Résolution du Sénat sur les sanctions contre la Russie : «Nous avons eu des pressions terribles»

Le sénateur Simon Sutour© JACQUES DEMARTHON Source: AFP
Le sénateur Simon Sutour

Le sénateur Simon Sutour, co-auteur de la résolution votée au Sénat, fait part à RT France de la pression à laquelle il a dû faire face lors de la rédaction d'une résolution apparemment pas si inoffensive pour certains.

RT France : Pourquoi avez-vous décidé, avec le sénateur Yves Pozzo di Borgo, de procéder à l’élaboration de cette résolution ?

Simon Sutour (S. S.) : Nous sommes chargés, avec Yves Pozzo di Borgo, avec la Commission des Affaires européennes dont nous sommes membres, de travailler sur les relations entre l’Union européenne et la Russie. Comme il y a un Conseil européen qui se tient les 28 et 29 juin prochains et où va être abordée la question des sanctions, nous avons pensé que ce serait bien que le Sénat prenne position pour donner au gouvernement français notre position en la matière.

Les sénateurs souhaitent que la France, et au-delà l’Union européenne, renoue avec la Russie des relations plus confiantes

RT France : Vous êtes du Parti socialiste. La majorité des députés du Parti socialiste ont voté contre la résolution de Thierry Mariani à l’Assemblée nationale, qui est similaire à votre résolution.

S. S. : Elle n’est pas similaire. Ce n’est pas du tout la même résolution. La résolution de l’Assemblée nationale c’est une résolution qui ne passe pas en commission, [...] et il n’y a eu qu’une centaine de députés qui ont voté sur 577. Alors que nous, c’est une résolution qui vient de la commission des Affaires européennes dont nous sommes membres et qui a été votée très largement puisque nous avons 302 voix sur 348 sénateurs.

RT France : Comment expliquez-vous le soutien de cette résolution de la plupart des sénateurs ?

S. S. : Je crois que les sénateurs souhaitent que la France, et au-delà l’Union européenne, renoue avec la Russie des relations plus confiantes dans le cadre notamment d’un dialogue stratégique et qu’on sorte d’une sorte de glaciation que certains pays européens, qui ne sont ni la France ni l’Allemagne, je pense aux Pays Baltes et à la Pologne, soutiennent. En tout cas c’est mon sentiment.

Nous avons travaillé à cette résolution en liaison avec le ministère des Affaires étrangères français

RT France : Les autorités françaises ont déjà «pris note» du vote de l’Assemblée nationale, mais pensez-vous qu’il y aura une suite à votre vote ?

S. S. : Ce vote est très important, parce qu’avec l’Assemblée nationale qui a pris position d’une autre manière, nous sommes le seul parlement européen, à ma connaissance, des 28 pays, qui se soit prononcé sur le sujet. Nous sommes les représentants de la population. Nous avons travaillé à cette résolution en liaison avec le ministère des Affaires étrangères français. Le ministre qui participait à la séance au Sénat, Harlem Désir, qui représentait le gouvernement, n’a pas émis d’avis défavorable à notre proposition. Il a rappelé la position du gouvernement. Moi-même qui suis un des deux rédacteurs du texte, j’ai travaillé avec le ministère des Affaires étrangères. Notre texte n’est pas celui du ministère des Affaires étrangères, c’est celui du Sénat, mais nous avons travaillé en liaison.

Le ministre des Affaires étrangères de l’Ukraine est venu spécialement à Paris, au Sénat. Croyez-moi qu’il ne la trouve pas timide la résolution

RT France : Certains disent que cette résolution est timide. Comment répondriez-vous à cette critique ?

S. S. : Nous voulions une résolution qui ait de la force parce qu’elle serait votée par un très grand nombre de sénateurs. Mais cette résolution, certains la considèrent trop timide, certains pensent qu’elle va trop loin. Je vous rappelle deux des points essentiels. Le premier est de demander au gouvernement de travailler à la levée des sanctions personnelles qui touchent les parlementaires russes, ce n’est pas rien. Et l’autre c’est la levée progressive des sanctions économiques, au fur et à mesure de l’application des accords de Minsk. L’idée, au départ, c’est qu'on réalise tous les accords de Minsk et qu'on lève toutes les sanctions. Nous, ce que nous proposons c’est qu’on avance petit à petit et qu’au fur et à mesure on progresse dans l’application des accords de Minsk. Croyez-moi, j’ai travaillé à la rédaction de ce texte, nous avons eu des pressions terribles. Le ministre des Affaires étrangères de l’Ukraine, Pavlo Klimkine, est venu spécialement à Paris, au Sénat, rencontrer le groupe d’amitié avec l’Ukraine, mon président de groupe. Croyez-moi qu’il ne la trouve pas timide la résolution.  

Nous voulions une résolution qui ait de la force parce qu’elle serait votée par un très grand nombre de sénateurs

RT France : Fin juin la décision sera prise au Conseil européen de continuer ou d’arrêter ces sanctions. Pensez-vous que l’Europe prendra en considération l’avis du parlement français ?

S. S. : Je le souhaite. Mais très honnêtement je n’en suis pas sûr. Je pense que c’est un premier pas. Il y a cette réunion entre les chefs d’Etats les 28 et 29 juin mais il y a en début de semaine prochaine à La Haye, les 12, 13 et 14 juin une réunion parlementaire des Commissions des Affaires européennes des 28 pays de l’UE. Ce sont des réunions que nous avons deux fois par an dans le pays qui préside l’UE. Donc là ce sont les Pays-Bas. Le Sénat a trois représentants : Yves Pozzo di Borgo, moi-même et Jean Bizet, qui est le président de la Commission des Affaires européennes et membre du Parti des Républicains. Je pense que nous allons nous exprimer lors de cette réunion et donner notre point de vue puisque c'est la position du Sénat, très large, puisque nous avons une majorité dans presque tous les groupes politiques, sauf les Ecologistes, où il y a eu beaucoup d’abstention. Dans mon groupe il n’y en a que trois sur 170 qui ne l’ont pas voté, un a voté contre - c’est Monsieur Lecomte, sénateur des Français de l’étranger - et deux se sont abstenus.

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