Le problème permanent des Etats-Unis : ils ne peuvent pas contrôler leurs armes au Moyen-Orient

© Tomas Bravo Source: Reuters

Le fait que les armes américaines se retrouvent entre les mains des terroristes ainsi que les événements actuels au Moyen-Orient rappellent l'époque des moudjahidines afghans, a déclaré l'avocat international et ancien officier de la CIA Jack Rice.

Les responsables américains et jordaniens ont témoigné au New York Times et à Al Jazeera que les armes envoyées vers la Jordanie par la CIA et l'Arabie saoudite pour les rebelles syriens ont été à plusieurs reprises volées et vendues sur le marché noir. Selon un récent rapport, les livraisons effectuées par la CIA et l'Arabie saoudite dans le cadre du «programme d'armement et de formation», comprenaient des fusils automatiques, des mortiers et des grenades propulsées par fusée (RPG).

RT : Il a été rapporté à plusieurs reprises que les armes américaines se retrouvaient entre les mains de terroristes. A quel point cette dernière affirmation est-elle sérieuse ?

Jack Rice (J. R.) : Cela ne me choque pas du tout. Je peux remonter des décennies, quand je pense à d’autres opérations et franchement, ce à quoi cela me fait penser, ce sont les moudjahidines. Vous pouvez regarder ce qui se passait avec la CIA et le Moyen-Orient, et plus particulièrement avec l'Afghanistan et cette incapacité de contrôler les armes une fois qu'elles sont remises à quelqu'un d'autre – cela a toujours été un problème pour les Etats-Unis. Ils continuent de le faire. Bien qu'ils sachent qu'ils ne peuvent pas les contrôler, il semble qu'ils le font quand même.

Aux Etats-Unis, on désire que quelqu'un combatte Daesh, mais il ne faudrait pas que ce soient des Américains

RT : Est-ce surprenant que les Etats-Unis ont toujours armé des groupes rebelles, malgré les énormes risques ?

J.R. : Cela ne me choque pas tant que ça. Ce que je découvre encore et encore, c'est qu'aux Etats-Unis, on désire que quelqu'un combatte Daesh ; que quelqu'un combatte le régime de Damas, mais il ne faudrait pas que ce soient des Américains. Ainsi, la meilleure façon de le faire est de remettre des armes à quelqu'un d'autre et de dire : «C'est votre problème. C'est votre combat. Vous réglez ça ou nous allons larguer des bombes depuis le ciel, mais nous ne voulons pas poser nos bottes sur le terrain, nous préférons donner des AK-47, des mortiers et des RPG». C'est une chose beaucoup plus facile à faire. Et si certaines de [ces armes] se retrouvent finalement quelque part ailleurs : «Bon, d'accord».

C'est une main de fer dans un gant de velours entre la CIA, le Département d'Etat et le Pentagone

RT : Que pensez-vous du refus du Département d'Etat de commenter ces récentes allégations ?

J. R. : Cela ne me choque pas non plus. Cela ne me choque pas que la CIA n'a pas répondu – évidemment, parce que ce sont des opérations secrètes. Mais ce qu'il y a, c'est que ça suppose que le Département d'Etat va vous dire honnêtement que ce qu'il se passe en ce moment est une façon de [mener] leur politique étrangère.

Je pense que nous devons prendre en considération ce qui se passe précisément à Washington en ce moment. C'est une main de fer dans un gant de velours entre la CIA, le Département d'Etat et le Pentagone — tous les trois travaillant très étroitement sur ces opérations. Donc cela ne me surprend pas du tout que personne ne veuille en parler, surtout quand les choses tournent mal. Quand ça ne va pas, qui, pensez-vous, va se lever et dire : «Oui, c'est moi, c'est moi qui ai tout gâché !» Non, personne ne va rien dire.

Ces armes étaient censées aller en Syrie et dans le Nord de l’Irak. Cela ne signifie pas que c'est là qu'elles se retrouveront à la fin

RT : Que cela implique-t-il en matière de sécurité pour la Jordanie ? Le pays a récemment été frappé par une attaque terroriste près de la frontière syrienne, responsable de la mort de sept soldats jordaniens.

J. R.: C'est un vaste sujet. Et là il y a un vrai problème : il y a des implications de sécurité et si on repense encore à l'Afghanistan – c'est le même problème. Chaque fois que vous commencez à fournir des armes à quelqu'un qui est votre ami – c'est une définition qui est très claire et, je dois le dire, pas claire [à la fois] – le problème c'est qu'il est très difficile de déterminer qui sont vos amis et qui sont vos ennemis. Et parfois, ce sont les deux.

Pour la Jordanie en ce moment, ces choses peuvent se retrouver dans toutes sortes d'endroits. Ce n'est pas comme s'ils pouvaient voir toute une série d'AK, des mortiers et des RPG passer à travers la Jordanie – ça va revenir aux Jordaniens eux-mêmes. C'est ce qui est inquiétant. Rappelez-vous: elles [ces armes] étaient censées aller en Syrie et dans le Nord de l’Irak. Cela ne signifie pas que c'est là qu'elles se retrouveront à la fin. Elles peuvent aboutir en Europe occidentale ; elles peuvent arriver en Europe orientale ; elles peuvent se retrouver dans les républiques du Sud ; elles peuvent se retrouver à Moscou. On ne peut pas vraiment le dire, car une fois que les armes sont remises à un tiers, elles peuvent aboutir un peu partout.

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