Un embargo sur le pétrole russe ? les Etats-Unis tentent de se rapprocher du Venezuela et de l'Iran

Un chevalet de pompage de pétrole près de Karnes City, aux Etats-Unis© Eric GAY Source: AP
Un chevalet de pompage de pétrole près de Karnes City (Texas), aux Etats-Unis, le 8 avril 2020 (image d'illustration)
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Alors que Washington réfléchit à imposer un embargo sur le pétrole provenant de Russie, des rapprochements ont lieu avec le Venezuela et l'Iran afin de garantir son approvisionnement en or noir et de limiter la hausse des cours.

Dans le cadre des sanctions visant la Russie à la suite du déclenchement de son opération militaire en Ukraine, l'Union européenne et les Etats-Unis discutent actuellement d'un embargo sur le gaz et le pétrole provenant de Russie.

Une hypothèse à laquelle Washington se prépare déjà en se rapprochant du Venezuela et de l'Iran, pays avec lesquels Washington entretien des relations pour le moins difficiles depuis de nombreuses années, mais qui sont d'importants producteurs d'or noir. Des discussions pourraient prochainement avoir lieu avec aussi l'Arabie saoudite concernant une augmentation de ses exportations de pétrole. 

Les Etats-Unis fervents partisans d'un embargo sur le pétrole russe

Les déclarations récentes de plusieurs hauts-responsables occidentaux confirment qu'un embargo occidental sur les exportations d'hydrocarbures russes est à l'étude

Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a ainsi déclaré le 6 mars à ce propos que les Etats-Unis et l'Union européenne discutaient «très activement» de la possibilité d'interdire les importations de pétrole russe et, comme le rapporte l'AFP, la porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki a affirmé le 7 mars que le sujet avait été abordé le même jour lors d'une conversation de Joe Biden avec les dirigeants allemand, français et britannique, en précisant toutefois que le président américain n'avait «pas pris de décision à ce stade». 

La présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis Nancy Pelosi a de son côté confirmé que le Congrès étudiait un projet de loi visant à sanctionner davantage la Russie. Sur le site de la présidence de la Chambre des représentants, elle a détaillé la situation comme suit : «La Chambre explore actuellement une législation forte qui isolera davantage la Russie de l'économie mondiale [...] Notre projet de loi interdirait l'importation de pétrole et de produits énergétiques russes aux Etats-Unis, abrogerait les relations commerciales normales avec la Russie et la Biélorussie, et ferait le premier pas pour refuser à la Russie l'accès à l'Organisation mondiale du commerce. Nous donnerions également au pouvoir exécutif le pouvoir d'augmenter les droits de douane sur les importations russes.» Nancy Pelosi a poursuivi en disant que le projet de loi n'affecterait pas les marchés mondiaux, même si les prix de l'énergie approchent des sommets historiques aux Etats-Unis. «Les Etats-Unis n'ont pas à choisir entre nos valeurs démocratiques et nos intérêts économiques», a-t-elle poursuivi, en affirmant que «l'administration et le Congrès restent concentrés sur la réduction de la hausse des coûts énergétiques pour les familles américaines et nos partenaires résultant de l'invasion de Poutine». «Nous saluons le président Biden pour avoir [libéré] 60 millions de barils de pétrole des réserves stratégiques [...] pour stabiliser les marchés mondiaux», s'est-elle enfin félicitée.

Les pays européens se montrent quant à eux plus prudents et ne sont guère unanimes sur la question de l'embargo énergétique, et pour cause : en 2019, la Russie a fourni 41 % des importations de gaz naturel aux pays de l'Union européenne (UE), comme le rappelle The Guardian, et certains Etats membres – l'Allemagne en tête – sont très dépendants du pétrole et du gaz russes. Comme l'indiquait une source citée par Reuters le 7 mars, l'UE serait cependant devenue plus ouverte à l'idée d'interdire les produits énergétiques russes durant le weekend.

Nous menons actuellement des discussions très actives avec nos partenaires européens sur l'interdiction d'importer du pétrole russe dans nos pays

«Nous menons actuellement des discussions très actives avec nos partenaires européens sur l'interdiction d'importer du pétrole russe dans nos pays, tout en maintenant, bien entendu, un approvisionnement mondial régulier en pétrole», a  déclaré Anthony Blinken dans une interview à l'émission Meet the Press de NBC, alors qu'il effectue un voyage à travers le Vieux Continent pour coordonner les sanctions. A la question de savoir si les Etats-Unis pourraient interdire unilatéralement les importations de pétrole russe, le secrétaire d'Etat a répondu en ces termes : «Je ne vais pas exclure de prendre des mesures d'une manière ou d'une autre, indépendamment de ce qu'ils font, mais tout ce que nous avons fait, l'approche commence par la coordination avec les alliés et les partenaires.» Anthony Blinken a également déclaré qu'il avait discuté des importations de pétrole avec le président Joe Biden et son cabinet le 5 mars.

Opération séduction à Caracas

Même si les exportations de pétrole russe ne sont pas sanctionnées pour le moment, elles ne trouvent déjà quasiment plus preneur, ce qui perturbe grandement l'offre mondiale d'or noir. Or, les Etasuniens sont de loin les plus gros consommateurs d'essence au monde – en raison entre autre de leurs types de véhicules, des longues distances à parcourir et de la rareté des transports publics dans de nombreux endroits du pays –, et la hausse des prix à la pompe y est donc une préoccupation politique de premier plan.

En 2021, les Etats-Unis ont importé de Russie plus de 20,4 millions de barils de brut et de produits raffinés par mois en moyenne, soit environ 8 % des importations américaines de combustibles liquides, selon l'Energy Information Administration (EIA) citée par Reuters.

Face à un embargo de ces importations russes qui auraient un majeur sur l'économie américaine, il semblerait que Washington soit prêt à infléchir sa politique étrangère.

Ainsi, The Guardian a annoncé que des négociateurs de la Maison Blanche et du département d'Etat des Etats-Unis ont rencontré le 5 mars des représentants du président vénézuélien Nicolas Maduro à Caracas. Il s'agit de la première rencontre de ce type depuis des années, les Etats-Unis et le Venezuela ayant rompu leurs relations diplomatiques en 2019 après la réélection de Nicolas Maduro l'année précédente.

Dans le but d'évincer celui-ci du pouvoir, Washington avaient reconnu Juan Guaido comme autorité légitime, imposant une batterie de sanctions à Caracas. Ces mesures comprennent notamment un embargo depuis avril 2019 qui empêche le Venezuela d'échanger son pétrole brut – qui représentait alors 96 % des revenus du pays – sur le marché américain. Depuis lors, Nicolas Maduro a reçu un soutien important de la Russie pour pouvoir continuer à exporter du pétrole malgré les mesures punitives. 

Le but du voyage effectué par les responsables de l'administration était de discuter d'une série de questions, dont [...] la sécurité énergétique

Ces cette alliance étroite que les hauts responsables américains souhaiteraient briser, selon l'AFP. Nicolas Maduro a confirmé la réunion le 7 mars, la qualifiant de «respectueuse, cordiale et diplomatique», sans entrer dans le détail des questions abordées. La Maison Blanche a quant à elle confirmé la rencontre le même jour, en soulignant que les discussions avaient porté notamment sur «la sécurité énergétique» américaine, alors que le Venezuela exportait presque toute sa production vers les Etats-Unis avant la rupture avec Washington. «Le but du voyage effectué par les responsables de l'administration était de discuter d'une série de questions, dont certainement l'énergie, la sécurité énergétique», a ainsi déclaré à la presse Jen Psaki, dont les propos sont rapportés par France 24

«Il n'y a pas que des officiels américains qui se réunissent au Venezuela en ce moment. Il y a aussi des cadres clés de compagnies pétrolières américaines majeures, dont Chevron [...] Si des accords sont conclus, nous remplacerons le pétrole de Poutine par les réserves massives de la région de l'Orénoque au Venezuela», a tweeté à ce sujet Trish Regan, ancienne présentatrice de la chaîne Fox Business.

Citant des responsables américains anonymes, le New York Times a affirmé que l'administration Biden était également motivée par la crainte que les alliés latino-américains de Moscou – qui comprennent, en plus du Venezuela, Cuba et Nicaragua – ne deviennent des «menaces pour la sécurité» si l'affrontement géopolitique avec la Russie s'intensifiait.

Selon Reuters, aucun accord n'aurait cependant été conclu lors des discussions du 5 mars.

Vers la levée des sanctions contre l'Iran ? 

Autre grand pays producteur de pétrole, l'Iran est également au cœur de l'actualité car, selon le Wall Street Journal, les Etats-Unis et l'Iran se sont rapprochés le 3 mars d'un accord visant à rétablir l'accord de Vienne sur le nucléaire de 2015, officiellement intitulé Joint Comprehensive Plan of Action (JCPoA).

Les négociations en cours ont pour objectif de faire revenir dans le pacte Washington – qui l'a quitté unilatéralement en 2018 – et de ramener Téhéran au respect de ses engagements, rompus en réaction au rétablissement des sanctions américaines. Conclu trois ans plus tôt, le JCPoA conditionnait une limitation du développement nucléaire de Téhéran à la levée de sanctions contre la République islamique. A son arrivée à la Maison Blanche, Joe Biden, avait fait savoir qu'il souhaitait que les Etats-Unis reviennent dans l'accord de Vienne, mais réclamait d'abord que Téhéran se plie aux dispositions prévues dans le texte avant de lever les sanctions.

Les Etats-Unis participent de manière indirecte aux négociations qui ont eu lieu ces derniers jours et, toujours selon le Wall Street Journalil est presque certain qu'en cas de rétablissement de l'accord, l'administration Biden lèvera les sanctions à l'encontre de dizaines de personnes et d'entités figurant sur la liste de «terroristes» établie par Washington. Les diplomates européens et américains auraient déclaré qu'un accord devait être conclu dans les prochains jours, faute de quoi ils quitteraient les négociations.

Signataire du JCPoA et participant aux négociations en cours, la Russie a toutefois freiné le processus  en réclamant le 5 mars aux Etats-Unis de garantir que les mesures de rétorsion prises à son encontre n'affecteraient pas sa coopération avec l'Iran. Moscou a ainsi posé comme condition qu'un accord sur le programme nucléaire iranien «doit garantir que tous ses participants aient des droits égaux en ce qui concerne le développement sans entrave de leur coopération dans tous les domaines, sans discrimination quelconque», selon les termes d'un communiqué de l'ambassade de Russie à Téhéran faisant suite à un appel téléphonique ayant eu lieu le 7 mars entre les chefs de la diplomatie iranienne, Hossein Amir-Abdollahian, et russe, Sergueï Lavrov. La Russie jouait jusqu'à présent un rôle central dans l'application du JCPoA, en particulier en recevant les tonnes d'uranium enrichi en excès de Téhéran.

De son côté, Washington a jugé le 6 mars «hors sujet» les nouvelles exigences de Moscou et assure que les sanctions imposées à la Russie depuis l'offensive en Ukraine «n'ont rien à voir» avec le dossier nucléaire iranien. «Les nouvelles sanctions liées à la Russie n'ont aucun rapport avec le JCPoA et ne devraient pas avoir d'impact sur sa mise en œuvre potentielle», a déclaré un porte-parole du département d'Etat des Etats-Unis cité par Reuters, avant d'estimer que «la Russie partage un intérêt commun à ce que l'Iran ne se dote jamais de l'arme nucléaire». 

Le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale en Iran, Ali Shamkhani, a toutefois accusé les responsables étasuniens de retarder la conclusion d'un accord à Vienne, les appelant à prendre une «décision politique» pour y parvenir.

La Chine aurait également exigé des garanties écrites que ses entreprises faisant des affaires en Iran ne seraient pas affectées par les sanctions américaines.

Une visite prochaine de responsables de la Maison Blanche en Arabie saoudite ? 

La «diplomatie du pétrole» activée depuis quelques jours par les Etats-Unis dans la perspective de sanctions supplémentaires contre la Russie ne semble toutefois pas s'arrêter au Venezuela et à l'Iran.

Comme l'indique The GuardianJoe Biden s'est attiré les critiques des progressistes et des républicains après qu'un article d'Axios a indiqué les principaux conseillers de Joe Biden envisageraient un voyage en Arabie saoudite au printemps dans le but de proposer une augmentation des exportations de pétrole du royaume.

Jen Psaki n'a pas confirmé ces informations le 7 mars, mais elle a précisé que des hauts responsables de l'administration étasunienne se sont rendus en Arabie saoudite le mois dernier pour «discuter d'une série de questions, y compris la guerre au Yémen, y compris la sécurité dans la région et certainement la sécurité énergétique». «Ils ont eu une discussion... Il est dans l'intérêt de tous de réduire l'impact sur le marché mondial du pétrole», a-t-elle expliqué. 

«Notre réponse à la guerre immorale de Poutine ne devrait pas être de renforcer nos relations avec les Saoudiens qui provoquent actuellement la pire crise humanitaire de la planète au Yémen. Les Yéménites ne comptent peut-être pas pour certains sur le plan géopolitique, mais leur humanité devrait compter. C'est [un] acte sauvagement immoral», a commenté dans un tweet Ilhan Omar, élue démocrate à la Chambres des représentants .

Cette recherche de fournisseurs de pétrole alternatifs a également été critiquée dans le camp républicain, le sénateur de Floride Marco Rubio estimant que «l'Amérique peut facilement remplacer le pétrole de Poutine en produisant davantage [du sien]». «Au lieu de cela, le plan Biden consiste à supplier l'Arabie saoudite de produire davantage, à acheter davantage au régime narco-terroriste de Maduro au Venezuela [et] à conclure un accord avec le premier Etat parrain de la terreur [dans le monde] en Iran», a analysé le candidat malheureux à la primaire pour l'élection présidentielle américaine de 2016. «Les seuls à qui il refuse d'acheter plus de pétrole sont les Américains», a-t-il déploré dans un tweet.

Le 6 mars, le prix du baril de Brent de la mer du Nord a frôlé les 140 dollars vers 23h GMT, proche de son record absolu de 147,50 dollars atteint en juillet 2008. 

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