Bombardement de l'hôpital de Médecins sans frontières à Kunduz : une tragédie sans issue ?

Les photos des victimes du bombardement de l'hôpital de Kunduz.© Josh Smith Source: Reuters
Les photos des victimes du bombardement de l'hôpital de Kunduz.

Il y a un an, un hôpital de MSF a subi une attaque aérienne américaine. Qu'a-t-on fait depuis pour éviter que ce genre de catastrophe ne se reproduise ? D'après le directeur du bureau bruxellois de MSF Michael Hoffman, quasiment rien.

RT : L’attaque de l’hôpital de Médecins sans frontières à Kunduz a eu lieu il y a un an. Revenons là-dessus : que s’est-il passé ?

Michael Hoffman (M. H.) : C’était une attaque très brutale : 42 personnes sont mortes. Nos patients et les membres du personnel ont dû faire face à une attaque qui a duré 30-40 minutes et a pratiquement détruit le bâtiment de l’hôpital. Le bâtiment principal a été complétement réduit en cendres.

Depuis le jour de l’attaque, nous essayons d’avoir une réponse des parties au conflit – le gouvernement afghan et les forces internationales menées par les Etats-Unis – pourquoi cet hôpital a-t-il été attaqué ? Pourquoi a-t-il perdu son statut de site protégé ? Puisque nous avons des accords effectifs avec les parties au conflit, l’opposition, les Talibans, le gouvernement afghan et les Etats-Unis. Ils savaient que cet hôpital était là et ils n'y étaient pas opposés.

RT : Selon l’enquête il s’agissait d’une erreur. Qui doit en porter la responsabilité ?

M. H. : Malheureusement – et c’est la raison pour laquelle nous avons demandé une enquête indépendante – pour nous, ce n’est encore pas clair. Tout comme n’importe qui, nous avons eu accès à un rapport fortement retouché – de 800 à 900 pages sur les quelque 3 000 qu’il devrait y avoir étaient accessibles au grand public. Et il reste encore nombre de questions sans réponses…

En tant que Médecins sans frontières, nous ne cherchons pas la justice, mais nous cherchons à savoir quelles sont les règles

RT : Quelles sont les principales questions qui restent sans réponse ?

M. H. : Dans ce rapport il n’y a rien qui parlerait du rôle des forces armées afghanes. Elles menaient des opérations dans la ville de Kunduz et ont demandé du soutien aérien américain. Cependant, le rapport ne dit pas clairement pourquoi ils ont demandé de mener cette attaque et quel rôle ils ont joué dans celle-ci. Deuxième chose qu’on ne comprend pas en lisant ce rapport : comment ce bâtiment a-t-il perdu son statut de site protégé, alors qu’il est clairement écrit dans le rapport que c’était un bâtiment de Médecins sans frontières. Pourquoi a-t-on décidé que c’était une cible légitime ? Nous ne l’apprenons toujours pas dans ce rapport.

RT : Vous demandez une enquête indépendante. Qui pourrait la mener ? Quels organismes seront-ils impliqués et quels organismes voudriez-vous solliciter ?

M. H. : Dès le début nous avons déclaré que, pour nous, l’organisme international le plus à même d'enquêter sur cette situation de violation du droit humanitaire international, était la commission d’enquête IHFFC – la International Humanitarian Fact-Finding Commission, basée en Suisse, car cet organisme international a été fondé justement pour cela.

RT : Et pourquoi cela n'a-t-il pas été le cas ?

M. H. : Nous l’ignorons. La IHFFC a fait parvenir une demande aux Etats impliqués, aux gouvernements d’Afghanistan et des Etats-Unis et, à ce que l’on sait, elle n’a pas reçu de réponse. Nous supposons donc que c’est un «non»…

Nous ne pouvons pas envoyer des médecins comme des martyrs

RT : Si cette enquête est effectuée et qu'on découvre les coupables de ce crime de guerre, de cette violation du droit international, d’après vous, quelle devrait être la punition ?

M. H. : En tant que Médecins sans frontières, nous ne cherchons pas la justice, mais nous cherchons à savoir quelles sont les règles. Nous travaillions dans l’hypothèse que le droit humanitaire international, qui donne un statut protégé de manière très explicite à l’infrastructure médicale, y compris celle où il y a de la chirurgie de guerre, donc où des militaires sont traités aux côtés des civils, protégeait nos hôpitaux. Et maintenant nous ne savons pas s’ils le sont…

RT : A la lumière de ces attaques, avez-vous été forcés de changer votre façon de fonctionner ?

M. H. : En Afghanistan nous avons été incapables de rouvrir l’hôpital traumatologique à Kunduz, même si un an après [l’attaque] il est assez évident qu’un tel hôpital est nécessaire, au regard des combats qui se poursuivent de manière très intense dans cette province. Mais, en ce moment, pourquoi le statut protégé de l’hôpital a été violé n'est toujours pas clair et nous ne pouvons pas envoyer des médecins comme des martyrs.

RT : Pensez-vous qu’il y ait autres choses à faire pour éviter que ce genre d’attaque ne se reproduise ?

M. H. : Je suis assez désespéré en ce moment. L’une des raisons des discussions au Conseil de sécurité de l’ONU de la semaine dernière était le fait que malgré les résolutions passées par le Conseil pour réaffirmer le statut protégé des infrastructures médicales, depuis l’attaque de Kunduz, on a vu plusieurs attaques contre des hôpitaux au Yémen. Le gouvernement d’Arabie saoudite et la coalition ont assumé la responsabilité pour certaines de ces situations. Et ce week-end encore, des hôpitaux soutenus par notre organisations ont été attaqués à Alep [en Syrie].

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