégie et être en mesure de poser des questions, vous devez rencontrer des gens, et à cet égard, rencontrer le dirigeant d'un pays relève du bon sens.

Il est très troublant ce que Donald Trump a réellement à l'esprit

RT : Tulsi Gabbard appelle à mettre un terme à ce qu'elle appelle la «guerre pour le changement de régime» des Etats-Unis. Pensez-vous que la nouvelle administration soit prête à accepter que Bachar el-Assad reste au pouvoir ?

J.S. : Je pense qu'ils sont prêts. Michael Flynn, qui est maintenant le conseiller à la sécurité nationale du président américain, était le chef de l'Agence de renseignement de la Défense et nous savons qu'il a été renvoyé notamment pour sa politique en Syrie, ou plutôt pour ses conseils sur la Syrie ; il n'était pas d'accord avec la politique que Barack Obama a conduite. Il souhaitait que la Russie, les Etats-Unis et le gouvernement travaillent conjointement dans la lutte contre le terrorisme en Syrie. Et bien sûr, ce n'était pas la politique de l'ex-président américain, qui consistait à soutenir les terroristes, comme Tulsil Gabbard le souligne très clairement. Donc, maintenant il y a un espoir qu'avec Michael Flynn dans une position importante, proche de Donald Trump, d'assister à un changement.

RT :  Nombreux sont ceux qui craignent que la mise en place de ces «zones de sécurité» entraînent une implication américaine plus importante dans la guerre en Syrie. Etes-vous d’accord avec ça ? Que pensez-vous du fait que Donald Trump a décrète des «zones de sécurité» en Syrie ?

J.S. : Ce qui vient à l'esprit de Donald Trump est très troublant. Je crains qu'il ne soit pas très bien informé de l'ensemble de la situation générale. S'il parle des zones de sécurité en Syrie et dans les régions avoisinantes, sait-il qu'il existe déjà de telles zones et des camps gérés par le HCR [Haut commissariat au réfugiés des Nations unies] en Turquie, en Jordanie et au Liban ? Pourquoi en faudrait-il plus ? Elles ont besoin de plus de financement, de plus de nourriture, de plus d'aide, de plus d'emplois pour les gens afin que ces derniers ne restent pas assis à ne rien faire dans les camps de réfugiés. Ils sont en sécurité. Mais parle-t-il de zones de sécurité à l'intérieur de la Syrie ?

Il s'agit d'un acte de guerre pour tenter d'établir une telle zone sur le territoire d'autrui

Si cela se fait sous les auspices des Etats-Unis avec l'accord du gouvernement syrien, très bien. Mais cela ressemble à une une vieille idée qu'Hillary Clinton et d'autres personnes ont eue sous l'ère Obama et qui consistait à mettre en place des «zones d'exclusion aérienne», ce qui se révèle en fait être un acte de guerre. Cela reviendrait à prendre des mesures sur le territoire d'un Etat étranger sans son accord et en essayant de le contrôler. Et cela pourrait provoquer des combats entre des avions américains et des avions du gouvernement syrien ou des avions russes, s'ils sont dans la même zone. Cela pourrait être très dangereux.

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