Enquête pénale contre l’ancien président géorgien entré de force sur le territoire ukrainien

Enquête pénale contre l’ancien président géorgien entré de force sur le territoire ukrainien Source: Sputnik
Mikheïl Saakachvili près du point de passage «Chéguini», après avoir traversé la frontière polono-ukrainienne

Déchu de sa nationalité ukrainienne, Mikheïl Saakachvili est rentré en force sur le territoire du pays pour défendre ses droits dans un tribunal, accusant la police ukrainienne d’avoir «volé son passeport». Cette dernière a ouvert une enquête pénale.

L’ancien président géorgien et ancien gouverneur de la ville d’Odessa en Ukraine, Mikheïl Saakachvili a réussi le 10 septembre à entrer sur le territoire ukrainien. La tâche n’était pourtant pas évidente : l’homme politique a été déchu de sa nationalité ukrainienne en juillet 2017. Il était pourtant bien déterminé à revenir en Ukraine pour contester cette décision et a convoqué une foule de partisans pour l’aider à le faire.

Le voyage de Mikheïl Saakachvili a commencé en Pologne où l’ancien président actuellement sans citoyenneté a pris un train pour Kiev. Accompagné d’une petite foule de sympathisants dont l’ancienne Première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko, il a pourtant été contraint de quitter le train après un avertissement à travers un haut-parleur.

L’homme politique a alors décidé de partir vers la frontière polono-ukrainienne en bus, arrivant finalement au point de contrôle de Chéguini. Du côté ukrainien ce point a été bloqué par les forces de l’ordre ukrainiennes qui ont dû faire face à une foule de partisans de Saakachvili. Ces derniers scandaient «Micha ! Micha !», brandissaient des pancartes et des drapeaux ukrainiens pour accueillir l’homme politique qui a bien réussi à passer le contrôle de passeport du côté polonais. De l'autre côté le passage lui était bloqué : pourtant, les sympathisants de l’ancien gouverneur d’Odessa, dépassant largement en nombre les forces de l’ordre, ont réussi à rompre le cordon de sécurité et sont entrés à Chéguini. Scène suivante : Mikheïl Saakachvili en ressortait, entouré de manifestants et contournant les gardes-frontières.

«Des gens m’ont littéralement porté à travers la fronrière, je ne m’y attendais pas, et la police ne les a pas arrêtés puisqu’ils sont du côté du peuple», a raconté ce dernier à la chaîne ukrainienne NewsOne. Il a également expliqué que le but de son voyage était la ville de Lvov où il compte «défendre son droit» à la citoyenneté ukrainienne. L’ancien président de Géorgie a également accusé la police ukrainienne, pendant une conférence de presse, d’avoir «volé» son passeport ukrainien.

Mikheïl Saakachvili n’a actuellement, du point de vue légal, aucune nationalité : son passeport ukrainien a été annulé par décret de Petro Porochenko le 27 juillet. La raison évoquée par le service de l'immigration pour cette déchéance était la présence de fausses informations sur le formulaire de demande de citoyenneté, soumis par l’homme politique il y a deux ans, pour pouvoir être nommé gouverneur de la ville d’Odessa à l’initiative personnelle du même président Porochenko. Devenu ukrainien, il a été déchu de sa nationalité d’origine, celle de la Géorgie dont il a été président de 2004 à 2013, ce pays n’acceptant pas la double nationalité.

En novembre 2016, Saakachvili a démissionné de son poste de gouverneur, en accusant Petro Porochenko de corruption et en annonçant son intention de former son propre mouvement politique en Ukraine. Au moment où il a été déchu de sa nationalité ukrainienne, il se trouvait aux Etats-Unis.

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«Intrusion sur le territoire ukrainien»

Les autorités ukrainiennes ont annoncé l’arrestation de plus de 100 personnes parmi les partisans de l’ancien président géorgien qui s’étaient rassemblées près de Krakovets un autre point de contrôle à la frontière polono-ukrainienne, où Saakhachvili projetait initialement de passer. A Chéguini, où il a finalement traversé la frontière, 11 agents de sécurité ont été blessés dans des affrontements avec les manifestants, selon un communiqué de la police locale.

Une enquête pénale a été ouverte pour «Trafic illégal de personnes à travers la frontière de l’Etat ukrainien» (un chef d'accusation qui prévoit jusqu’à cinq ans en prison) et «résistance aux forces de l’ordre», peut-on lire dans le texte du communiqué.

D'après les gardes-frontières ukrainiens, certains partisans de Saakachvili auraient reçu «un entraînement spécial» pour les affronter avant «le passage illégal», tel que qualifié par les gardes-frontières qui parlent d'«intrusion sur le territoire ukrainien».

Kiev est actuellement en train d’étudier une requête d’extradition de l’ancien président formulée par la Géorgie où Mikheïl Saakachvili doit répondre d'accusations d’abus de pouvoir pendant sa présidence. L’intérressé nie ces allégations estimant qu’elles sont «motivées politiquement».

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