«Abominable et répugnant» : la NSA proposait travail et «sports nautiques» à Guantanamo

© Brennan Linsley Source: Reuters

L’ancien officier du MI5 Annie Machon explique son écœurement face à l’annonce de la NSA récemment divulguée encourageant son personnel à travailler à Guantanamo – et profiter de ses activités nautiques non loin de détenus victimes de waterboarding.

De nouveaux documents divulgués par le lanceur d’alerte Edward Snowden montrent que le personnel de la US National Security Agency (NSA) a travaillé aux côtés de l'armée et de la CIA dans le but d’interroger les prisonniers du centre de détention de Guantanamo Bay.

RT:La plus récente divulgation de documents de la NSA donne à voir une publicité encourageant les employés de l’Agence à travailler à Guantanamo Bay en 2003 : «C’est votre chance de passer 90 jours à Gitmo». Dans ces documents le mot «fun» est même employé. Qu’en pensez-vous, tenant compte des violations des droits de l'homme et la torture signalées à Guantanamo ?

Annie Machon (A. M.) : Tout d'abord, je trouve que la publicité dans son ensemble est écœurante. Nous sommes face à une situation où ils essaient d'amener les employés de la NSA à venir à Guantanamo et profiter d’activités nautiques là où, non loin, des terroristes présumés ou des personnes innocentes, qui ont été traquées par des chasseurs de primes à travers l'Asie centrale, sont torturés par waterboarding. Je trouve le contraste absolument abominable et répugnant.

Et le fait que cela ait été dissimulé de cette façon au sein des agences de renseignement nous indique un manque alarmant de boussole morale. Néanmoins, quant à leur participation à ce genre de travail, cela ne me surprend pas. Parce que nous avons vu maintes et maintes fois, à travers l'Europe surtout, comment d'autres agences de renseignement ont été cooptées dans des affaires d’extraditions, d’interrogatoires et de cas de torture. Le MI5 et le MI6 au Royaume-Uni ont connu de multiples poursuites en justice, aux termes desquelles ils ont dû payer les victimes de tortures. Le fait que les Américains cooptent leur propre NSA n’est donc nullement surprenant. C’est bien d'avoir la preuve de ce que beaucoup d'entre nous soupçonnaient déjà.

Il n’est pas surprenant que toutes les agences de renseignement soient impliquées dans ces interrogatoires illégaux

RT : Les révélations ont également montré que les analystes de la NSA avaient été étroitement impliqués dans les interrogatoires en Irak, étant déployés en tant qu'analystes anti-terroristes en 2003. Une annonce disait que c’était là «une occasion unique de combattre le terrorisme». Qu’en pensez-vous ?

A. M. : Il y a un large éventail de différents services de renseignement dans la plupart de nos pays. Vous avez la surveillance électronique, la surveillance gouvernementale de renseignement étranger et la surveillance de la sécurité intérieure. Et comme la guerre contre le terrorisme a gagné du terrain, bien sûr, tous ces organismes se voient rassemblés pour coordonner et coopérer les uns avec les autres quand il faut interroger des suspects représentant une grande valeur – comme ils étaient généralement désignés ; la plupart d'entre eux ont été simplement traqués par des chasseurs de primes. Avec la surdépendance – particulièrement aux Etats-Unis – à la surveillance électronique, les experts de la surveillance vont être impliqués dans les interrogatoires.

Il y aura donc interrogatoire, le suspect sera obligé de dire quelque chose parce qu'il a été torturé, et ils vérifieront cela avec les éléments disponibles de leur renseignement – dont la majeure partie est produite par la NSA. Puis il sera demandé à la NSA de faire ses commentaires et elle dira : «Posez ça comme question suivante, parce que c'est comme ça que nous envisageons les choses».  Il n’est pas surprenant que toutes les agences de renseignement soient effectivement impliquées sur le terrain dans ces interrogatoires illégaux.

Il est bien défini, maintenant, que les extraditions spéciales, les postes à stress et la torture sont illégales

RT : Vous êtes un ancien officier de renseignement. Ce genre de publicité est-il commun pour les agences de renseignement ?

A. M. : Non, j'ai été assez choquée par cela. Si je n’ai pas été surprise par le fait que la NSA soit impliquée dans des interrogatoires illégaux, j’ai été choquée par la désinvolture employée pour essayer d’inciter les jeunes officiers de la NSA à aller participer à ce genre de chose. C’est presque comme une publicité pour Cuba comme lieu de villégiature. Comme je l'ai dit, d'un côté, ils font des activités aquatiques, de l’autre, des suspects sont noyés. Je trouve ça abominable. Et il n'y a aucune mention indiquant qu'il pourrait y avoir des problématiques juridiques autour de leur implication dans ce genre de travail.

Il est bien défini, maintenant, que les extraditions spéciales, les postes à stress et la torture sont illégales et que ceux qui sont impliqués là-dedans au sein des agences de renseignement pourraient bien être exposés à des poursuites pour leur participation à cela - au Royaume-Uni, comme dans d'autres pays, en Europe et en Amérique, potentiellement.

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