L'obscure alliance de la CIA avec des milices privées afghanes à l'origine de la mort d'innoncents

Les miliciens du KPF sont formés et entraînés par la CIA.© Tim Wimborne. Source: Reuters
Les miliciens du KPF sont formés et entraînés par la CIA.

Alors que l'action militaire américaine en Afghanistan est officiellement terminée, la CIA continue de mener des opérations secrètes à l'Est du pays où elle appuie une milice privée à l'origine de nombreux meurtes et tortures sur des innocents.

A l'Est de l'Afghanistan, dans la ville de Khost, une unité paramilitaire secrête appelée Khost Protection Force (KPF) est impliquée dans de nombreux meurtres de civils, des actes de torture et de détentions arbitraires avec usage excessif de la force lors de raids nocturnes, selon des informations révélées par le Washington Post.

Les nombreux abus perpétrés par ce groupuscule formé et appuyé par la CIA passent presque toujours sous silence et les parents de victimes innocentes abattues sans raison reçoivent pour seule compensation des excuses expédiées à la va-vite et, dans le meilleur des cas, un dédomagement financier.

A travers le témoignage de Khan Darwan, un habitant de Khost dont le père a subitement été abattu sur le pas de sa porte sans aucun motif apparent, l'article du Washington Post explique que de nombreux témoins qui ont assisté à ces expéditions punitives ont presque toujours constaté la présence de soldats non-afghans commandant les actions, s'exprimant en anglais et accompagnés d'interprètes.

La CIA au coeur du problème

Il s'avère en fait que ces hommes sont des membres de la CIA, en charge de la formation sur le terrain de ces milices afghanes privées censées assurer la sécurité dans la région et lutter contre la présence ou l'influence des Talibans. 

Dans un e-mail répondant au WP, le porte-parole de la CIA Dean Boyd a déclaré n'avoir aucun commentaire à faire sur la situation, assurant que l'agence «lutte pour le respect des droits de l'Homme en Afghanistan» en signalant tout abus aux autorités afghanes. 

Le 15 octobre dernier, le président américain Barack Obama a annoncé que 5500 soldats américains resteraient en Afghanistan au-delà de 2016, soulignant qu'ils auraient pour seul rôle de former les forces afghanes de sécurité dans la lutte contre Al-Qaïda.

Mais la CIA, dont le fonctionnement est indépendant de l'armée américaine, bénéficie de règles d'engagement bien plus souples et élargies qui lui permettent notamment d'ajouter à ses objectifs les Talibans et leurs alliés et sympatisants, les Haqqanis explique l'article.

Ainsi, la CIA n'est pas concernée par l'accord bilatéral de sécurité entre Kaboul et Washington qui limite la capacité des forces militaires des États-Unis et interdit aux soldats américains de pénétrer dans les foyers afghans.

De fait, les raids nocturnes, pour la plupart interdits en 2013 par l'ancien président Hamid Karzaï, ont été progressivement rétablis par le gouvernement de coalition du président Ashraf Ghani sous commandement américain dans un effort pour mieux lutter contre les Talibans. 

Des actions saluées par les autorités ...

Le KPF est «l'un des éléments les plus efficaces pour combattre les Talibans en Afghanistan. Sans leurs efforts constants dans ce domaine, Khost serait probablement aux mains des Haqqanis et Kaboul se trouverait sous une menace bien plus grande qu'elle ne l'est à ce jour», a déclaré au WP un porte-parole officiel américain sous couvert d'anonymat. 

Plusieurs officiels afghans, dont le gouverneur de la province de Khost, Hukam Khan Habibi, ont admis que le KPF avait fait des victimes civiles «par erreur» et commis des abus, mais assurent que les chiffres sont exagérés et continuent de défendre les actions des miliciens.

«Le KPF joue un rôle primordial dans la sécurité de la région et nous sommes heureux des sacrifices qu'ils font», a-t-il déclaré au WP.

... Mais des abus qui exaspèrent la population

Mais de nombreux Afghans considèrent cette action américaine comme trop intrusive, d'autant plus que les meurtres et les actes de tortures dur des innocents se font de plus en plus fréquents.

Ainsi, le 7 novembre dernier, des centaines de villageois en colère sont descendus dans les rues de la ville de Khost après un raid nocturne lors duquel le KPF a tué deux personnes, décrites par les manifestants comme de simples civils.

Les cadavres ont été placés dans des camionnettes et la foule s'est dirigée vers les quartiers généraux du KPF, le Camp Chapman. Certains villageois brandissaient des bâtons et des branches d'arbres. D'autres portaient des drapeaux blancs talibans en scandant «Mort aux Américains ! Mort aux esclaves des américains !».

Le gouverneur Habibi avait alors publiquement condamné le meurtre de civils et payé une nouvelle une compensation financière à leurs familles promettant l'ouverture d'une enquête. 

Un profil bancal des miliciens formés par la CIA

Autre problème majeur : s'ils touchent un salaire élevé (1000 dollars par mois) comparé aux soldats afghans, ce qui constitue pour eux une des pricipales sources de motivation, les miliciens du KPF sont dans leur majorité des combattants aguéris mais sans scupules qui n'hésitent pas à user de la force avec excès et se livrer à des actes de torture.

Ainsi, un activiste pour les droits de l'Homme, Bostan Walizai, a fait part au WP de sa crainte de les voir virer de bord une fois que les forces américaines auront définitivement quitté l'Afghanistan : «s'ils perdent leur emploi et le salaire qui va avec, ils pourraient rejoindre des groupes d'insurgés armés ou former des bandes criminelles», a déclaré Walizai.

Pourtant, même les victimes de la KPF souhaitent la poursuite de ses actions qui en tout état de cause protègent la région d'une main-mise des Talibans. Les habitants n'ont que très peu confiance dans l'efficacité des forces officielles afghanes pour protéger la province et aucun d'entre eux n'a oublié la prise par les Talibans de la ville de Kunduz en septembre dernier.  

«Si seulement ils ne tuaient pas des innocents», a déclaré au WP Khan Darwan en se tenant à l'endroit où son père a été abattu. 

Raconter l'actualité

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Enquêtes spéciales