Alep : «L'Occident est aujourd'hui aveugle et ne veut voir que ce qu’il a envie de voir en Syrie»

Alep : «L'Occident est aujourd'hui aveugle et ne veut voir que ce qu’il a envie de voir en Syrie»© Abdalrhman Ismail Source: Reuters
Une famille syrienne dans un des bus du convoi d'évacuation d'Alep-Est.

Face au traitement médiatique biaisé des derniers jours de combats à Alep-Est, la femme politique franco-syrienne Randa Kassis appelle toutes les parties à la prudence et à la mesure pour aboutir, enfin, à un processus de paix en Syrie.

RT France : La Défense russe a annoncé que la libération d’Alep était achevée, qu’ils allaient désormais s’occuper de l’évacuation des civils. Est-ce une nouvelle positive à vos yeux ?
Randa Kassis (R. K.) : Oui, ça l’est. Avec Alep reprise et les combattants islamistes en train de quitter la ville, cela permet de tourner une page et de se concentrer sur comment reprendre le processus de paix. J’ai entendu Vladimir Poutine parler d’utiliser, pour y aboutir, une plateforme pour des négociations inter-syriennes. Je salue cette proposition. La plateforme Astana, dont j’étais présidente, existe depuis un an et demi et je trouve que c’était un très bon choix de ville. Le Kazakhstan conserve de très bonnes relations avec la Turquie, la Russie et bien d’autres pays. C’est aussi un pays musulman sunnite mais laïc. Or le communiqué de Vienne stipule que la Syrie pacifiée doit être laïque. Pour toutes ses raisons, je pense que la plateforme Astana pourrait être celle reconnue par tous pour relancer le processus de paix. 

Les politique en Occident ne sont plus des politiques. Ils écoutent tellement les activistes syriens islamistes, qu’ils ne font plus que répéter leurs propos.

RT France : Pendant les derniers jours de combats, il y a eu beaucoup d’informations non-vérifiées et de rumeurs qui ont circulé sur la situation à Alep-Est. Les médias et politiques occidentaux ont jugé avec une extrême sévérité Damas et Moscou en se basant sur ces informations non-confirmées. Comment s’informer sur le drame d’Alep dans ces circonstances ? 
R. K. : Il faut être très prudent sur Alep, car nous n’avons aucune véritable information confirmée. Même l’ONU ne peut vérifier les bilans qu’elle avance. Malheureusement, les politique en Occident, notamment, pour l’Europe, en France et en Allemagne ne sont plus des politiques. Ils écoutent tellement les activistes syriens, qu’ils ne font plus que répéter leurs propos. Or en ce moment, on n’a aucune information pour savoir exactement ce qui a lieu dans les combats à Alep-Est. Il faut aussi comprendre qu’il n’existe pas de guerre propre. La guerre est toujours sale. J’ai confiance en l’Etat russe. Ce n’est pas leur but d’éliminer des civils contrairement à ce que disent les activistes ou les Français. Leur objectif c’est surtout de trouver un consensus à Alep. Ils sont en contact avec pas mal d’opposants pour faire sortir les civils d’Alep. Alors pour le moment, il faut seulement être prudent.

Nous ne pouvons pas dire que Bachar el-Assad est le seul à avoir causé ce désastre en Syrie. Avec lui, il y a l’Arabie Saoudite et le Qatar.

RT France : Pourquoi est-ce si difficile de décrire Alep-Est et le conflit syrien sans tomber dans le manichéisme d’une guerre des «gentils contre les méchants», telle que décrite par beaucoup de médias français ?
R. K. :  Le problème principal c’est justement que ce ce conflit est perçu de façon binaire. Bachar el-Assad a une responsabilité et a causé cette crise mais il n’y a pas que lui. Il y a ces rebelles islamistes, la coalition nationale syrienne, le HCN qui est aussi soutenu par l’Arabie Saoudite… Nous ne pouvons pas dire que Bachar el-Assad est le seul à avoir causé ce désastre en Syrie. Avec lui, il y a l’Arabie Saoudite et le Qatar. Le plus important, aujourd’hui, est de trouver une solution, trouver comment instaurer la paix en Syrie. Il ne faut pas tomber dans ce piège-là. Il ne faut pas écouter ceux qui sont pro-régime ou pro-rebelles. Il faut être rationnel. Quand on est convaincu qu’il existe une sortie, qu’on veut travailler en priorité sur ce processus de paix, il faut absolument être rationnel et ne pas être émotionnel. Car dans ce genre de situation, ne pas verser dans l'émotion peut permettre de sauver la vie de beaucoup de civils. 

Aujourd’hui après Alep, ce qui compte est le processus démocratique de paix

RT France : Toute l’attention médiatique a été portée sur Alep-Est. Peu de voix se sont élevées pour parler des destins tout aussi tragiques des civils de Palmyre, de Raqqa ou de Mossoul en Irak ou du Yémen… Pensez-vous que, maintenant que la bataille d’Alep se termine, cela devrait changer ?
R. K. :  Malheureusement l’Occident est aujourd'hui aveugle et ne veut voir que ce qu’il a envie de voir. Il faut parler de Palmyre car il faut la libérer des islamistes de Daesh. Pour moi c’est même une priorité, car Palmyre est le symbole de l’identité syrienne. Une identité nationale et pas religieuse ou politique. Mais est-ce que l’Occident en parlera ou voudra sa libération, je n’en suis pas sûre. Car, jusqu’à présent, il n’a rien fait pour Palmyre si ce n’est répéter les discours de propagande de certains activistes islamistes qui sont soutenus par des pays pas du tout démocratiques comme le Qatar ou l’Arabie saoudite. Je me répète mais, aujourd’hui, après Alep, ce qui compte c’est le processus démocratique. La Turquie semble vouloir [y participer] avec la Russie. C’est très bien car la Russie ne pourra pas le faire seule. Il lui faut des partenaires.

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