«La prison de Rikers Island à New York est un des lieux les plus inhumains et horribles sur Terre»

«La prison de Rikers Island à New York est un des lieux les plus inhumains et horribles sur Terre»© Shannon Stapleton Source: Reuters
La prison de Rikers Island à New York

La justice pénale américaine cible les gens de couleur et les pauvres, en les enfermant dans un cycle de pauvreté et de réincarcération, affirme Kerry Kennedy, fille de Robert F. Kennedy et présidente du Centre RFK pour les droits de l’homme.

Le journaliste de RT, Mike Papantonio, s'est entretenu avec Kerry Kennedy au sujet de sa participation à la campagne en faveur de la fermeture de la prison new-yorkaise de Rikers Island. Ils ont abordé les raisons pour lesquelles cet établissement devait être fermé immédiatement. 

La prison de Rikers Island est connue pour avoir été le théâtre de nombreux cas de mauvais traitement de prisonniers, allant des voies de fait et de la maltraitance jusqu'à la mort de certains d'entre eux dans leur cellule à cause de la surchauffe.

On mène aujourd’hui une campagne pour exhorter le maire de New York, Bill de Blasio, à fermer cette prison définitivement.

RT : Si l'on se remémore toutes les tragédies qui ont eu lieu dans cet établissement, qu’est-ce qui a attiré votre attention sur les problèmes de la prison de Rikers Island ?    

Kerry Kennedy (K. K.) :  J'ai travaillé ces 35 dernières années sur des problèmes liés au non respect des droits de l'homme et nous continuons de faire sortir de gens de prison partout dans le monde, parce qu’ils étaient emprisonnés illégalement pour des motifs raciaux, religieux, en raison de leur origine nationale ou de leurs convictions politiques. Vous n’avez pas besoin d’un passeport pour travailler sur les droits de l'homme. Ici à New York, Rikers Island est un des lieux les plus inhumains et horribles du monde, dont j’ai jamais entendu parler. C’est extraordinaire.

C’est une violation massive des droits de l’homme et il faut y mettre fin

Dans notre pays, nous avons un système de justice pénale qui cible les gens de couleur, cible les gens parce qu’ils sont pauvres, cela augmente le nombre de dossiers criminels, élève le taux de récidive, cela enferme les individus, les familles et les communautés dans un cercle de pauvreté et de réincarcération. Et tout cela se passe ici, à New York. 

RT : Les gens qui ne sont pas familiers avec cette histoire, ne savent pas quelle est l'ampleur des abus… Pouvez-vous nous donner un exemple illustrant votre combat ? Quelle a été votre pire expérience ?

K. K. : Les violences physiques sont endémiques. Pour ce qui concerne les gens qui sont en attente de leur procès, 85% des 11 000 personnes de Rikers Island sont accusées d’un crime et attendent leur procès. Ils sont innocents jusqu’à preuve du contraire. Et ils peuvent être détenus à l’isolement avant le procès pendant deux ans. Imaginez ! Permettez-moi justement de vous donner un chiffre très révélateur : dans un sondage de 2015 réalisé parmi les transgenres, 100% d'entre eux ont signalé avoir été violés à Rikers Island. C’est inacceptable. C’est un établissement étatique. Il est sous le contrôle de notre gouvernement. C’est une violation massive des droits de l’homme et il faut y mettre fin.     

Rien n’a marché. Tout ce qui concerne cet endroit, tout est allé trop loin. La prison doit vraiment être détruite

RT : Certains évoquent une rénovation et l’extension du site afin de l’améliorer d’une manière ou d’une autre. Mais si je vous ai bien compris, le temps est venu de fermer cette prison et d'en construire une autre ailleurs, c'est bien ça ?

K. K. : Oui, tout à fait. Des années et des années ont passé, on a essayé de réaliser des projets et de faire des réformes mais rien n’a marché. Tout ce qui concerne cet endroit, tout est allé trop loin. La prison doit vraiment être détruite, et il n’y a aucune raison de la maintenir en activité. Permettez-moi de revenir un moment en arrière pour parler de ce qui se passe à New York. Si vous êtes accusé d’un crime, disons, d’avoir sauté un tourniquet ou de vol à l’étalage, vous passez devant le juge. Ce dernier vous dit que vous avez le choix : soit vous payez une caution en espèces, et si vous le faites, vous serez libéré. 90% des personnes qui payent la caution, ne sont jamais reconnues coupables. Si vous ne pouvez pas vous le permettre – il s'agit d'une somme qui peut atteindre 1000 de dollars – vous êtes envoyé à Rikers Island ou d'autres endroits semblables. Ce fut le cas de 15 000 personnes l'an dernier.

De plus, si vous travaillez chez McDonald’s, vous serez renvoyé compte tenu de votre absence. Et si vous avez un enfant de 16 ans qui est seul à la maison il sera placé dans un logement social. Alors, un avocat vient chez vous et vous dit que, tout ce qu’il faut faire c’est plaider coupable, et que vous pourrez sortir de Rikers aujourd’hui. Si vous le faites, vous sortez de prison. Lorsque vous retournez chez McDonald's, on vous dit : «Bon, vous étiez absent hier, donc on vous a renvoyé et maintenant vous avez un casier judiciaire, alors nous ne pouvons pas vous engager.»

Nous avons Donald Trump à la Maison Blanche, alors nous auront beaucoup de problèmes, en menant ce type de réformes au niveau fédéral

Ensuite, vous regagnez votre logement social pour retrouver votre enfant, mais, parce que vous avez maintenant un casier judiciaire, vous ne pouvez plus bénéficier de logements publics. Vous devenez alors un sans abri, vous n’avez pas de travail et vous ne pouvez plus obtenir un prêt. Vous êtes perdu… 

RT : Selon vous, quels seront les principaux obstacles à la réduction de la population carcérale voulue par la réforme globale de la justice criminelle sous l’administration de Trump ?

K. K. : Tout d’abord, nous avons Donald Trump à la Maison Blanche et Jeff Sessions qui est susceptible de devenir procureur général. J’estime que nous auront beaucoup de problèmes pour mener ce type de réforme au niveau fédéral… Mais la plupart des gens incarcérés dans notre pays ne sont pas détenus dans des prisons d’Etat, ils se trouvent dans des prisons municipales. Et c’est sur ce point-là que nous allons concentrer nos efforts. On commence à Rikers Island. En réalité, cela n’a rien à avoir avec le système fédéral.

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