Des vies brisées, des maisons détruites : retour sur l’opération d’Ankara contre les Kurdes

Ruines de Cizre© Sertac Kayar Source: Reuters
Ruines de Cizre

Des gens brûlés vifs dans des sous-sols, des chars dans les rues et des couvre-feux incessants, les Kurdes du sud-est de la Turquie vivent un cauchemar depuis le mois d’août 2015 et le début de la répression des militants du PKK par Ankara.

La carte ci-dessus a été faite en compilant les informations fournies par la Fondation pour les droits de l’homme en Turquie (HRFT) en janvier 2016. Elle a documenté les couvre-feux imposés au sud-est de la Turquie entre le 16 août 2015 et le 21 janvier 2016.

Dévastation et désespoir à Diyarbakir

La deuxième ville la plus importante du sud-est de la Turquie dotée d’infrastructures développées, Diyarbakir, devient progressivement la ville des morts et des disparus. La capitale non officielle du Kurdistan turc connaît des bombardements répétés depuis le mois de juillet 2015 et le couvre-feu y a été décrété en décembre.

Le 16 mars, suite à des affrontements entre militants kurdes et forces turques, Ankara a une nouvelle fois imposé un couvre-feu dans différentes parties de la ville. Depuis le début des opérations militaires dans la ville, des «dizaines de milliers» de personnes ont été forcées de fuir leurs maisons, selon le Parti républicain du peuple (CHP).

Il y a quelques semaines, le correspondant de RT William Whiteman est allé à Diyarbakir pour filmer les témoignages de ceux qui pleurent leurs proches décédés à cause de la répression turque ininterrompue.

L’une des zones les plus bombardées de la ville est le district de Sur, entouré par des murs qui datent de l’époque romaine et qui figure sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

William Whiteman s’est entretenu avec les parents de Rozerin Cukur, jeune fille de 17 ans qui a été tuée lors des bombardements militaires turcs de la ville alors qu’elle se promenait dans le district avec ses amis au début du mois de janvier. Comme l’accès à cette zone est interdit à cause des combat, son corps n’a jamais été récupéré. «Nous avons vu les informations de sa mort à la télé et sur Internet», a expliqué son père.

La zone de guerre à Diyarbakir

Des organisations de défense des droits de l’homme, y compris Human Rights Watch (HRW), ont constaté qu’un grand nombre de civils avaient été tués depuis le début des affrontements, en juillet 2015. Parmi les morts et les blessés on dénombre des femmes et des enfants, plusieurs corps ayant été tellement endommagés qu’il était impossible de les reconnaître.

Massacre de Cizre

William Whiteman est également parvenu à recueillir des informations sur le massacre de centaines de civils coincés dans les sous-sol des bâtiments de la ville de Cizre, dans la province de Sirnak. Sur place, il s’est entretenu avec des personnes qui ont survécu à l’offensive militaire et qui lui ont montré les lieux dans lesquels ce massacre a eu lieu.

«Je ne souhaiterais ça à personne. Erdogan a détruit notre monde. Il a tout brûlé», lui a confié une femme qui montrait des taches de sang sur les débris d’un bâtiment. «300, 400 voire peut-être 500 personnes ont été tuées», a-t-elle précisé.

Au cours de l’inspection de la ville, le correspondant de RT a été témoin de la présence d’une forte odeur de corps en décomposition. Cela a conduit à une autre découverte sinistre : un bâtiment dont le sous-sol a servi de fosse commune et dans lequel des témoins rapporte que de 45 à 50 personnes y ont été brûlées vives.

En janvier, une vidéo révoltante montrant les troupes turques ouvrir le feu sur plusieurs civils portant un drapeau blanc, à Cizre, a été diffusée. Une série de courtes vidéos publiées sur les réseaux sociaux montre un cortège de personnes marchant le long d’une rue, poussant un chariot sur lequel était posé avec ce qui ressemblait à deux corps recouverts. Les murs des bâtiments alentours sont parsemés d’impacts de balles. Un char est même visible au loin.

Chars et raids à Silopi

Pour démontrer sa puissance, l’armée turque a décidé d’envoyer des chars dans les zones civiles de différentes villes située dans la province de Sirnak, notamment à Silopi, où les autorités turques ont là aussi imposé un couvre-feu du 14 décembre 2015 au 4 janvier 2016.

Pour tenter d’attirer l’attention des médias et de la communauté internationales sur le sort des Kurdes de Turquie, des images glaçantes ont été diffusées sur les réseaux sociaux. «Des chars turcs dans les rues de Silopi, Kurdistan. Ils attaquent des civils kurdes, mais pas Daesh», a précisé un militant kurde dans un tweet.

Le Parti démocratique des peuples (HDP) a pour sa part publié une série de photos de ce qui est qualifé de raid de l’armée turque. Selon le HDP, à Yenisehir dans le district de Silopi, des soldats «ont fait irruption dans un bâtiment et pointé leurs armes sur les gens».

Un des habitants de la ville a fait savoir à Amnesty International qu’un de ses proches avait été tué chez lui lors de la répression. Sa famille a dû attendre «12 jours avec un corps en décomposition chez elle, avant de pouvoir procéder à ses funérailles», a-t-il déploré.

D’autres habitants rapportent enfin que pendant presque tout le mois de décembre 2015, ils ont vécu sous le couvre-feu sans accès à l’eau ni à l’électricité.

Les habitants chassés hors de Nusaybin

Une autre ville du sud-est de la Turquie, celle de Nusaybin, située dans la province de Mardin à la frontière turco-syrienne a, elle aussi, vécu au rythme du couvre-feux ces derniers mois.

En novembre, plusieurs personnes sont décédées après avoir reçu des éclats d’obus lors du couvre-feu, selon des responsables locaux, alors que d’autres association locales parlent de dizaines de morts et de blessés.

Quand les autorités ont décidés de reconduire le couvre-feu le 13 mars pour une durée indéfinie, les habitants ont eu la peur de leur vie et se sont dépêchés de quitter la ville.

Couvre-feu de durée indéterminée à Yüksekova

Le 13 mars, l’armée turque a institué un couvre-supplémentaire sur sa carte du sud-est de la Turquie. Dans la ville de Yüksekova, dans la province de Hakkari, à la frontière avec l’Iran, où habitent près de 70 000 personnes selon le recensement de 2012.

Les civils ont reçu l’interdiction d’entrer et de sortir de la ville et de nombreuses informations sur les réseaux sociaux ont affirmé que des véhicules transportant du personnel militaire étaient en route vers la ville.

Lire aussi : l'opération turque ne vise pas la résistance mais la population kurde, selon la représentante du HDP

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