Il y a 30 ans, Arafat proclamait l'Etat palestinien : qu'est devenue la «solution à deux Etats» ?

Il y a 30 ans, Arafat proclamait l'Etat palestinien : qu'est devenue la «solution à deux Etats» ?© DERRICK CEYRAC Source: AFP
Yasser Arafat, dirigeant de l'Organisation de libération de la Palestine

Il y a trente ans, Yasser Arafat annonçait la création d'un Etat palestinien. Par cette annonce, l'OLP reconnaissait de facto l'existence de l'Etat d'Israël et ouvrait la voie à une solution à deux Etats, aujourd'hui en décrépitude.

Le 15 novembre 1988, le chef historique de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) Yasser Arafat annonçait, de manière symbolique, la création d'un Etat palestinien devant le Conseil national palestinien réuni à Alger.

Cette date a marqué un tournant car, pour la première fois, les dirigeants palestiniens reconnaissaient de facto l'existence d'Israël en envisageant une «solution à deux Etats». Il n'avait jamais été question auparavant d'une quelconque division de la Palestine historique (celle d'avant 1948 et la création d'Israël) pour les dirigeants palestiniens.

Pour comprendre ce tournant, il faut revenir quelques années en arrière, au début des années 1980. En 1982, après l'invasion israélienne du Liban, l'OLP, qui y était établie depuis de nombreuses années, en est chassée. Elle se réfugie à Tunis, «loin du champs de bataille», comme l'explique Alain Gresh, directeur de la rédaction du site d'information et d'analyse Orient XXI, interviewé par RT France : «Avant cette annonce, l'OLP semblait à la dérive, notamment pour les Américains et pour les Israéliens. Sa marginalisation est en outre confirmée par un sommet de la Ligue arabe en 1987 à Amman, où les pays arabes n'abordent même pas la question palestinienne.»

Cette mise à l'écart provoque un sursaut au sein de l'Organisation et à la fin de la même année, le 9 décembre 1987, la première Intifada, appelée également guerre des pierres, éclate. Ces troubles susciteront une prise de conscience de la communauté internationale, permettant à l'OLP d'apparaître à nouveau comme  légitime et au monde de réaliser qu'il n'y a pas de solution sans elle.

En France, François Mitterrand invitera Yasser Arafat à Paris le 2 mai 1989 pour une visite officielle. Le leader palestinien y satisfera une condition posée par son hôte : déclarer à cette occasion la charte de l’OLP «caduque». Cette dernière expliquait notamment que «la lutte armée [était] la seule voie pour la libération de la Palestine».

L'annonce d'Alger du 15 novembre 1988 et la proclamation de l'Etat palestinien ouvre donc la voie qui va aboutir aux accords d'Oslo de 1993 entre l'OLP et le gouvernement israélien, sous l'égide des Etats-Unis, avec cette fois la reconnaissance formalisée de l'Etat d'Israël.

Sans jamais expliquer sur quelles frontières il veut établir son territoire, l'Etat d'Israël continue sans cesse de les étendre.

Il y a 30 ans, Arafat proclamait l'Etat palestinien : qu'est devenue la «solution à deux Etats» ?© LUKE FRAZZA Source: AFP
Le président américain Bill Clinton prononce le discours d'ouverture de la cérémonie de signature des accords d'Oslo le 13 septembre 1993 à Washington, en présence du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, du président de l'OLP Yasser Arafat et de son directeur politique Mahmoud Abbas.

La mort de la «solution à deux Etats» ? 

Aujourd'hui, «ce processus a échoué totalement», selon Alain Gresh. Ses deux artisans sont morts : Yasser Arafat est décédé en 2004, et Yitzhak Rabin a été assassiné en 1995. Aujourd'hui, plus rien ne permet de présager de la création effective d'un quelconque Etat palestinien. Les territoires censés être sous souveraineté palestinienne sont grignotés par le nombre toujours croissant de colonies, malgré la signature par Israël des accords d'Oslo. «Le nombre de colons en Cisjordanie et à Jérusalem a plus que doublé passant de 300 000 environ au moment des accords d'Oslo à environ 700 000 aujourd'hui», selon le spécialiste.

Si les Palestiniens avaient accepté de reconnaître Israël, Alain Gresh explique que «le gouvernement israélien a refusé le partage prévu par les accords d'Oslo parce qu'il aurait impliqué que les Palestiniens récupèrent au moins la Cisjordanie et Gaza, c'est-à-dire 22% de la Palestine historique». Sans jamais expliquer sur quelles frontières il veut établir son territoire, l'Etat d'Israël continue sans cesse de les étendre.

Côté palestinien, les enjeux ont également évolué, à mesure que l'OLP s'est trouvée débordée par des mouvements islamistes, notamment par le Hamas, avec qui elle est parfois entrée en conflit. De fait, deux autorités représentent aujourd'hui les Palestiniens : l'autorité palestinienne, héritière de l'OLP en Cisjordanie qui milite toujours pour la «solution à deux Etats» et le Hamas à Gaza. Celui-ci, considéré comme terroriste par l'Union européenne, Israël ou encore l'Egypte, maintient volontairement une forte ambiguïté quant à sa position vis à vis de l'existence d'Israël.

Alain Gresh estime de son côté que le Hamas «qui se disait pour la libération de toute la Palestine, a à plusieurs reprises déclaré qu'il accepterait la création d'un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza et l'établissement d'une trêve de longue durée avec Israël». Mais pour le journaliste, les deux autorités palestiniennes comme les Etats-Unis, ont compris aujourd’hui que cette perspective n'était «pas réaliste». «D'ailleurs, personne ne veut faire pression sur la seule partie qui refuse cette solution, à savoir Israël», renchérit Alain Gresh qui ajoute dans le même temps, que personne n'ose admettre que la solution à deux Etats est en train de mourir. «Car la seule autre proposition, qui est d'ailleurs en train de se dessiner sur le terrain, est celle d'un Etat unique d'apartheid avec deux populations qui vivent sur le même territoire sous des lois différentes», ajoute-t-il.

Meriem Laribi

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