«La question palestinienne reste une plaie non cicatrisée qui continue de "puruler"» (ENTRETIEN)

«La question palestinienne reste une plaie non cicatrisée qui continue de "puruler"» (ENTRETIEN)© MOHAMAD TOROKMAN Source: Reuters
Un manifestant brandit le 2 novembre un drapeau palestinien lors d'affrontements avec des troupes israéliennes au check-point de Hawara près de Naplouse en Cisjordanie occupée

Interrogé par RT France, Claude Nicolet, président de l'association franco-palestinienne Dunkerque-Gaza, regrette que «la question palestinienne ne soit plus en tête de gondole de l’agenda international». «Une erreur» selon lui.

RT France : Le 6 décembre, les Etats-Unis ont échoué à faire condamner le mouvement islamiste palestinien du Hamas par l'Assemblée générale de l'ONU. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a toutefois jugé que ce vote représentait une «réussite très importante», la majorité des pays ayant condamné le Hamas. Quel est votre point de vue sur cette résolution ?

Claude Nicolet (C. N.) : Cette résolution a été proposée par les Etats-Unis et Donald Trump dont on connaît le penchant extrêmement fort en direction de l’actuel gouvernement israélien. D'ailleurs, le gouvernement de Benjamin Netanyahou est probablement celui qui est le plus à droite de l’histoire de l’Etat d’Israël. Que les Etats-Unis d’Amérique aient proposé ce type de résolution, ce n’est absolument pas surprenant.

Sous couvert de condamnation du Hamas, qui est un mouvement islamiste, le Hamas est aussi illustré comme étant terroriste et djihadiste. Dans cette lutte menée actuellement contre l’islamisme radical, il y a une espèce d’association, une globalisation du djihadisme mondial dans lequel on engloberait tout le monde y compris le Hamas. Que nous n’ayons aucune sympathie politique avec le Hamas, c’est une évidence pour tout le monde. Toutefois, il faut penser les choses de la manière suivante : pour l’Etat d’Israël, tant que se perpétuera la division entre les mouvements palestiniens qui revendiquent la création d’un Etat palestinien c’est du pain bénit. On me pardonnera l’image.

RT France : Comment jugez-vous la position de la France à l'ONU ?

C. N. : La France a toujours été relativement claire là-dessus. Elle condamne le Hamas. Ensuite, la France aurait pu jouer un rôle de médiateur entre les différentes parties. Elle a tenté de le faire. Si elle n'a toujours pas renoncé à cette ambition, elle a probablement, renoncé, en tout cas, à exercer un certain type de pression qui aurait pu être intéressant. Ainsi, il y avait l’initiative de Paris qui aurait dû avoir lieu [en 2016], pour essayer de proposer un plan de paix permettant à la France de jouer un rôle déterminant dans cette affaire. [Israël a refusé d'y participer].

Je suis partisan pour que la France reconnaisse – s’il le faut de façon unilatérale – l’Etat de Palestine

Aujourd’hui, la situation sur le terrain en Palestine, notamment avec l’extension exponentielle des colonies dans les territoires occupés, fait que la perspective de la création d’un Etat viable et souverain palestinien devient objectivement difficile. Cela sous-entendrait en effet qu’il y ait l’expulsion de centaines de milliers de colons qui repartiraient en Israël, pour permettre la création d’un Etat palestinien viable. L’immense difficulté vient de là. L’extension des colonies israéliennes rend la solution politique quasiment introuvable.

RT France :Comment voyez-vous les relations actuelles entre la France et la Palestine ?

C. N. : Les relations entre la France et la Palestine ne sont pas mauvaises, elles sont même bonnes. Et elles le sont depuis longtemps. Je sais que la diplomatie française continue de jouer les bons offices, d’essayer de maintenir le lien entre les uns et les autres. Sauf qu’au bout d’un moment, il va falloir que chacun prenne ses responsabilités.

En ce qui me concerne, je suis partisan, depuis longtemps, pour que la France reconnaisse – s’il le faut de façon unilatérale – l’Etat de Palestine. Elle peut le faire sans attendre nécessairement l’avis des Etats-Unis d’Amérique. En effet, les Etats-Unis sont dans la politique du fait accompli, notamment depuis que Donald Trump est arrivé aux affaires. En déplaçant par exemple l’ambassade des Etats-Unis en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem, les Etats-Unis créent des faits accomplis sur le terrain. D'ailleurs, les Etats-Unis n’en ont strictement rien à faire de savoir si la France va avoir telle ou telle position sur la Palestine.

Donald Trump mène une politique en direction d’Israël qui correspond également à une attente extrêmement forte de son électorat. Tout cela est dicté par des considérations politiques propres aux Etats-Unis d’Amérique et à l’électorat de Donald Trump. L’extrême droite chrétienne est extrêmement puissante et conditionne probablement la réélection de Donald Trump aux prochaines élections présidentielles.

RT France :Le Premier ministre palestinien Rami Hamdallah a appelé le 6 décembre la France à reconnaître l'Etat de Palestine. Or, la France refuse toujours de reconnaître la Palestine comme un Etat. La France n’est-elle pas frileuse pour ménager sa relation avec Israël ?

C. N. : La France est frileuse parce que la France a été très longtemps l’un des premiers soutiens politiques, diplomatiques, militaires et économiques d’Israël. Il ne faut pas oublier que, et c’est un secret de polichinelle, si Israël est une puissance nucléaire civile et militaire et si Israël détient plusieurs centaines de têtes nucléaires, c’est grâce à la France.

La question palestinienne a très souvent été instrumentalisée par les pays arabes au profit de leurs propres intérêts

Il y a une vieille histoire, il y a un tropisme qui est une réalité. La question n’est d'ailleurs pas de savoir si la France doit entretenir de bonnes ou mauvaises relations avec l’Etat d’Israël. La France doit entretenir de bonnes relations avec l’Etat d’Israël.

RT France :Mais la France a-t-elle encore un rôle important à jouer au Proche-Orient ?

C. N. : Oui tout à fait. D’abord parce que l’histoire est là. On a été une puissance mandataire au Proche et Moyen-Orient. La France a des relations anciennes et réelles avec l’ensemble du monde arabe.

Aussi, on ne peut pas exclure la question du conflit israélo-palestinien du monde arabe. En revanche, soyons très honnêtes, la question palestinienne a très souvent été instrumentalisée par les pays arabes au profit de leurs propres intérêts. Cela a été l’une des difficultés de Yasser Arafat [fondateur du Fatah en 1959 et président de l'Autorité palestinienne de 1996 à 2004]. Il devait à la fois lutter pour faire émerger l’identité et la question palestinienne au niveau de l’agenda international et lutter également pour conserver des marges de manœuvres et une certaine indépendance par rapport aux Etats arabes. Des Etats qui utilisaient la question palestinienne par rapport à leurs propres intérêts.

RT France :A vous entendre, la création de deux Etats, qu’Emmanuel Macron défend comme ses prédécesseurs, n’est pas une possibilité à court-terme ?

C. N. : Pour le moment, incontestablement, on est face à des situations de blocages. Mais au-delà du blocage, on voit bien que le rapport de forces est infiniment en faveur de l’Etat d’Israël. La question de ce qui reste des révolutions arabes d’une part, de ce qu’est devenue la situation politique aux Proche et Moyen-Orient, la question de la Syrie, le retour de la Russie dans le jeu proche-oriental via le conflit syrien, montrent bien que la question palestinienne n’est plus en tête de gondole de l’agenda international. C’est clair. Or, c’est une erreur d’interprétation car s'il y a la question des Etats, il y a aussi la question des opinions publiques. Dans les opinions publiques du Proche et Moyen-Orient, du monde arabe en général, voire même du monde musulman, la question palestinienne reste une plaie non cicatrisée qui continue de «puruler».

On a vu trop souvent des mouvements terroristes, tel Al-Qaïda, utiliser et instrumentaliser la question palestinienne

On a vu trop souvent des mouvements terroristes, tel Al-Qaïda, utiliser et instrumentaliser la question palestinienne, la sortant de son contexte de lutte de libération nationale, pour en faire un enjeu religieux. On mesure le danger que cela peut représenter.

La résolution du conflit israélo-palestinien devrait, dans l’idéal, passer par la création d’un Etat libre, souverain dont on connaît en réalité tous les paramètres depuis des dizaines d’années. Premièrement, les frontières de 1967 sont connues, même si il y aura évidemment des arrangements territoriaux. Deuxièmement, la question du retour des réfugiés a aussi été négociée entre les Palestiniens et les Israéliens. Ils étaient parvenus à un accord même sur cette affaire-là. Enfin, il y avait eu des avancées sur la question très problématique de Jérusalem.

On connaît donc bien les paramètres de résolution du conflit. Sauf qu’aujourd’hui, incontestablement, les conditions politiques, démographiques et géographiques n’y sont plus. C’est un problème absolument gigantesque qui reste pendant et tant qu’il le restera, il n’y aura aucune possibilité pour procéder à un apaisement en profondeur de la situation au Proche et Moyen-Orient.

Propos recueillis par Bastien Gouly.

Lire aussi : Deux ONG pro-palestiniennes primées par la France, l'ambassade d'Israël «choquée»

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