Arabie saoudite contre Qatar : un an après le début de la crise, la tension est toujours là

Arabie saoudite contre Qatar : un an après le début de la crise, la tension est toujours là© Alex Brandon/Pool Source: Reuters
Le ministre qatari des Affaires étrangères, Cheikh Mohammed ben Abdoulrahman Al Thani, écoute la question d'un journaliste aux côtés du secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson lors d'une conférence de presse après leur rencontre à Doha au Qatar, le 22 octobre 2017

Il y a un an éclatait une crise diplomatique d'envergure entre le Qatar et ses voisins du Golfe avec à leur tête l'Arabie saoudite. Aujourd'hui, ces tensions restent à leur paroxysme et rien ne présage un réchauffement des relations.

La crise qui a éclaté il y a un an entre Doha d'un côté et Riyad et ses alliés du Golfe de l'autre, semble avoir modifié pour longtemps le jeu des alliances au Moyen-Orient, selon plusieurs analystes. «Je ne pense pas que ce soit exagéré de dire que de nouveaux centres de pouvoir sont en train d'émerger au Moyen-Orient», explique à l'AFP David Roberts, professeur adjoint au King's College de Londres.

Aujourd'hui, aucune solution ne semble en vue et les répercussions de cette crise risquent d'être profondes et durables dans la région, selon plusieurs observateurs. «Dans son impact sur l'unité régionale du golfe persique, la crise risque d'être aussi perturbatrice que l'invasion du Koweït par Saddam Hussein en 1990», estime Kristian Ulrichsen, expert associé à la Rice University, aux Etats-Unis, interrogé par l'AFP. Selon lui, il n'y a eu dans ce conflit diplomatique ni gagnant ni perdant : «Les Qataris ont fait preuve de résilience et d'un grand pragmatisme en s'adaptant rapidement à la nouvelle réalité et en mettant en place des arrangements commerciaux et logistiques alternatifs qui ont minimisé, mais pas éliminé, les coûts de la crise», explique-t-il.

Aux origines de la crise

Tout a commencé le 5 juin 2017. Ce jour là, l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l'Egypte rompaient de concert leurs relations diplomatiques avec le Qatar. Ils lui reprochent alors de soutenir des groupes islamistes radicaux et surtout, de ne pas prendre suffisamment de distance avec l'Iran, puissance régionale chiite rivale de l'Arabie saoudite sunnite.

Des mesures économiques ont également été adoptées, comme la fermeture des liaisons aériennes et maritimes avec le Qatar ainsi que de la seule frontière terrestre de l'émirat, qu'il partage avec l'Arabie saoudite. Des restrictions sont aussi imposées à la circulation des personnes et les bureaux à Riyad de la chaîne de télévision qatarie Al-Jazeera sont fermés.

Le 22 juin 2017, l'Arabie saoudite et ses trois alliés soumettent à Doha une liste de 13 demandes à satisfaire dans un délai de dix jours, dont la fermeture d'Al-Jazeera, la réduction des relations avec l'Iran et la fermeture d'une base militaire turque au Qatar. Accusant ses rivaux de vouloir le mettre «sous tutelle», Doha refuse.

En outre, depuis janvier 2018, des incidents aériens entre le Qatar et les Emirats arabes unis se multiplient. Les deux monarchies se rejètent la responsabilité de ces incidents.

Alternatives à l'isolement

En quête de soutiens internationaux face à l'isolement, le Qatar multiplie les gros contrats d'aviation et d'armement, avec la France, le Royaume-Uni, l'Italie et les Etats-Unis. Il a de plus approuvé un projet de loi autorisant des investisseurs étrangers à détenir 100% des parts d'une entreprise.

Mais ce sont bien l'Iran et la Turquie qui viennent le plus en aide au Qatar, notamment pour ses importations de nourriture. Le 17 mai, le cheikh Tamim exprime personnellement sa «gratitude» au président iranien Hassan Rohani pour avoir contribué à «réduire l'impact économique» du «siège imposé au Qatar». De son côté, la Turquie y a établi une base militaire.

Doha s'inscrit d'ailleurs en rupture avec l'hostilité à l'égard de Téhéran affichée par l'Arabie saoudite et son allié, les Etats-Unis. Le 3 juin, à Singapour, le ministre qatari de la Défense Khaled al-Attiyah a ainsi déclaré que son pays ne se laisserait pas entraîner dans un éventuel conflit avec l'Iran. «Est-il sage d'appeler les Etats-Unis et Israël à aller combattre l'Iran ?», a-t-il demandé dans une allusion à la politique menée par Riyad.

De son côté, l'Arabie saoudite a menacé de mener une «action militaire» contre le Qatar, s'il venait à acquérir des batteries de défense antiaérienne russes S-400, selon des informations du journal Le Monde, qui cite une lettre envoyée par le royaume saoudien à l'Elysée.

Trump ne s'oppose plus frontalement au Qatar

Au début de la crise, Donald Trump avait fait écho aux accusations de Riyad, son allié, en demandant expressément au Qatar d'arrêter «immédiatement» de financer «le terrorisme à un très haut niveau».

Mais le ton de la Maison Blanche envers Doha semble s'être quelque peu adouci depuis. En visite à Washington le 10 avril, l'émir du Qatar affirme son rejet de tout soutien au terrorisme lors d'une rencontre avec le président Donald Trump. Louant son invité, «un ami», «un gentleman», un homme «très populaire dans son pays», le président américain assure travailler à «l'unité» des pays du Golfe. 

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