«BuzynGate» : Edouard Philippe et son ancienne ministre critiqués pour leur gestion du coronavirus

«BuzynGate» : Edouard Philippe et son ancienne ministre critiqués pour leur gestion du coronavirus© Martin Bureau Source: AFP
Agnès Buzyn et Edouard Philippe, le 10 mars 2020, à Paris (image d'illustration).

Après les déclarations d'Agnès Buzyn qui a qualifié de «mascarade» la tenue du premier tour des élections municipales, de nombreux responsables politiques demandent des comptes quant à la gestion de la crise sanitaire par le pouvoir exécutif.

En pleine pandémie mondiale de coronavirus, l’interview accordée au Monde le 17 mars par l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, candidate malheureuse aux élections municipales à Paris (3e à plus de 10 points de la maire sortante Anne Hidalgo), aura fait l’effet d’une bombe. Au cours de cette entrevue avec nos confrères, celle qui a effectué l’essentiel de sa carrière en tant que médecin s’est confiée sur la gestion par l’exécutif de la crise sanitaire majeure qui touche le pays et a suscité de nombreuses réactions, tous bords politiques confondus.

«Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections [municipales] n’auraient pas lieu […] Depuis le début je ne pensais qu’à une seule chose : au coronavirus. On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade. La dernière semaine a été un cauchemar. J’avais peur à chaque meeting. J’ai vécu cette campagne de manière dissociée», a-t-elle fait valoir, assurant avoir alerté le président Emmanuel Macron et le Premier ministre Edouard Philippe à ce sujet.

Si dans un communiqué mis en ligne après la parution de l’article, Agnès Buzyn a finalement précisé regretter l’emploi du mot «mascarade», le locataire de Matignon lui a répondu au cours de son passage, le soir même, dans le journal télévisé de France 2. Il a bien confirmé que l’ancienne ministre avait alerté sur un possible pic de l'épidémie qui pourrait empêcher le scrutin de se tenir, en notant toutefois qu'«à l’époque, beaucoup de médecins n’étaient pas d’accord avec elle».

«Dès le mois de janvier, la ministre de la Santé nous a dit que ce qu’il se passait en Chine était à prendre au sérieux. C’est pourquoi j’ai organisé dès janvier un certain nombre de réunions à Matignon. Nous avons pris des décisions lourdes de rapatriement et de confinement des rapatriés. Dès l’apparition du virus sur le territoire national nous avons procédé à des confinements stricts. Beaucoup de médecins à l’époque pensaient que l’épidémie ne produirait pas cet impact. Lorsque nous avons posé la question de l’organisation du premier tour, les scientifiques nous ont dit qu’avec un strict respect des consignes sanitaires, elles pouvaient se tenir. Les forces politiques ont fait le même constat», a-t-il ajouté.

Unité politique contre le gouvernement

Or dans les rangs des partis d’opposition, les justifications du Premier ministre et de son ancienne subordonnée passent mal. Sur Cnews, la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen a fustigé le 17 mars un «scandale d’Etat». «Si ces propos reflètent la vérité, alors il s’agit d’un très grave scandale d’Etat. Madame Buzyn sera probablement amenée à donner des explications à la Cour de justice [de la République], et peut être d’ailleurs que la Haute Cour devra être saisie car cela veut dire que tout le monde savait», a tempêté la députée du Pas-de-Calais.

De son côté, la députée européenne LR Nadine Morano a mis en lumière sur Twitter une confession «terrifiante». «Elle savait que le tsunami allait arriver et le gouvernement n’a pas pris les mesures nécessaires avant... cela restera comme le reste, dans le bilan de Macron !», a-t-elle critiqué.

A l’opposé du spectre politique aussi les réactions ont été vives. Le député LFI des Bouches-du-Rhône Jean-Luc Mélenchon a qualifié les «aveux» d’Agnès Buzyn de «consternants». «Il est impossible de laisser passer sans rien relever. Il faut d'abord pouvoir vérifier si ce qu’elle dit est vrai. A-t-elle su et prévenu trois mois avant ? Et dans ce cas pourquoi rien n’a-t-il été fait ? Pourquoi raconte-t-elle cette histoire maintenant, quand il est trop tard ? Se rend-elle compte qu’elle engage sa responsabilité pénale et celle des autres personnes qu’elle dit avoir prévenues ? La mission d'information décidée ce matin en conférence des Présidents à l’Assemblée nationale doit se saisir de ces aveux», a souligné le patron des insoumis au palais Bourbon sur Facebook.

Même son de cloche chez son collègue de la chambre basse, Éric Coquerel, qui a également mis en cause sur Twitter les justifications apportées par le Premier ministre : «Edouard Philippe confirme avoir été prévenu par Agnès Buzyn sur l’impossibilité des municipales. Et il se défausse encore sur les forces d’opposition à qui rien n’a été demandé. Oui, il y a plus urgent mais j’enrage en pensant à tous les militants dont j’apprends depuis la contamination.»

Enfin, même l’ancien député LREM Matthieu Orphelin, désormais apparenté au groupe Libertés et Territoires à l’Assemblée nationale, n’a pu s’empêcher d’adresser une petite pique à ses anciens camarades. «Incroyable interview. Notre monde politique va mal, très mal», a-t-il remarqué, toujours sur le réseau social.

Parmi les seules personnalités politiques à défendre la gestion par le pouvoir exécutif de la crise causée par le coronavirus, Sibeth Ndiaye a tenté de minimiser la sortie d’Agnès Buzyn dans l’émission C à vous sur France 5. «Il y a un moment ou les médias, les partis politiques, peut-être même les représentants des partis politiques ne croyaient pas forcément à la catastrophe qui arrivait. Nous avons pris des mesures, avec des réunions très vite autour du Premier ministre pour gérer la crise du coronavirus […] On a organisé très en amont le système de santé», a-t-elle plaidé, expliquant «ne pas imaginer» qu’Agnès Buzyn ait pu se présenter à Paris «en pensant qu’elle n’irait pas au bout».

Selon le dernier bilan de la direction générale de la Santé (DGS), 175 personnes sont mortes des suites du coronavirus en France et 7 730 cas ont été décelés. Parmi ceux-ci, 700 sont dans un état grave au sein d’un service hospitalier de réanimation.

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