Allemagne : croyant au scoop, le journal Bild publie un canular sur une «ingérence russe» 

Allemagne : croyant au scoop, le journal Bild publie un canular sur une «ingérence russe»  © Fabrizio Bensch Source: Reuters
Bild pensait avoir des preuves de collusion entre Kevin Kühnert du SPD et les Russes, pour mener une campagne de déstabilisation contre l'accord de coalition avec la CDU/CSU

Bild a fait une grossière erreur journalistique. Sans recouper les informations, le quotidien le plus lu d'Allemagne a repris de faux mails, créés par un magazine satirique afin de faire croire à une tentative d'influence russe au sein du parti SPD.

Tombé dans le panneau ! Bild pensait pourtant tenir un scoop et un scandale d'envergure. En Allemagne, le magazine satirique Titanic s'est amusé à piéger des journalistes du tabloïd. Et avec succès : le 16 février, le journal le plus lu quotidiennement en Allemagne avait titré en une : «Une nouvelle sale campagne au SPD». Le SPD (parti social-démocrate) est en effet politiquement au plus bas après les élections législatives de septembre et entendent poursuivre leur coalition de gouvernement avec les chrétiens-démocrates de la CDU/CSU d'Angela Merkel, débutée en 2013. 

Ainsi, Bild informait, sur la base de captures d'écran venant d'un «informateur anonyme», qu'un membre du SPD, Kevin Künhert, pourfendeur d'une nouvelle coalition entre le SPD et la CDU/CSU, était en contact par mail avec un Russe, «Juri». Celui-ci aurait ainsi proposé ses services pour mener une vaste campagne sur internet de dénigrement de l'accord d'alliance gouvernementale, signé le 7 février. S'appuyant sur des mails, Bild pensait détenir la preuve d'une ingérence russe dans la politique allemande...

Titanic a surfé sur le climat de paranoïa anti-russe en Occident

Sauf que tout était faux : à l'origine des mails se cachaient non pas le SPD, ni des Russes, mais des auteurs du journal satirique Titanic. Capitalisant sur l'hystérisation médiatique et politique sur de supposées ingérences russes dans les élections occidentales, que ce soit aux Etats-Unis, en France ou au Royaume-Uni, Titanic a conçu un scénario avec une intrigue mettant en scène une usine à trolls russe.

En Allemagne, il n'y avait pas de rumeurs d'ingérence russe et nous avons fait une "alliance" avec Bild. Cela a parfaitement marché

Interrogé par RT, le rédacteur en chef de Titanic, Moritz Hürtgen, savoure le succès de sa blague : «En Allemagne, il n'y avait pas de rumeurs d'ingérence russe et nous avons fait une "alliance" avec Bild. Cela a parfaitement marché». Une «alliance» que Bild n'imaginait pas piégeuse. «Ce que nous avons fait, c'est que nous sommes arrivés avec une histoire qui était de mauvais goût comme dans un film d'espionnage. Et nous avions le sentiment que cela fonctionnerait, surtout avec Bild, car ils ont déjà mené une campagne contre le SPD, le parti social-démocrate dont Kevin Kühnert fait partie».

Patron des jeunes socialistes allemands, Kevin Künhert, est en effet considéré comme un frondeur au sein du SPD. L'histoire était donc crédible pour Bild, affirmant d'ailleurs que le Russe «Juri» avait accepté une offre de 4 000 et 5 000 euros directement payés par l'organisation de jeunesse du SPD. «Un mail anonyme, deux, trois coups de fil et Bild imprime tout ce qui correspond à son agenda», s'est amusé Moritz Hürtgen.

Le 21 février, soit cinq jours après la publication du faux scoop par le Bild, Titanic avouait avoir monté de toute pièce l'histoire, se moquant au passage du tabloïd.

Le SPD avait annoncé quant à lui un possible dépôt de plainte. Bild, de son côté, a dû s'expliquer, délivrant une position ambiguë. «Nous regrettons de n'avoir pas été en mesure de signaler, dès le début, qu'un magazine satirique aurait été à l'origine des faux mails de Kevin Kühnert», écrit le journal. Toutefois, le rédacteur en chef du Bild, Julian Reichelt, a défendu son quotidien, expliquant que la publication de ce prétendu échange entre Kevin Kühnert et un Russe se justifiait, dès lors que le SPD avait déposé plainte. Il fait également valoir que son journal avait précisé, en fin d’article, qu’il n’avait pas la «preuve» que les e-mails étaient authentiques.

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