Afghanistan : «En commettant les mêmes erreurs, les Etats-Unis ne font que prolonger cette guerre»

© Omar Sobhani Source: Reuters

Le rôle des Etats-Unis dans la déstabilisation de l’Afghanistan, l’éventuelle alliance entre Daesh et le Taliban : Matthew Hoh, ancien agent du service extérieur américain, revient sur ces sujets délicats de la politique étrangère américaine.

RT : Vous avez démissionné en 2009 en signe de protestation contre la guerre en Afghanistan, qu’est-ce qui vous a poussé à le faire ?

Matthew Hoh (M. H.) : Je n’arrivais plus à croire que les buts de la politique américaine pouvaient être atteints et que cela valait la peine d’agir ainsi. A mon avis, au lieu d’affaiblir les groupes terroristes internationaux comme Al-Qaïda, la présence américaine en Afghanistan ne faisait qu’augmenter l’incertitude. Sept ans plus tard, la guerre en Afghanistan continue, Al-Qaïda est toujours présente dans un grand nombre de pays, et nous sommes face à une nouvelle menace, un nouvel ennemi – l’Etat islamique.

Ce qui a été le plus difficile pour moi, c’est cette surdité et cécité des Etats-Unis qui a permis à nos dirigeants à d’envoyer encore plus de troupes, de mener à l’escalade de la guerre

RT : Qu’est-ce qui a été le plus difficile pour vous lorsque vous occupiez votre poste ?

M. H. : Ce qui a été le plus difficile à constater, c’est la surdité des dirigeants américains qui aspiraient à remporter une victoire en Afghanistan, leur cécité face à la corruption du gouvernement afghan, envers le fait que l’Afghanistan était dans une guerre civile depuis les années 1970, qui a commencé avant l’invasion soviétique et envers le fait que nous ne soutenions qu’une seule partie dans cette guerre civile… En agissant ainsi, nous avons contribué au prolongement du conflit et à son escalade. Ce qui a été le plus difficile pour moi, c’est cette surdité et cécité des Etats-Unis qui a permis à nos dirigeants à d’envoyer encore plus de troupes, de mener à l’escalade de la guerre. Aujourd’hui, après tant d’années, un nombre record des personnes civiles ont été tuées en Afghanistan, Daesh y opère, le gouvernement est dispersé, la production d’opium atteint un niveau record, etc. Le prix, ce sont des milliers de vies américaines et afghanes, des centaines des milliards de dollars, et c’est sans fin, au regard de cette violence et du chaos. 

On ne voit pas le bout du tunnel pour les millions de gens qui vivent dans ces pays

RT : Comment pourriez-vous qualifier la politique américaine en Afghanistan ?

M. H. : Il faut comprendre que tout a commencé après le 11 septembre 2001. Le président Georges W. Bush était sous une pression politique énorme, on le poussait à faire quelque chose. Quinze ans plus tard, avec tout ce que nous savons maintenant, il est facile de dire : «Nous n’aurions pas dû aller en Afghanistan.» La vraie question c’est : quel était notre rôle en Afghanistan avant les attentats de 2001 ? Notre soutien à la guerre civile et l’absence de soutien aux efforts de la pacification avant les évènements du 11 septembre, l’assistance qu’on accordait aux groupes comme Al-Qaïda dans les années 1980 et au début des années 1990, avant que ce groupe ne se retourne contre nous. En évoquant les évènements du 11 septembre, il est important de se rappeler que l’histoire n’a pas commencé ce jour-là, de se concentrer plutôt sur ce qui a précédé, sur les raisons. Ces conditions existent toujours, et de fait, la large présence militaire des Etats-Unis au Moyen-Orient ne sert qu’à renforcer la crédibilité de nombreux groupes djihadistes comme Al-Qaïda, le Front Al-Nosra, Daesh, ou les talibans auprès des musulmans qu’ils recrutent pour lutter contre les «infidèles». En voyant la situation de façon plus large, en comprenant l’histoire, et en commettant les mêmes erreurs un peu partout au Moyen-Orient, on ne fait que prolonger cette guerre. On ne voit pas le bout du tunnel pour les millions de gens qui vivent dans ces pays.

RT : D’après certains rapports les talibans pourraient former une alliance avec Daesh. Qu’est-ce qui peut motiver une telle alliance ?

M. H. : Il faut prendre ces rapports avec une certaine précaution. Le gouvernement afghan a peut-être peur que les militaires américains quittent tous l’Afghanistan et indique : «Si vous partez, c’est Daesh qui s’installera». La présence du Daesh en Afghanistan se fait certainement sentir, on a évoqué plusieurs fois des combats entre les talibans afghans et Daesh. Maintenant on dit qu’ils se sont réconciliés et coopèrent. C’est troublant, mais on pouvait s’attendre à ce que les talibans afghans et Daesh, sans être des alliés naturels, s’attachent au principe «l’ennemi de mon ennemi est mon ami». Ils peuvent décider de coopérer pour lutter contre les forces occidentales et le gouvernement afghan. 

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