Assange : retour sur un «procès politique» crucial pour la liberté de la presse

Assange : retour sur un «procès politique» crucial pour la liberté de la presse© Daniel Leal-Olivas
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L'artiste dissident chinois Ai Weiwei pose avec des manifestants devant le tribunal d'Old Bailey dans le centre de Londres le 28 septembre 2020, pendant que se tient le procès en extradition contre le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange (image d'illustration).

Le procès contre Julian Assange s'est achevé après quatre semaines de débats où il a été question de sa déontologie, de la liberté de la presse et du danger qu'il encourt s'il est extradé aux Etats-Unis. Le verdict sera rendu le 4 janvier 2021.

«Julian est puni pour avoir accompli un service public dont nous avons tous bénéficié», a estimé Stella Moris, compagne du fondateur de Wikileaks dans un discours emprunt d'émotion à la fin des audiences, devant la Old Bailey Court, à Londres.

Le procès du journaliste s'est achevé le 1er octobre, à l'issue de quatre semaines d'audience au lieu des trois initialement prévues. Le nombre importants de témoins qui devaient être entendus est la cause principale de cette extension. 

Il n'y a aucune preuve qu'une seule personne ait souffert physiquement à cause de ces publications

Ces quatre semaines d'audience visant à déterminer la faisabilité d'une extradition aux Etats-Unis où il serait jugé pour espionnage ont été marquées par les difficultés rencontrées par les observateurs pour suivre les audiences. A cause de l'épidémie de coronavirus, l'accès au tribunal était extrêmement limité pour le public. Les journalistes, pour la plupart, ont dû suivre les audiences par visioconférence, mais là encore, des problèmes techniques récurrents les ont empêchés de suivre convenablement les débats. 

En outre, Julian Assange n'a pas eu le droit de s'exprimer durant ce procès. Seuls ses avocats pouvaient le représenter et lorsque parfois, il a voulu exprimer une objection, il était immédiatement rappelé à l'ordre par la juge Vanessa Baraitser qui le menaçait d'exclusion. Sa compagne Stella Moris a par ailleurs décrit les conditions de son transport quotidien entre la prison de haute sécurité de Belmarsh et le tribunal londonien en ces termes : «Chaque jour, Julian est réveillé à 5 heures du matin, menotté, placé dans des cellules de détention, déshabillé et radiographié. Il est  transporté 1,5 h dans chaque sens dans ce qui ressemble à un cercueil vertical dans une camionnette qui rend claustrophobe. Il est dans une boîte en verre au fond du tribunal d'où il ne peut pas consulter correctement ses avocats.»

Les témoignages clés

Les débats, décrits comme féroces par les observateurs, avec une insistance sur «l'agressivité» de l'avocat des Etats-Unis James Lewis, ont porté sur plusieurs axes : 

  • La déontologie de Wikileaks et d'Assange dans les révélations massives de documents confidentiels des Etats-unis, révélant notamment des crimes de guerre contre des civils en Irak et en Afghanistan.
  • L'intérêt public des informations révélées par Wikileaks.
  • L'accusation de mise en danger des sources des services américains par ces publications. Sur cette question, «il n'y a aucune preuve qu'une seule personne ait souffert physiquement à cause de ces publications», a martelé Stella Morris à l'issue de l'audience, soulignant que les auteurs des «crimes perpétrés en Irak ou en Afghanistan ne sont pas en prison, Julian, si».
  • L'espionnage dont Assange a été la cible durant son confinement dans l'ambassade équatorienne à Londres (2012-2019) par la société de surveillance UC Global au profit des autorités américaines. Cette société espagnole engagée par le gouvernement équatorien pour sécuriser l'ambassade aurait, selon les avocats d'Assange, largement dépassé ses prérogatives, en épiant activement les moindres de ses faits et gestes, ainsi que ses conversations avec ses proches. Julian Assange a intenté un procès contre cette société qui se déroule actuellement en Espagne. Si les faits sont avérés, il sera établi que les autorités américaines – qui prétendent qu'il bénéficiera d'un procès équitable aux Etats-Unis – ont joué un double jeu en espionnant, à l'encore des principes de justice, sa stratégie de défense.
  • L'état de santé mentale et le «risque élevé de suicide» d'Assange en cas d'extradition inquiètent ses défenseurs. Selon un psychiatre qui l'a examiné, l'Australien présente en effet un risque «très élevé» d'attenter à ses jours s'il devait être extradé vers les Etats-Unis. Ses pulsions suicidaires «proviennent de facteurs cliniques [...]  mais c'est l'imminence de l'extradition qui déclenchera la tentative», a déclaré le psychiatre Michael Kopelman lors d'une audience, estimant que son état «se détériorera considérablement» s'il est extradé. 

Un «procès politique» joué d'avance ?

Il revient désormais à la justice britannique de déterminer si la demande américaine d'extradition qui lui est soumise respecte un certain nombre de critères légaux, et notamment si elle n'est pas disproportionnée ou incompatible avec les droits humains. Au fil des audiences, les avocats d'Assange n'ont cessé de dénoncer un «procès politique» basé sur des «mensonges». Or, ils ont rappelé que l'accord américano-britannique interdit «expressément» les extraditions pour les «infractions politiques». 

Autour de Julian Assange, si on espère intensément un miracle et que l'on reste «combatifs», on ne se fait que peu d'illusion sur l'issue. Sur RT France, Diego Alvarez – journaliste indépendant qui prépare un documentaire sur le sujet l'ayant amené à côtoyer les proches du lanceur d'alerte – estime que ce procès est joué d'avance. «Je pense que les chances sont extrêmement faibles que Julian Assange ne soit pas extradé vers les Etats-Unis», a-t-il déploré. «Il semblerait que la décision ait déjà été prise par les juges», ajoute-t-il. 

Le fondateur de Wikileaks est incarcéré à la prison londonienne de haute sécurité de Belmarsh, où ses conditions de détention ont été dénoncées par le rapporteur de l'ONU sur la torture. Le verdict concernant son extradition devrait être rendu le 4 janvier 2021, soit après les élections présidentielles aux Etats-Unis du 3 novembre. 

Meriem Laribi

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