François Asselineau : François Fillon «est désormais tout-à-fait le serviteur de l’oligarchie»

François Asselineau :  François Fillon «est désormais tout-à-fait le serviteur de l’oligarchie»© Gonzalo Fuentes Source: Reuters
François Fillon

L'opposition que les rivaux de François Fillon suscitaient chez l'électorat a contribué a la victoire de François Fillon. Néanmoins son programme pose question, considère le candidat à l'élection présidentielle François Asselineau.

RT France : François Fillon a remporté la primaire de la droite et du centre. De votre point de vue, y a-t-il des forces politiques maintenant auxquelles votre parti pourrait s’allier pour faire face à ces Républicains avec un candidat à la présidentielle élu ?

François Asselineau (F. A.) : Nous n’avons aucun rapport ni avec François Fillon, ni avec les Républicains. J’ai créé un mouvement politique qui se situe au-dessus du clivage droite-gauche et qui part du principe que le problème numéro 1 de la France, c’est que c’est un pays qui n’est plus souverain et indépendant. Ce que nous voulons – c’est sortir de l’Union européenne, de l’euro et de l’OTAN. François Fillon ne veut faire sortir la France ni de l’Union européenne, ni de l’euro, ni de l’OTAN, donc cela n’a aucun rapport, nous n’avons aucun lien avec lui. L’élection de François Fillon est un copier/coller des primaires américaines. Ce n’est pas de tradition française, c’est quelque chose d’importation américaine.

Il y a eu quatre millions de votants. Ce n’est pas mal, mais cela ne représente que quelque 9-10% de l’électorat français. Ensuite les gens qui sont allés voter ne sont pas représentatifs de l’ensemble de la population française. D’après les études faites pour le premier tour, il y a eu une surreprésentation des personnes âgées, d’hommes âgés de retraités aisés. Il y a eu également une surreprésentation – parce qu’il y avait des mots d’ordre qui ont été lancés – de mouvements de droite, catholiques en particulier, sur les questions concernant les mœurs, par exemple le mariage pour tous. Des mots d’ordre ont circulé avec notamment la Manif pour tous et une structure qui s’appelle Sens Commun – eux ont appelé à voter pour François Fillon.

RT France : Est-ce la raison pour laquelle le «candidat des médias» Alain Juppé a été battu ?

F. A. : Je ne sais pas si c’est la raison, mais je pense que c’est une des raisons – Alain Juppé et Nicolas Sarkozy suscitaient une forte opposition dans une grande partie de l’électorat. Enormément de Français, ne voulaient pas voir Nicolas Sarkozy, qu’ils considéraient comme quelqu’un de corrompu, dans la main des Américains, etc. Il y avait énormément de gens qui n’aimaient pas non plus Alain Juppé, qui se rappelaient que lorsqu’il était Premier ministre il y avait deux millions de personnes dans les rues.

Les deux autres candidats suscitaient donc une forte opposition alors que François Fillon suscitait plutôt l’indifférence. Du coup ça l’a servi. C’est vrai aussi que François Fillon a joué le jeu de se placer à droite de son électorat, de mordre un peu sur l’électorat du Front national et d’appeler à des valeurs traditionnelles.

En réalité le programme de François Fillon n’est pas son programme

Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ont fait l’erreur de se positionner comme s’ils étaient déjà au second tour des élections présidentielles. Leurs alliés disaient : plutôt regardez du côté du centre. De ce point de vue là je pense que François Fillon a été plus habile.

RT France : Vu sa position, quelles seront ses chances lors des élections présidentielles ?

F. A. :  Il faut toujours avoir un regard sur l’histoire. En novembre 1980, en France tout le monde était convaincu que Valérie Giscard D’Estaing allait être réélu président. Les sondages lui donnaient 57-58% des suffrages pour mai 1981. Tout le monde était convaincu que François Mitterrand n’existait plus politiquement et que le candidat de la gauche serait Michel Rocard qui avait fait acte de candidature. Et finalement c’est Mitterrand qui à la surprise générale est revenu dans la course et c’est lui qui a été élu.

En novembre 1994, tout le monde était convaincu que Jacques Chirac était fini politiquement et que c’est Edouard Balladur qui allait être élu en mai 1995. Balladur a été éliminé dès le premier tour et Chirac a été élu.

L’expérience historique montre qu’il y a beaucoup de choses qui vont se passer et rien n’est acquis. D’après un sondage, il y a 75% des Français qui rejettent le programme de François Fillon. Je pense qu’il faut que François Fillon torde progressivement son programme pour attirer des électeurs du centre et des jeunes. Quand il annonce qu’il va supprimer 500 000 postes de fonctionnaires, cela fait 500 000 électeurs qui se dressent contre lui, voire 1,5-2 millions s’ils sont mariés, ont de la famille. D’ailleurs, l’idée de supprimer 500 000 fonctionnaires c’est quasiment impossible.

L’ingrédient qui a fait que François Fillon a remporté la primaire c’est qu’il est apparu comme le moins malhonnête, le plus sincère et le plus vrai

En réalité le programme de François Fillon n’est pas son programme, c’est un programme fixé par la Commission européenne dans le cadre de ce qu’on appelle les grandes orientations de politique économique – le rapport prévu par l’article 121 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne qui impose aux Etats de l’Union de pratiquer une convergence politique et économique et cette convergence dépend de ces rapports qui sont fixés par la Commission européenne. Un tel programme a été fixé pour les années 2016 et 2017, qui ne tient absolument pas compte des élections présidentielles, ni des élections législatives, et qui va s’appliquer à la France quel que soit le résultat. On voit donc à quel point nous sommes en dictature. Que les Français votent à droite ou à gauche ils auront la même politique.

RT France : Existe-t-il un autre candidat antisystème qui peut s’emparer de la victoire aux présidentielles ?

F. A. : Des candidats antisystème il y en a pas cinquante, il y en a qu’un – c’est moi. Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Luc Mélenchon qui prétendent être des candidats antisystème n’expliquent jamais aux Français qu’il existe ce rapport des Grandes Orientations des Politiques Economiques qui découle de l’article 121. Ils proposent tous de renégocier les traités européens, et moi j’explique aux Français qu’on ne peut les renégocier. C’est impossible puisqu’il faut l’unanimité des 28 pays membres et il y aura toujours des Etats qui refuseront la moindre modification.

Un candidat antisystème peut-il être élu ? Je crois que tout est ouvert. On ne sait pas qui va être candidat à gauche. Quant à François Fillon, pour une partie de l’électorat il est un peu souverainiste, mais désormais il est tout-à-fait le serviteur de l’oligarchie. D’ailleurs on lit dans la presse que parmi ses plus proches conseillers il y a Henri de Castries, ancien président du groupe AXA et ancien président du groupe de Bildelberg.

Je pense qu’au cours des semaines à venir on peut s’attendre à une orchestration des médias qui expliquent que c’est François Fillon qui va gagner.

RT France : Mais alors grâce à quoi François Fillon a-t-il réussi à remporter la primaire ?

Je pense que l’ingrédient qui a fait que François Fillon a remporté la primaire c’est qu’il est apparu comme le moins malhonnête, le plus sincère et le plus vrai par rapport à Nicolas Sarkozy qui est considéré comme un menteur, un escroc et même par rapport à Alain Juppé qui a un casier judiciaire très chargé.

Je pense qu’on n’pas fini de voir la suite des événements qui vont se passer dans les mois qui viennent. François Fillon n’est pas une bonne nouvelle pour le Front national, ni pour Nicolas Dupont-Aignan, car son électorat est le même que celui de François Fillon.

On va voir aussi ce que va faire François Bayrou, qui avait dit qu’il ne se présenterait pas contre Alain Juppé mais qu’il se présenterait contre Nicolas Sarkozy. Et comme c’est un troisième personnage qui sort du chapeau, on ne sait pas ce que va faire François Bayrou.

Ca ne fait pas l’affaire d’Emmanuel Macron qui s’est positionné au centre…

Donc la situation est très évolutive et je pense qu’on va avoir des surprises.

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