Pourquoi les Etats-Unis ne disent rien des crimes de la Turquie contre les Kurdes

2 Mars 2016 : Une femme devant un bâtiment endommagé lors des affrontements entre les forces de sécurité turques et militants kurdes, dans la ville de Cizre, en Turquie.© Sertac Kayar Source: Reuters
2 Mars 2016 : Une femme devant un bâtiment endommagé lors des affrontements entre les forces de sécurité turques et militants kurdes, dans la ville de Cizre, en Turquie.

Comme Washington utilise la base turque d’Incirlik et que l’UE charge Ankara de stopper le flux de réfugiés vers l’Europe, l’Occident ne critique pas la Turquie, estime Kani Xulam, fondateur du réseau américain d’Informations sur la population kurde.

La Turquie a utilisé des armes lourdes lors de ses combats dans les villes peuplées par des Kurdes. De plus, Ankara violerait souvent la souveraineté de ses voisins. Mais les autorités turques affirment que les terroristes sont leur seule cible. Cependant, des milliers de civils ont été blessés, y compris des habitants de la ville syrienne de Qamishli et de la ville turque de Nusaybin.

Le président turc Recep Tyyip Erdogan a déclaré que les frontières ne représentaient pas un obstacle pour son pays lorsqu’il s’agit de combattre le terrorisme. RT a lancé une pétition pour ouvrir une enquête sur des meurtres de Kurdes en masse en Turquie.

RT : Peut-on espérer que la communauté internationale soulève enfin le problème des crimes commis par la Turquie ?

Kani Xulam (K.X.) : Il y a encore des pays et il y a encore une chose qui s’appelle la souveraineté, et il y a encore une chose qui s’appelle l’ONU. La Turquie s’en est sortie même si elle a perpétré des assassinats à l’intérieur de ses frontières et même en les franchissant et en faisant la même chose à Qamichli. Cela va à l’encontre du droit international et à l’encontre du mode de fonctionnement des nations au XXIe siècle.

S’il n’y avait pas de base aérienne en Turquie, l’Occident ne se sentirait pas redevable envers la Turquie

RT : Pourquoi la Turquie s’en sort alors qu’elle viole le droit international ?

K. X. : Malheureusement, elle s’en est sortie parce qu’elle a eu de bonnes relations avec l’Occident, en particulier à travers l’OTAN. Avec le Printemps arabe, le besoin s’est fait ressentir en Occident d’utiliser la base aérienne sur le sol turc et la Turquie a posé ses conditions. Et le prix qu’elle exige, c’est le silence des médias occidentaux pour la laisser faire ce qu’elle veut. Sur le territoire turc, c’est une chose, mais en dehors de son territoire, cela crée un précédent dangereux. Espérons que, tôt ou tard, les nations du monde et l’ONU vont s’attaquer à ce problème.

RT : Quelles sont les principales raisons du silence de l’Europe ?

K. X. : Cela doit être mis en relation avec la base aérienne d’Incirlik. S’il n’y avait pas de base aérienne en Turquie, l’Occident ne se sentirait pas redevable envers la Turquie. En plus de cela, il y a une crise des réfugiés. L’Europe ne les veut pas et la Turquie a été chargée de les stopper. Les deux s’additionnent et au final, les Kurdes ne reçoivent pas l’attention qu’ils devraient recevoir, dont ils ont besoin. Et vous avez une sale guerre que le gouvernement turc est en train de mener aux Kurdes sur son territoire mais aussi au-delà de ses frontières lorsqu’il le peut.

La Turquie doit octroyer des droits aux Kurdes ou cette guerre va dégénérer et devenir comme en Syrie

RT : Le président turc a déclaré que les frontières ne représentaient pas un obstacle pour son pays quand il s’agit de combattre le terrorisme. Bien qu’Ankara affirme ne cibler que les terroristes, des civils sont souvent victimes des offensives turques.

K. X. : C’est vrai. Les civils sont souvent les premières victimes car ils sont sans défense et ils attendent du gouvernement qu’il les protège, qu’il maintienne un semblant d’ordre. Le gouvernement syrien n’est pas présent à Qamichli et les Kurdes n’ont pas l’équipement nécessaire pour répondre aux Turcs. Par conséquent, les Turcs ont le dessus et leurs attaques ont fait au moins 10 à 15 victimes du côté kurde mais aussi parmi les soldats et les officiers de police turcs. Cette guerre fait des dégâts des deux côtés et cela ne peut pas continuer comme ça. La Turquie doit octroyer des droits aux Kurdes ou cette guerre va dégénérer et devenir comme en Syrie.

Il y a beaucoup d’éléments au sein du gouvernement turc, qui n’ont rien contre le fait de bombarder les Kurdes

RT : Que pouvez-vous nous dire au sujet des attaques menées par les forces turques dans la ville de Nusaybin, dont la plupart des habitants sont Kurdes ?

K. X. : Nusaybin a été attaquée, tout comme Cizre... Les soldats turcs paient un lourd tribut aussi. D’après le président turc, pour chaque soldat ou policier turc tué, il y a 10 combattants ou civils kurdes qui sont tués. Mais les Kurdes donnent d’habitude un chiffre plus élevé.

RT : Vous avez dit que les soldats turcs mouraient sur le terrain aussi. Compte tenu de cela, pourquoi le gouvernement turc continue à mener des actions militaires au lieu d'essayer de résoudre le problème pacifiquement ? Et Qu’est-ce qui pourrait être fait là-bas, à votre avis ?

K. X. : Il y a beaucoup d’éléments au sein du gouvernement turc, qui n’ont rien contre le fait de bombarder les Kurdes alors que certains Turcs soulignent l’importance du respect du droit international, de la souveraineté des nations et du principe d’intangibilité des frontières, le président turc lui-même, hier [le 20 avril] à Istanbul, a accusé l’YPG [organisation des milices kurdes] d'être une organisation terroriste et a ensuite accusé la Russie de l'aider.

S'il veut résoudre ce problème, les injures sont inutiles. Il est nécessaire de revenir à la raison. Il y a une réalité sur le terrain : on parle de 40 millions de Kurdes: 20 [millions] en Turquie ; 2,5 millions en Syrie, cinq [millions] en Irak et environ 10 millions en Iran. Cette guerre va se poursuivre tant que cette question ne sera pas réglée. On ne voit absolument aucune issue [à cette situation] vu l’état d’esprit dans lequel le gouvernement de la Turquie agit là-bas.

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