«Risque élevé de suicide» : les psychiatres d'Assange anticipent le pire en cas d'extradition

«Risque élevé de suicide» : les psychiatres d'Assange anticipent le pire en cas d'extradition© Henry Nicholls Source: Reuters
Des manifestants devant le Westminster Magistrates Court à Londres (Grande-Bretagne), où se tient une audience de gestion de cas dans l'affaire d'extradition américaine du fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, le 21 octobre 2019 (image d'illustration).

Selon deux psychiatres appelés à témoigner lors de son procès, Julian Assange, qui souffre d'une forme d'autisme, se prépare à mettre fin à ses jours en cas d'extradition. Il aurait rédigé des lettres d'adieu à sa famille et un testament.

Julian Assange souffre de troubles du spectre de l'autisme (TSA), du syndrome d'Asperger et présente un «risque élevé de suicide». C'est ce qu'ont assuré deux psychiatres, Michael Kopelman et Quinton Deeley, entendus par la juge lors des audiences du 22 et 23 septembre dans le cadre du procès en extradition du lanceur d'alerte, qui se déroule actuellement à Londres pour la troisième semaine consécutive.

Quinton Deeley, neuropsychiatre, a participé à une évaluation de l'autisme durant deux heures sur le fondateur de WikiLeaks et a passé six heures d'appels téléphoniques avec le journaliste retenu dans la prison de Belmarsh. 

Les deux syndromes associés diagnostiqués touchent principalement la communication socio-émotionnelle, avec la présence d'intérêts restreints. Les personnes souffrant de ces maux ont des difficultés de communication verbale et non verbale, des comportements répétitifs et routiniers, ainsi que des difficultés d'intégration sociale. Quinton Deeley a ainsi déclaré à la cour que Julian Assange avait «du mal à discuter de ses propres émotions», avec un «accent principal sur ses propres pensées et intérêts». L'expert a également noté «un échec à lancer ou à maintenir» des conversations, écrit le Daily Mail.

Le quotidien rapporte que, selon ce qui a été entendu par la cour lors des audiences depuis le 22 septembre, Julian Assange aurait refusé d'effectuer deux composantes du test d'autisme, y compris une tâche consistant à jouer en se brossant les dents et à répondre à des questions sur sa routine quotidienne «d'autogestion» ou de «soins personnels», parce qu'il les trouvait «dégradantes». Mettant quelque peu en doute le diagnostic, l'accusation étasunienne a alors noté que les personnes souffrant de ces syndromes n'étaient pas habituées à refuser les tests. Le docteur Deeley en a convenu. 

L'avocat de l'accusation américaine a alors affirmé que les relations familiales d'Assange contredisaient le diagnostic. «Il a entretenu de nombreuses relations à long terme et a engendré cinq enfants, n'est-ce pas incohérent ? […] Saviez-vous que Julian Assange avait la garde exclusive de son enfant et l’a élevé ? […] Aucun tribunal ne donnerait la garde à [une personne présentant ces symptômes]», a-t-il avancé devant le neuropsychiatre. «Je n’accepte pas cela», a répondu celui-ci. «Une personne autiste peut se débrouiller comme parent et fonctionner de manière autonome dans la vie quotidienne», a développé Quinton Deeley.

Julian Assange a «commencé à se préparer à mettre fin à ses jours»

Pour ce spécialiste des maladies mentales, il est «clair» que Julian Assange est autiste et qu'il trouverait l'extradition «insupportable». Le neuropsychiatre, qui s'est également entretenu avec les parents du lanceur d'alerte lors de son évaluation, a déclaré : «C'est une personne intelligente, il a appris à s'adapter à certaines de ces caractéristiques [de la maladie]», mais il serait «clair» qu'il présente les symptômes de l'autisme.

Plus inquiétant, Quinton Deeley a estimé que le projet de suicide «[était] plus probable qu'improbable» si Julian Assange devait être extradé. Déjà la veille, le 22 septembre, rapporte encore le Daily Mail, Michael Kopelman, un autre éminent psychiatre, avait révélé que Julian Assange avait «commencé à se préparer à mettre fin à ses jours, notamment en se confessant auprès d'un prêtre catholique, en rédigeant des lettres d'adieu à sa famille et en préparant un testament». Le professeur Kopelman a précisé que ce projet de suicide serait aggravé en cas d'extradition : «Le risque de suicide découle de facteurs cliniques […] mais c'est l'imminence de l'extradition et/ou une véritable extradition qui déclencherait la tentative, à mon avis.» Ce professeur a ajouté que la combinaison de la dépression d'Assange et du TSA avait provoqué une «rumination presque obsessionnelle» sur le sujet.

Tu es poussière, tu es mort, nous venons te chercher

Selon ce médecin cité par le média britannique, Julian Assange aurait des hallucinations auditives. Il entendrait des voix dans sa tête. «Les voix sont des choses comme : "Tu es poussière, tu es mort, nous venons te chercher". Elles sont dégradantes et persécutantes». Le même psychiatre a assuré que le journaliste prisonnier présentait un «risque élevé» de suicide.

Michael Kopelman a expliqué avoir rendu une vingtaine de visites à Julian Assange dans la prison de haute sécurité de Belmarsh, où il est en détention provisoire. Ce professeur émérite de neuropsychiatrie au King's College de Londres a détaillé : «[Julian Assange] a signalé des hallucinations auditives qui étaient des voix à l'intérieur ou à l'extérieur de sa tête, des hallucinations somatiques […] Il a également une longue histoire d'hallucinations musicales, ce qui est peut-être un phénomène distinct, qui s'est aggravé depuis qu'il est en prison.»

Julian Assange, journaliste de 49 ans à l'origine de révélations sur des crimes de guerre en Irak et en Afghanistan, se bat contre l'extradition vers les Etats-Unis où il fait face à 18 chefs d'accusation pour «espionnage». Il risque 175 ans de prison. L’état de santé de Julian Assange et l’effet d’une éventuelle extradition sur celui-ci font partie des arguments principaux sur lesquels s’appuie sa défense pour déjouer la demande américaine. En 2018, les Etats-Unis avaient échoué à obtenir l’extradition de Lauri Love, qu’ils réclamaient pour des faits de piratage informatique. L’équipe de défense de ce Finno-Britannique était parvenue à démontrer que la dépression et l’autisme de leur client faisaient peser de graves risques pour sa vie s’il devait être extradé aux Etats-Unis et placé en isolement dans une prison de haute sécurité.

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