Exécutions sommaires, tortures, tribunaux improvisés en Syrie : l'ONU révèle d'horribles détails

Source: Reuters

Les différentes parties impliquées dans le conflit syrien, y compris les groupes anti-gouvernementaux comme le Front Al-Nosra ou l'Etat islamique, ont commis des «sérieuses violations» des droits des prisonniers.

Le nouveau rapport de 25 pages de la commission d'enquête de l'ONU sur les violations des droits de l'homme en Syrie, intitulé «Loin des yeux : Morts en détention» et rendu public le 8 février, revient sur le conflit en Syrie de mars 2011 au mois de novembre dernier. Pour ce dernier rapport, les experts mandatés par les Nations unies ont interviewé 621 personnes, dont 200 ont été témoins de la mort d'un ou de plusieurs de leurs compagnons de cellule.

Selon le texte, les groupes armés anti-gouvernementaux et les combattants du Front Al-Nosra sont «responsable de meurtre, torture et d'autres formes de mauvais traitements à l'encontre des détenus». Les exécutions ordonnées après des jugements effectués par des «cours improvisées» ont été commises en «violation du droit international».

Le Front Al-Nosra a mis en place des centres de détention dans la ville d'Idleb, au nord de la Syrie, dans lesquels les morts sont répertoriés par le rapport. En février 2015, le groupe terroriste a fait acheminer par ses combattants les corps de détenus civils pendant quelques jours à Maaret Misreen, à une cinquantaine de kilomètres au sud d'Alep. Les victimes auraient succombé aux tortures qu'elles auraient subies.

Les exécutions sommaires du Front Al-Nosra

En avril 2015, le Front Al-Nosra a retenu des civils ainsi que des soldats du gouvernement dans la prison d'Harim à Idleb. Deux détenues de ce camp décrivent la séparation des maris des femmes avec leurs enfants et évoquent des «conditions sordides avec très peu de nourriture». Les anciennes prisonnières rapportent également avoir entendu des hommes crier et se faisant battre par des membres du Front Al-Nosra ainsi que des soldats de l'armée syrienne implorer pour leur vie avant de se faire exécuter.

Dans les gouvernorats de Homs, Idleb et Deraa, le Front Al-Nosra et des groupes armés anti-gouvernementaux locaux se sont alliés pour mettre en place des tribunaux appliquant la Charia. Selon le rapport onusien, «les activités menées par ces cours ne sont pas en accord avec les standards de justice équitable». Le Front Al-Nosra a également perpétré des exécutions de masse et de soldats gouvernementaux capturés.

Etat islamique : meurtre, crime de guerre de torture

Le rapport dénonce aussi l'Etat islamique pour «meurtre, torture et autres formes de mauvais traitements, outrages à l'encontre de la dignité des personnes et exécutions sommaires intervenues dans des centres de détention gérés par ce groupe, en violation du droit international humanitaire».

La Commission d'enquête en Syrie a indiqué que l'Etat islamique, le plus souvent avec l'aide des combattants étrangers, avait créé des centres de détention dans plusieurs des endroits qu'il contrôle, notamment à Raqqah, Dayr Az Zawr et Alep. Les détenus sont sujets à de sérieux abus, comme des actes de torture et des exécutions sommaires. Les difficultés d'accès à l'information dans les zones sous le contrôle de Daesh ont empêché de recueillir des informations auprès d'anciens détenus. Cependant, un homme détenu avec un groupe de civils kurdes qui avait essayé de quitter les territoires sous le contrôle de l'Etat islamique en 2014, a indiqué avoir vu des combattants battre les hommes en leur posant des questions sur les Unités de protection du peuple kurdes (YPG). Il a affirmé avoir vu deux hommes en face de lui, dont l'un a été abattu, tandis que le deuxième a été battu avant de mourir deux jours plus tard.

Des enfants parmi les condamnés à mort

En 2013, Daesh a repris le contrôle de l'hôpital de Qadi Askar, voisin d'Alep. Selon les affirmations d'un ancien détenu, les djihadistes ont enlevé et arrêté des gens qui avaient critiqué l'Etat islamique et qui avaient une vision plus laxiste de l'islam. Ils ont également mis en détention des personnes qui avaient eu des contacts avec des étrangers, parmi lesquels des fixeurs pour des médias internationaux. Selon un rescapé cité par le rapport, l'Etat islamique aurait également commis plusieurs massacres de soldats gouvernementaux. A Raqqah notamment, près de 200 militaires ont été capturés, dépouillés de leurs sous-vêtements et forcé de marcher dans le désert et tué par les tirs des combattants ennemis.

Daesh a aussi mis en place des cours de justice expéditives non autorisées qui ont prononcé des condamnations à mort, notamment d'enfants, explique encore le rapport.

Damas accusé de fermer les yeux sur des «massacres à grande échelle»

Les enquêteurs de l'Organisation des Nations unies ont également accusé Damas d'«extermination» de détenus, emprisonnés dans les prisons et les centres de détention, indiquant que les gardiens torturaient régulièrement les prisonniers. «Beaucoup des détenus ont été malades à cause de leurs conditions de détention», souligne le rapport, précisant que «dans leur traitement des détenus, les forces du gouvernement ont violé les droits à la vie en échouant à prévenir les meurtres, les exécutions sommaires et l'application de la peine de mort sans procès équitable».

«Il est évident que les autorités gouvernementales qui administrent les prisons et centres de détention étaient conscientes que les décès à une échelle massive se produisaient», a indiqué le rapport. Selon les enquêteurs de l'ONU, des officiers de haut rang qui commandaient ces centres de détention et les personnes en charge de la police militaire du pays ont fermé les yeux sur «un grand nombre de décès intervenant dans les centres de détention sous leur contrôle, sans prendre aucune mesure pour prévenir les abus, enquêter sur les allégations ou poursuivre les responsables».

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