L’interrogatoire de Viktor Ianoukovitch saboté, son avocat accuse le tribunal de Kiev de négligence

L’interrogatoire de Viktor Ianoukovitch saboté, son avocat accuse le tribunal de Kiev de négligence Source: Sputnik
L'ex président de l'Ukraine, Victor Ianoukovitch, qui avait dû être interrogé en tant que témoin par la vidéo conférence lors de l'audience de Kiev sur les crimes commis à Maïdan

Le procès sur les crimes commis à Maïdan en 2014, dont Kiev accuse les forces spéciales de l'époque, a été repoussé au motif de «l’impossibilité» d'y acheminer les accusés depuis la maison d’arrêt en raison de «manifestants qui barraient la route».

«Je demande au procureur général de l’Ukraine d’ouvrir une enquête pénale selon l’article 367 "Négligence dans l'exercice de ses fonctions" dont les responsables du ministère de l’Intérieur ont fait preuve et une enquêtre pénale au sens de l’article 374 "Violation des droits de l’homme à assurer sa défense"», a déclaré Vitaly Serdiuk, avocat de l'ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch, cité à comparaître dans le procès qui doit faire la lumière sur les crimes qui ont été commis à Maïdan en février 2014.

Réfugié en Russie depuis ces événements, l'ancien président sera interrogé par vidéo conférence comme témoin, mais cela n'empêche pas son avocat d'être incisif.

«Hier [le 24 novembre] on parlait du blocage de la maison d’arrêt à Kiev afin de saborder l’audience. Mais la police n’a pris aucune mesure pour garantir la présence des accusés au tribunal. Dans ce cas, je constate la constitution du délit dans les actions de la police, qui, d’après l’article 367 du Code pénal, s'appelle négligence dans l'exercie de ses fonctions», a poursuivi Vitali Serdiuk.  

Le 25 novembre, un tribunal de Kiev a entamé les auditions concernant les crimes qui ont été commis entre le 30 novembre 2013 et le 14 avril 2014, lors des manifestations qui se sont déroulées sur Maïdan, la place centrale de Kiev, et notamment dans les jours qui ont précédé et suivi le coup d'Etat du 23 février 2014.

C'est à cette date que Viktor Ianoukovitch a décidé de vivre en exil en Russie, même s'il est poursuivi par la justice ukrainienne dans le cadre de plusieurs affaires et que les biens qu'il y possédait ont été saisis.

La justice ukrainienne a finalement ouvert un procès sur les événements qui ont entraîné la mort de représentants des forces de l’ordre dans des échanges de tirs.  

Quelques minutes avant le début de l’audience, le juge a annoncé qu'elle était repoussée au 28 novembre en raison de «l’impossibilité» de faire arriver jusqu'au tribunal plusieurs accusés, des soldats des forces spéciales ukrainiennes de l'époque, les Berkout, depuis la prison de Kiev où ils sont détenus.

Le juge a précisé que des manifestants avaient barré la route devant la maison d’arrêt car ils craignaient que le juge puisse libérer les accusés après l’audience. Des témoins affirment en revanche qu’il n’y avait qu’une dizaine des personnes du groupe radical d'extrême droite Secteur droit, portant des drapeaux ukrainiens à la main et que les fourgons cellulaires ont quitté sans problème le territoire de la maison d’arrêt.

Juste après l’annonce de cette décision, Victor Ianoukovitch qui a présidé l'Ukraine de 2010 à 2014 a déclaré que les autorités ukrainiennes faisaient traîner ce procès en longueur à dessein «pour que la vérité sur ce que s’est passé en Ukraine en 2014 ne soit jamais établie». 

L’ancien Premier ministre ukrainien, Nikolaï Azarov, qui a lui aussi quitté l'Ukraine, estime également que le sabotage de l’audience avait été planifié pour la simple raison que l’interrogatoire de l’ancien président pourrait mettre en évidence des faits peu flatteurs pour les autorités actuelles.

«Il ne faut pas chercher de sens caché. Le régime de Kiev ne s’intéresse pas aux déclarations de Victor Ianoukovitch qui pourraient être regardées en direct par des millions d’Ukrainiens», a-t-il précisé dans l’interview qu'il a accordée à RT.

Depuis le début, Viktor Ianoukovitch demande aux autorités ukrainiennes de participer comme témoin au procès des membres des Berkout. Au terme de longues négociations, on lui a permis de s'exprimer par vidéoconférence lors des audiences. 

D’après le ministère ukrainien de la Santé, la plupart de la centaine de victimes de Maïdan, parmi lesquelles on trouve également des Berkout, ont été tuées par des balles, tirées avec des armes de précision que les Berkout ne possédaient pas. De plus, dans les pièces fournies au procès, il y a des documents qui prouvent que des snipeurs ont tiré depuis des positions occupées par les manifestants et non pas depuis celles des positions des forces gouvernementales, contrôlées à l'époque par Victor Ianoukovitch. Pourtant, le tribunal de Kiev n’a pas pris cette information en considération, insistant sur le fait que les Berkout étaient responsables des meurtres perpétrés sur cette place de la capitale ukrainienne. 

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